Affiche du film MOONRISE KINGDOM

Sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965, Suzy et Sam, douze ans, tombent amoureux, concluent un pacte secret et s’enfuient ensemble. Alors que chacun se mobilise pour les retrouver, une violente tempête s’approche des côtes et va bouleverser davantage encore la vie de la communauté.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 16 mai 2012
Réalisé par Wes Anderson
Film américain
Avec Bill Murray, , ,
Durée : 1h34min
Titre original : Moonrise Kingdom
Bande-Annonce :

Bizarrement, même si toutes les personnes avec qui j’ai vu Moonrise Kingdom l’ont apprécié, je serai d’avis de dire en préambule qu’il ne s’agit pas d’un film qui plaira à tout le monde. En effet, je découvre avec ce métrage le réalisateur Wes Anderson, connu pour ou La Vie Aquatique, proposant ici (alors qu’il semble assez coutumier du fait par rapport à ce que j’ai pu en lire) un film totalement barré sur un jeune scout qui s’enfuit avec une fille vivant une vie relativement paisible dans sa famille. Et d’entrée de jeu, le rythme, le sujet et le ton du film font de celui-ci une comédie, où l’absurde côtoie parfois le drame et la poésie, qui fait un peu penser au cinéma des entre et Burn After Reading…

Servi par un casting relativement luxueux, on appréciera d’abord les deux jeunes adolescents qui, traités en adultes dans des corps d’enfants tout le long du film, tiennent parfaitement leurs rôles éclipsant même nombre des grands noms au générique. Par ailleurs Edward Norton (, L’Incroyable Hulk), Frances McDormand (Fargo, ) et Bruce Willis (Piège de Crystal, Le Cinquième Elément) incarneront les trois adultes les plus importants du film qui dans leurs rôles respectifs de chef scout, mère et agent de police viendront se glisser avec bonheur dans le monde absurde dépeint dans ce film. Bill Murray (SOS Fantômes, La Vie Aquatique) tiendra par ailleurs également un rôle important mais nettement moins bavard, jouant principalement sur des apparitions à l’écran et amenant un comique plus visuel. On notera également la présence de (, Burn After Reading) et d’Harvey Keitel (Inglourious Basterds, ) dans des rôles secondaires mais qui leur permettent néanmoins de cabotiner énormément.

Photo (1) du film MOONRISE KINGDOM

On n’est pas loin des Frères Coen dans ce film où la peinture humaine peut se révêler drôle ou tragique suivant que l’on regarde le pinceau ou la peinture…

Car en effet, servis par une réalisation précise et sans faille de Wes Anderson, les acteurs se retrouvent à jouer avec le burlesque et la poésie du scénario avec une complicité relativement visible. Principalement centré sur la fugue amoureuse des jeunes amants, les acteurs ne se noient pas dans cette épopée absurde et ne se cannibalisent pas à l’écran non plus. On assiste en fait à la peinture d’un tableau humain en 1965 où chaque plan vient amener une pierre au surréalisme de l’ambiance. Cela joue aussi sur le cadre désuet du film : tant le camp scout que la maison des Bishop semblent être observés précisément, presque à la loupe. L’utilisation de la jeune fille de jumelles tout au long de l’introduction du film pour présenter ce cadre n’y est évidemment pas pour rien. De même la photographie vintage du métrage ainsi que la typographie “manuscrite” du générique ajoutent à l’impression de décalage dès les premières images. Et si l’on est client de ce genre de film (je le répète : il peut être considéré comme rébarbatif, lent et incompréhensible si on n’est pas adepte de ce genre), l’absurde des situations et des dialogues au rythme et contenu totalement décalés fera sourire, voire rire, plus d’une fois.

Si le rire ou l’absurde sont très présents, on notera enfin des touches de drame dans certaines relations impossibles et une incompréhension des comportements enfantins “particuliers” : cela donne à Moonrise Kingdom un goût doux-amer particulier que l’on peut déceler à plusieurs niveaux de lecture. Ce film est livré avec une certaine candeur (toute maitrisée bien sur) : l’humour est livré de manière brutale mais sensible et le drame est dissimulé dans une atmosphère étrange où l’absurde est le maître mot. On n’est pas loin des Frères Coen dans ce film où la peinture humaine peut se révêler drôle ou tragique suivant que l’on regarde le pinceau ou la peinture… Recommandé mais il s’agit d’un métrage qui prouve qu’il faut sans aucun doute parfois se munir des clés pour rentrer dans certains films.

Photo (2) du film MOONRISE KINGDOM