Sam Bell vit depuis plus de trois ans dans la station lunaire de Selene, où il gère l’extraction de l’hélium 3, seule solution à la crise de l’énergie sur Terre. Souffrant en silence de son isolement et de la distance le séparant de sa femme et de sa fille, il passe sont temps à imaginer leurs retrouvailles.
Mais quelques semaines avant la fin de son contrat pour l’entreprise Lunar, Sam se met à voir et à entendre des choses étranges… D’abord convaincu que son isolement y est pour quelque chose, il se retrouve malgré tout à enquêter et découvre que si ses patrons ont prévu de le remplacer, ils n’ont jamais projeter de le ramener. A moins que ce soit la Lune qui ne souhaite pas le voir partir…

Note de l’Auteur

[rating:7/10]


Date de sortie : Avril 2010
Réalisé par Duncan Jones
Film britannique
Avec Sam Rockwell, Robin Chalk, Matt Berry
Durée : 1h 37min
Bande-Annonce :

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L’année 2009 a eu son lot de films tardant à sortir sur nos écrans (le remake de Bad Lieutenant, Esther, Halloween 2… et j’en passe tellement la liste est longue). C’est le cas de Moon, réalisation ambitieuse d’un nouveau venu dans le métier, Duncan Jones. Et pourtant…

Moon mérite amplement sa sortie sur nos écrans. Sorte de long-métrage intimiste aux tendances prophétiques, le film de Duncan Jones se démarque sur plusieurs points, notamment grâce à une prestation des plus remarquables de Sam Rockwell. Inquiétant, émouvant, parfait sur tous les fronts, l’acteur fait son show, fait du Sam Rockwell à 100%, brille de mille feux avec un magnétisme toujours au top. Le film est pour lui l’occasion d’assouvir un peu plus son talent de caméléon. Heureusement me direz-vous puisqu’il est à peu de chose près le seul personnage humain du film et l’on comprend d’emblée que le réalisateur joue gros en réalisant un premier métrage ne reposant que sur les épaules d’un seul et unique acteur. Ca passe ou ça casse donc mais si l’on connait un minimum la filmographie de cet acteur, on est sûr à 90% que le spectacle sera au rendez-vous.

Côté scénario, Moon n’est pas non plus laissé de côté, bien au contraire. Prenant le temps de s’installer progressivement, l’intrigue est saisissante. Pour résumer vite fait bien fait le scénario, disons que la vie de notre habitant solitaire bascule le jour où, deux semaines avant la fin de son contrat, il a un accident et qu’il se retrouve en présence de son double (rassurez-vous, pas de spoilers ici car ces éléments se trouve dans la B.A.). Conspiration ou hallucination due à l’isolement ? Dès lors, pleins de questions commencent à prendre forme au sein de notre esprit. Il s’agit du principal coup de génie du réalisateur qui réussit à nous embarquer dans son aventure, ne nous laissant pas simple spectateur mais nous invitant à devenir acteur de ce récit où les différents rebondissements s’accumulent et se succèdent (on passe aisément du thriller au drame) avec une fluidité appréciable.

Ajoutons à cet aspect une mise en scène de la lune particulièrement bien amenée avec ce caractère étouffant, hostile, qui se dégage d’elle à chaque instant. Même en plein air, on a cette constante impression d’être enfermé, retenu prisonnier dans ce lieu qui est tout sauf accueillant. On peut également apprécier le réalisme des scènes extérieures où très peu de bruits arrivent à nos oreilles. Alors je sais qu’on est loin du réalisme de 2001 L’Odyssée De L’Espace mais on reste à des années lumières du concerto de Star Wars. Fait agréable visant à multiplier le réalisme et la simplicité du récit. En ces points, Moon apparaît comme une référence du genre pouvant aisément combler les amoureux de SF et de fantastique spatial et lunaire.

Seul gros bémol de Moon, c’est son thème musical. Inégal, ce dernier est totalement indigeste par moment et fait basculer le film dans la niaiserie digne d’une série B diffusée sur NT1. Pendant toute la durée de ce métrage, la musicalité est très fluide, inquiétante au possible (ce qui, comme la présence de l’intelligence artificiel, peut faire penser à 2001) et les airs au piano sont des plus envoûtants, conférant au film une atmosphère, une aura, poétique saisissante.

Mais je ne sais pas trop quelle mouche a bien pu piquer le compositeur Clint Mansell durant le tournage pour louper deux phases clés de ce film. L’entrée en matière est ratée avec une sonorité assurément orientée techno-rock qui nous fait basculer Moon dans la niaiserie des action-movie des années 90 (qui pour le coup assumaient et revendiquaient totalement ce choix musical) et je n’attendais qu’une seule chose : voir débarquer une bande de mercenaires bodybuildés avec des répliques aussi croustillantes que «alors, prêt à dézinguer du martien mon colonel ? » et j’en passe. Totalement incompréhensible pour un film du gabarit de Moon. Et comme si cela ne suffisait pas, il en remet une couche pour le final du film en essayant d’instaurer une tension avec un tempo accéléré qui n’a pas lieu d’être ici puisque la tension s’est faite d’elle-même. Bien bizarre que ces deux erreurs.

Sachant que l’ouverture et le final d’un film constituent des points de passages immanquables (certains films ont été sauvés grâce à une entrée en matière et un final grandioses alors que le cœur même du récit était fade), ces deux erreurs pourraient coûter très cher à Moon qui bénéficie pourtant d’un cœur diaboliquement efficace. Espérons que les spectateurs ne bouderont pas leur plaisir à cause de ces deux malheureux points noirs…

Au final, faire un film intimiste est toujours un défi très risqué, parsemé quotidiennement de questions telles que « Est-ce vraiment le bon choix ? », « Ne fais-je pas fausse route ? », autant de questions pouvant décourager les plus expérimentés des réalisateurs. Et bien dans le cas présent, on peut dire que la mayonnaise a pris et de la plus belle des manières. Malgré quelques petites erreurs ici et là, on se laisse prendre au jeu avec une facilité déconcertante une fois l’intrigue en place.

Moon est à considérer comme un petit ovni de cette fin d’année 2009, un film qui mérite le coup d’œil rien que pour la prise de risque de son réalisateur qui, pour un premier jet, a eu les tripes de nous proposer une expérience visuelle et psychologique sortant de l’ordinaire. Chapeau bas.