Monsieur Kerbec est directeur d’un cabinet de courtage, mais nous comprenons vite que les habits qu’ils portent n’ont pas été taillés pour lui, mais pour son père, dont il a pris la suite. Entre son chauffeur, sa boite et son psy (extra Tom Novembre qu’on prend plaisir à retrouver, même quelques minutes), il a bien peu de temps pour être Yann. C’est , récemment croisé dans Un beau dimanche, qui l’incarne avec retenue et distance. Sa femme Estelle, interprétée par la toujours lumineuse , qu’on a vue dans Un peu, beaucoup, aveuglément, lui organise son anniversaire en présence de ses collègues de bureau. Revoir dans une vidéo son meilleur ami, Thomas, va déclencher un tsunami d’émotions refoulées en lui depuis bien longtemps et lui donner envie de reprendre contact avec son ami. Nous rencontrons donc Thomas, joué par un Pio Marmaï survolté, bien éloigné des deux personnages que lui avait déjà offert Rémi Bezançon dans Le Premier jour du reste de ta vie et Un heureux événement.

Photo du film NOS FUTURS

Leurs retrouvailles seront difficiles et chacun aura du mal à accepter ce que l’autre est devenu: Thomas condamné à vivre éternellement son adolescence et Yann devenu un cas scientifique de vieillissement accéléré. Mais peu à peu, ils retrouveront leur amitié scellée à l’adolescence après la mort du père de Yann et leur serment de toujours être présent l’un pour l’autre, grâce à leur idée de refaire la fête de ouf de leurs 18 ans, qui leur permettrait d’ouvrir un portail spatio-temporel et de briser cette malédiction de la vie.

Avec quelques aller-retours utiles vers des images de leur passé, nous accompagnons donc nos deux amis à la recherche de leurs anciens copains et copines, par minitel, téléphone puis finalement sur les routes pour faire changer d’avis les récalcitrants, Yann sur son vieux scooter et Thomas sur sa bécane sur laquelle est écrit… No future! Car oui, le titre du film fait évidemment référence à ce mouvement punk de la fin des années 80, trop ancien pour que nos protagonistes l’aient connu mais significatif d’une jeunesse rebelle et libre, en contestation à l’ordre établi. Et revoir ces jeunes devenus adultes et parfois ventripotents (à noter la belle performance d’Aurélien Wiik) renier ce qu’ils combattaient auparavant, comme DJ Mad Max/ désormais banquier ou sa femme Géraldine/ Cottin est assez jouissif… même si le procédé de faire appel à ces comédiens à la mode sur Canal + (séries Bref, la Connasse, on croise aussi Laurence Arné vue dans Workingirls) est un peu facile et lassant…

« Une tragi-comédie nostalgique très subtile, dont l’univers onirique permet une reconnexion aux émotions des personnages. »

Ce road movie vers le passé, dont la chute est très belle,  permettra surtout à Yann de ne plus être Monsieur Kerbec, de se reconnecter à ses émotions et à sa vie, de se réapproprier son corps en s’autorisant à danser à nouveau, de ne plus être dans le déni et de pouvoir enfin parler de la mort de son père et autres souvenirs ou souffrances enfouies très très loin dans un coin de son cerveau, grâce aux rêves et à leur pouvoir d’aider à faire le deuil.

Photo du film NOS FUTURS

Cette nouvelle vie permettra à Estelle de mieux connaître et comprendre Yann, mais on regrettera un peu de ne pas voir ce que Yann fait de sa nouvelle vie… on aurait aimé par exemple le voir casser la gueule à son directeur ou s’émanciper du pouvoir de sa mère, que joue Zabou !

Les films de Rémi Bezançon, et NOS FUTURS le confirme, possèdent cette capacité à raconter de belles histoires, à émouvoir le spectateur, à le faire passer du rire aux larmes, à le faire réfléchir. Le réalisateur nous a confié lors de la présentation de son film que NOS FUTURS est une tragi-comédie mais qu’il voit toujours le verre à moitié plein. Il a aussi évoqué son plaisir, comme dans un jeu de pistes, à semer volontairement des petits cailloux et faire des clins d’œil au spectateur (comme le tableau du Titanic) : il parait qu’il y a plusieurs caméos de Tom Novembre et de lui-même… une incitation pour le spectateur à voir et revoir ce très beau film, donc !

Sylvie-Noëlle
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