Demander à Stanley Kubrick de filmer l’alunissage d’Apollo 11 en cas d’échec de ce dernier. Voilà l’une des théories du complot les plus populaires de l’histoire américaine. Moins connue, l’idée qu’un vétéran du Vietnam en plein stress post-traumatique (interprété par ) soit envoyé en Angleterre par la CIA pour se charger du recrutement du réalisateur mais se fasse refourguer un faux Kubrick () par un arnaqueur endetté () !

s’empare ainsi d’un aspect historique présent dans l’inconscient collectif pour se lancer en toute liberté dans une fiction déjantée. Du moins sur le papier. Le délire, le fun et le grand n’importe quoi auxquels on pense à l’évocation des années hippies (plus précisément en juillet 1969), où la drogue coulait à flot sous fond de rock psychédélique, c’est exactement tout ce qui manque à MOONWALKERS pour nous convaincre. Bien vendu en amont – dès son synopsis finalement -, le film se révèle être une déception, tant d’un point de vue scénaristique que dans la réalisation d’ (dont il s’agit du premier long-métrage). Et mis à part un bon premier quart d’heure et un final énergique, MOONWALKERS s’avère plat et mal rythmé.

Évidemment il est toujours plaisant de voir Ron Perlman (l’agent Tom Kidman) balancer des bourre-pifs à une bande de moustachus anglais dans les toilettes d’un vieux pub, avant d’enfiler une chemise à fleur pour remplacer celle couverte de sang. Il est également toujours amusant de voir Robert Sheehan (Léon, le faux Kubrick) jouer les junkies, être défoncé à longueur de journée et pris d’angoisse à l’idée de se faire passer pour le réalisateur du « pédo-film Lolita ». Et on ne rechigne pas non plus à voir Rupert Grint (Jonny, le manager minable à la base de cette arnaque) malmené de toutes parts dans cette affaire, et en panique constante. Malheureusement cela reste plutôt anecdotique au sein d’un scénario qui n’a pas grand-chose à raconter. On sourit certes devant MOONWALKERS. On rit même, par moment, de situations et de dialogues bien amenés. Mais à part quelques miettes, on reste face à un ensemble sans ambition et finalement assez peu original.

« Pas mauvais, on pourrait même dire que MOONWALKERS évite le crash, mais le voyage n’en reste pas moins poussif. »

Il y a alors une sensation davantage d’opportunisme de la part du film qui reste en orbite autour de son décor. Jouant sur la fascination qui peut entourer le mythe et l’époque, mais simplement en les effleurant plutôt qu’en s’en emparant. Car à part un unique passage (après que Tom ait involontairement pris du LSD) porté sur le psychédélique à outrance – où l’on se prend enfin à se relever sur son siège pour voir ce qu’il se passe – on ne peut pas dire qu’Antoine Bardou-Jacquet ait osé grand chose. L’élément le plus inventif (car poussé à l’extrême) restant d’ailleurs le générique d’introduction. Vient alors se greffer une bande sonore tout aussi attendue (évidemment il y aura un morceau du Jefferson Airplane). Au final pas mauvais, on pourrait même dire que MOONWALKERS évite le crash, mais le voyage n’en reste pas moins poussif.

Pierre Siclier

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS

Affiche du film MOONWALKERS

Titre original : Moonwalkers
Réalisation : Antoine Bardou-Jacquet
Scénario : 
Acteurs principaux : Ron Perlman, Rupert Grint, Robert Sheehan
Pays d’origine : U.K
Sortie : 2 mars 2016
Durée : 1h 47min
Distributeur :  Mars Distribution
Synopsis : Juillet 1969, Tom Kidman, l’un des meilleurs agents de la CIA de retour du Vietnam, est envoyé à Londres pour rencontrer Stanley Kubrick et le convaincre de filmer un faux alunissage au cas où la mission Apollo 11 échouerait. Kidman ne trouve pas Kubrick, mais il tombe sur Jonny, le manager raté d’un groupe de rock hippie. Tout les oppose, mais ils n’auront pas d’autre choix que de travailler ensemble, remplacer Kubrick, tromper la CIA, éviter les drogues hallucinogènes et sauver leur vie en montant la plus grosse supercherie de l’histoire.

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