Au Chili, à trois mille mètres d’altitude, les astronomes venus du monde entier se rassemblent dans le désert d’Atacama pour observer les étoiles. Car la transparence du ciel est telle qu’elle permet de regarder jusqu’aux confins de l’univers. C’est aussi un lieu où la sécheresse du sol conserve intacts les restes humains : ceux des momies, des explorateurs et des mineurs. Mais aussi, les ossements des prisonniers politiques de la dictature. Tandis que les astronomes scrutent les galaxies les plus éloignées en quête d’une probable vie extraterrestre, au pied des observatoires, des femmes remuent les pierres, à la recherche de leurs parents disparu …

Note de l’Auteur

[rating:6/10]

Date de sortie : 27 octobre 2010
Réalisé par Patricio Guzmán
Titre original: Nostalgia De La Luz
Film espagnol , allemand , français , chilien
Durée : 1h30min
Bande-Annonce :

Rendez-vous dans le désert de l’Atacama, l’endroit le plus aride du monde, « popularisé » non pour des raisons cinéphiliques ou astronomiques mais par le « Dakar » nouvelle version. Rassurez-vous, aucune allusion n’y sera faite pendant le film. C’est le lieu qui a été choisi pour 2 raisons, de haut en bas : l’exceptionnelle clarté de son ciel qui en fait un endroit privilégié pour les observations et son sous-sol, que certaines familles creusent pour tenter de trouver les restes de proches disparus sous la dictature de Pinochet.

Ce sont les 2 thèmes chers au cinéaste, déjà coupable de Salvador Allende et Le Cas Pinochet, qui font à la fois la force et la faiblesse du film. Une force indéniable, tant les deux sujets, l’espace et la dictature, sont forts et quasi inépuisables. Ils offrent aussi une belle métaphore de l’état du Chili aujourd’hui, cherchant à regarder devant et à s’élever mais toujours empêtré dans les méandres de son passé récent. Un pays sans présent, en somme, pour reprendre le mot d’un des intervenants qui affirme que le présent n’existe pas, la lumière des étoiles qu’on peut observer depuis la Terre ayant été émise il y a plusieurs années.

Mais le risque avec ce genre de projet très ambitieux voulant tout traiter, du sol au ciel, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, est de se disperser, d’effleurer ses sujets plutôt que de les traiter en tant que tels. Difficile en effet d’en dire long sur deux thèmes aussi profonds en seulement 1h30. On ne peut pas mettre en doute l’intégrité et le travail du réalisateur mais il semble tourner en rond et ressasser ses obsessions continuellement dans son œuvre, comme le prouvent les courts métrages offerts en bonus sur le DVD, qui pourraient aisément passer pour des scènes coupées de ce long, tant le style et les sujets sont photocopiés.

Côté forme, si le défilé d’intervenants répondant aux questions face caméra, procédé anti-cinématographique s’il en est, risque de réduire l’attrait du spectateur (l’attrait mais pas l’intérêt, le fond restant richement documenté et souvent émouvant pour la partie « dommages causés par Pinochet » ), la photo, magnifique, nous offre des images de galaxie parmi les pus belles jamais montrées et élève ce documentaire au rang d’œuvre cinéma et non télé. Impression renforcée par la musique lancinante accompagnant ces images nébuleuses, qui rappelle l’ambiance étrange du Solaris de Steven Soderbergh.

Il serait facile d’ignorer un documentaire chilien en errant dans une boutique DVD (si toutefois ces nouveaux « supermarchés de la culture » daignaient le mettre en rayon) mais ce serait passer à côté d’un regard juste, passionné et souvent passionnant sur le Chili, œuvre somme de son auteur.