MUCH LOVED s’inscrit dans cette curieuse cuvée de longs métrages qui dépeignent les travers sociétaux contemporains présentés à la quinzaine des réalisateurs lors du dernier festival de Cannes (avec entre autres Mustang et Les mille et une nuits). Si toute comparaison avec Mustang serait exagérée, il n’en reste pas moins vrai qu’une certaine forme de dénonciation s’accorde avec le film franco-turc.

Bienvenue à Marrakech – Noha, Randa, Soukaina et Hlima vivent d’amours tarifés. Objets de désirs inavoués dans la société marocaine, elles décrivent à l’aide des mots du langage de la prostitution leur vie de tous les jours, tantôt joyeuses et complices mais aussi tristes et rejetées par une société qui les utilise et les avilit.

Jugé pour son immoralité et caractérisé d’insultant pour la société, le long métrage a été censuré au .

MUCH LOVED est dur, puissant et réaliste – le long métrage regarde, sans trembler, la société marocaine dans les yeux. Sans se prétendre « lanceur d’alerte », le cinéaste, aidé de sa caméra à l’épaule, décrit une société en difficulté. C’est au travers du prisme du sexe qu’est dressé un tableau peu flatteur. Un grand nombre de sujets sont traités : Rôle de la femme,  la sexualité, les sentiments et l’argent, mais également la famille, les clichés de la femme, le rapport au travail et à la carrière, la pauvreté, la richesse, le système judiciaire défaillant… Ainsi, chaque réplique, chaque plan est finement pensé – rien n’est laissé au hasard.  Il s’agit avant tout d’évoquer la place de ces femmes dans la société marocaine et sur le rôle qu’elles jouent puisqu’elles ne sont jamais entendues. Ce que souhaite l’auteur, c’est provoquer le débat, c’est ouvrir les yeux de ceux qui se voilent la face. Avec son nouveau film, a voulu donner une voix aux prostituées marocaines.

© Virgine Sud

Et puis il y a ces scènes en voiture. Ces scènes irréelles où le contraste est puissant, évocatrices du décalage existant entre l’opulence de ces fêtes sans fin où drogue, dollar bill, sexe, alcool coulent à flots et la réalité de la rue, de la misère sociale. Si l’on pourrait reprocher une mise en scène presque répétitive et qui peine à cheminer jusqu’à la conclusion du propos  – pourtant  réussie – l’accompagnement musical nous transporte ailleurs et nous déconnecte de la réalité.

« Dur, puissant et réaliste, le film regarde, sans trembler, la société Marocaine dans les yeux. »

Mais que dire des interprètes de MUCH LOVED ! Nous avons à faire ici à des comédiennes non professionnelles (pour la plupart) – pour un résultat à couper le souffle. Et si les merveilleuses turques de Deniz Gamze Ergüven nous subjuguaient par leur charme et leurs émotions – les marocaines de Nabil Ayouch nous touchent par le « vrai » qu’elles dégagent. Ces femmes endurent, certes, des situations douloureuses, mais elles débordent de vie. Leur joie de vivre, justement, transparaît dans des moments remplis d’humour et de tendresse. Ces femmes sont capables d’amitié, capables de s’aimer, capables de veiller sur les plus faibles. C’est toute cette complexité qui nous émeut devant MUCH LOVED. Sans aucun artifice de mise en scène, Nabil Ayouch filme avec passion ces femmes à coup de plans resserrés, qu’il voit comme de véritables « guerrières ».

Prisonnières de leur situation, sans échappatoires, nos héroïnes survivent. Mais il y a cette fin. Ce moment, hors du temps, où l’on se fait lentement caresser par cette brise de liberté.

SOFIANE

LES AUTRES SORTIES DU 16 SEPTEMBRE 2015

INFORMATIONS



Titre original : 
Réalisation : Nabil Ayouch
Scénario : Nabil Ayouch
Acteurs principaux :  Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane
Pays d’origine : Maroc / France
Sortie : 16 Septembre 2015
Durée : 1h44min
Distributeur : Pyramide Distribution
Synopsis : Marrakech, aujourd’hui. Noha, Randa, Soukaina et Hlima vivent d’amours tarifées. Ce sont des prostituées, des objets de désir. Vivantes et complices, dignes et émancipées, elles surmontent au quotidien la violence d’une société qui les utilise tout en les condamnant.

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