Vee est une lycéenne discrète qui n’a jamais vraiment su se « lâcher » dans la vie. Décidée à changer et à ne plus rester dans l’ombre de sa meilleure amie (la très décomplexée Sidney), Vee s’inscrit sur , un jeu sur internet qui dure le temps d’une journée. Avec leur téléphone, les « voyeurs » observent le jeu et lancent des défis aux « joueurs » qui, en cas de succès, remportent de l’argent. D’un simple « embrasses un inconnu » pour 100 dollars à « passes sous un train » pour 15000 dollars, le jeu prend rapidement une tournure dangereuse.

De prime abord, NERVE, adapté du roman Addict de Jeanne Ryana, a tout du film de divertissement américain pour adolescent. Et pourtant, par sa manière de s’ancrer parfaitement dans notre époque et de s’adresser directement à la nouvelle génération, le film se révèle pour le moins intéressant. On se souvient de We Are Your Friends qui, en dépit de promesses d’un film générationnel tournant autour de la recherche du succès et d’une forme de reconnaissance, sous fond de musique électronique, restait finalement assez banal et sans ambition.

Là où NERVE se démarque, c’est que sa réalisation est malgré tout réfléchie par rapport aux thèmes abordés. Une mise en scène qui fait ressortir la personnalité et les obsessions des réalisateurs, et , forts d’un vrai regard critique sur la société – ils ont récemment réalisé pour Vogue le court-métrage Australian Psycho avec Margot Robbie. Les deux metteurs en scène, habitués à travailler ensemble (Paranormal Activity 3 et 4, mais aussi Viral, encore sans date de sortie en France), traitaient déjà du pouvoir des réseaux sociaux et des manipulations possibles liées à internet avec l’étonnant film documentaire Catfish. Avec NERVE, ils parviennent à garder une vision personnelle du monde – virtuel comme réel –, à en tirer un discours ayant pour but d’éveiller les consciences, sans pour autant se retrouver noyés par leur cahier des charges – à savoir ici mélanger romance lycéenne et divertissement au genre du thriller.

Photo du film NERVE

Cette compréhension de notre époque de la part des deux réalisateurs se voit dès la séquence d’introduction (et jusqu’au générique de fin parfaitement bien stylisé). Vee allume son ordinateur et c’est en vue subjective (effet de plus en plus populaire) qu’on suit ses différentes actions, souris en main. Lancer Spotify, ouvrir Gmail, passer par Google Chrome… Au-delà d’un simple placement de produits, ces applications permettent aux réalisateurs de faire une sorte de panel de ce qui est désormais notre quotidien. Cela se poursuit avec une conversation sur Skype qui offre un champ-contrechamp, pas dénué de défauts, mais en totale adéquation avec ce qui suivra. D’ailleurs il n’est pas anodin que ce système de conversation visuel se passe tandis que Vee observe la vie d’un garçon de son lycée sur Facebook.

En l’espace de quelques minutes, le film met ainsi en place (avec quelques maladresses, on l’accorde) une forme de voyeurisme et d’exhibitionnisme, devenue désormais naturelle. Le jeu Nerve permet alors de révéler les dangers et le caractère malsain que peuvent avoir ces outils. Car derrière cette envie (voire ce besoin) d’être vue, on bascule rapidement vers l’envie d’être reconnue et d’obtenir une forme de célébrité, éphémère et non justifiée.

« Par sa manière de s’ancrer parfaitement dans notre époque et de s’adresser directement à la nouvelle génération, le film se révèle pour le moins intéressant. »

Alors que Vee, interprétée par la très sympathique , se laisse gentiment prendre au jeu avec des défis sans conséquence grave, l’amenant à faire la rencontre d’Ian (), on observe avec effarement les défis auxquels se soumet sa meilleure amie Sydney. Pour être suffisamment populaire sur le jeu et ainsi aller en finale, celle-ci osera tout sans aucune honte ni dignité. Motivée par l’appât du gain facile et cette fausse forme de célébrité (à base de rien !), le personnage de Sydney représente une génération narcissique influencée aussi bien par la télé-réalité que Youtube ou Instagram – avec ses fameux « Instafamous ».

Bien que passant la plupart du temps par des images issues des téléphones portables (une immersion à la manière de Projet X), permettant aux réalisateurs d’assumer pleinement leur vision, ces derniers évitent judicieusement d’en faire trop et de risquer de rendre malade le spectateur. Des choix toujours pertinents, une plongée au cœur du jeu fascinante, qui fait alors de nous ces participants voyeurs.

Photo du film NERVE

Evidemment NERVE n’oublie pas d’évoquer à travers ce phénomène viral, la responsabilité directe de celui qui observe. Car sans « voyeur » (ou follower) le système s’écroule. Le jeu prenant des tournures de plus en plus dangereuses, laissant place aux instincts primaires et aux pulsions de chacun qui, caché derrière un écran ou un masque, se croit protégé et en oublie les conséquences réelles sur l’humain, NERVE va basculer du côté du thriller. Si le film perd ici en crédibilité et se contente de certaines facilités (la magie des hackers et du Deep web), il reste notable par son évocation certaine de The Game (1997). En reprenant ce principe de jeu qui dégénère, NERVE offre une relecture du film de David Fincher en s’adaptant à l’époque.

Bien sûr il y a ici un manque de finesse (comme dans la séquence finale, avec ce discours prononcé par Vee sur les conséquences et les responsabilités de tous). Mais en parvenant à inclure au sein de ce cinéma de divertissement des éléments aussi majeurs de notre époque et à en faire la critique, c’est sans prétention qu’Henry Joost et Ariel Schulman ont su rendre NERVE appréciable, honnête et un brin audacieux. Bien plus qu’on ne l’espérait.

Pierre Siclier

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