Le talent des animateurs français n’est plus à prouver – qu’il s’agisse d’expatriés qui font désormais les beaux jours de , Dreamworks et Universal, ou de créateurs qui ont fait le choix de rester en France, les écoles Gobelins bénéficient plus que jamais d’un rayonnement international. En cette année à inscrire dans les annales pour ces artistes francophones (le succès de Les Minions, suivi des sorties de Phantom Boy, Adama, Avril et le monde truqué et Tout en haut du monde), MUNE fait office d’incontournable, concentrant à la fois cinq années d’efforts, la réunion de talents d’origines diverses ( vient du cinéma live et de Kung Fu Panda) et un univers à l’ambition ghibliesque.

Produit d’influences diverses, on aurait pu craindre de qu’il soit écrasé sous le poids de ses aînés. Pourtant, les Miyazaki, Cameron et autres disparaissent rapidement au profit d’un univers fondamentalement inventif – dans sa direction artistique, tout d’abord (le charadesign de Nicolas Marlet est absolument sublime), précise, cohérente et originale, mais aussi dans sa construction qui brasse beaucoup d’inspirations sans tomber dans la copie évidente. C’est la principale qualité du film : le travail incroyable fourni sur son caractère tant visuel que contextuel.

Photo du film MUNE : LE GARDIEN DE LA LUNE

© Paramount Pictures

Pourtant, en soi, MUNE est bien davantage un film d’artistes que de scénaristes. Il faut dire que l’aventure qui sert d’enjeu et de moteur narratif n’est guère originale : un simple récit initiatique sur fond d’amitié, d’amour, de courage et de surpassement de soi ; l’ensemble est donc très classique, à défaut d’être fondamentalement mal écrit. A trop vouloir simplifier le cœur de leur récit, les deux cinéastes tombent dans le piège de la prévisibilité. MUNE est un film touchant, drôle, poétique, mais il aurait pu être inoubliable avec un soin différent porté au scénario, aux personnages et à leurs motivations. L’univers dépeint le méritait.

«  est un spectacle maîtrisé qui saura ravir les plus jeunes, mais qui pourrait laisser sur le carreau certains parents, déjà coutumiers des codes utilisés. »

Techniquement, il n’y a pas grand-chose à redire. La 3D est un handicap si elle est trop lisse ; elle est ici magnifiquement utilisée. Le rendu est étincelant, les couleurs sont la preuve d’un dosage réfléchi, les traits sont énergiques et oniriques. Visuellement, MUNE n’a rien à envier aux meilleurs Pixar : c’est une merveille moderne et un tour de force supplémentaire pour l’animation hexagonale.
2015 est, de manière générale, un très bon cru pour le cinéma d’animation (peut-être le meilleur depuis l’incroyable année 2010), MUNE ne fait pas exception à la règle. Non exempt de défauts qui l’empêchent de totalement briller, on ne peut qu’applaudir un travail d’orfèvre aussi merveilleux qu’il manque pourtant de substance. Le film de Philippon et Heboyan est une déclaration d’amour à l’imagination, une œuvre dynamique, limpide et attachante ; un spectacle accompli qui saura ravir les plus jeunes, mais qui pourrait laisser sur le carreau certains parents, déjà coutumiers des codes utilisés.

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LES AUTRES SORTIES DU 14 OCTOBRE 2015

INFORMATIONS

Affiche du film MUNE : LE GARDIEN DE LA LUNE

Réalisation : Benoît Philippon, Alexandre Heboyan
Scénario : Benoît Philippon,
Acteurs principaux : , Izïa Higelin,
Pays d’origine : France
Sortie : 14 octobre 2015
Durée : 1h26min
Distributeur : 
Synopsis : Dans un monde fabuleux, Mune, petit faune facétieux, est désigné bien malgré lui gardien de la lune : celui qui apporte la nuit et veille sur le monde des rêves. Mais il enchaîne les catastrophes et donne l’opportunité au gardien des ténèbres de voler le soleil. Avec l’aide de Sohone, le fier gardien du soleil et la fragile Cire, Mune part alors dans une quête extraordinaire qui fera de lui un gardien de légende !

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