Nous consacrons une minuscule rétrospective à à l’occasion de la sortie de son prochain film Quelques minutes après minuit le 4 janvier 2017.

Au menu: les critiques des films réalisés par l’auteur: L’orphelinat (2007), The Impossible (2012), et enfin celle de Quelques minutes après minuit. Puis, en marge des chroniques cinématographiques, celle littéraire du livre de Quelques minutes après minuit, ainsi qu’une extrapolation des promesses de son adaptation cinématographique par Juan Antonio Bayona.

L'orphelinat

Une grande baraque, une mère et son fils, un enfant disparu, une enquête, des fantômes… Bienvenue à L’ORPHELINAT.

Avant d’aborder concrètement le film, on retrouve déjà dans L’ORPHELINAT, cette fameuse différence entre l’horreur dite « à l’espagnole » et celle « à l’américaine », la première reposant bien plus sur l’empathie et la qualité d’une histoire, que sur de purs effets de mise en scène. Et même lorsque la mise en scène DOIT prendre le pas sur le reste, il y a cette question du « timing qui change tout », beaucoup plus patient, atmosphérique, jamais putassier souvent efficace. Qu’on se le dise : l’horreur à l’espagnole, du moins si l’on en reste à ses plus grands représentants, est unique et puissante. Et peut-être même justement parce qu’elle est bien plus que de la « simple » horreur.

Photo du film L'ORPHELINAT (2007)

Une maman qui cherche son fils

L’ORPHELINAT s’inscrit donc pile-poil dans cette mouvance formelle, avec ses moments de tension et effets de suspense préparés avec soin par une réalisation propre, léchée et efficace ; il se pare de plus d’un bon scénario, retors et sans concession, à même de rendre le film mémorable – quoique mémorable ne signifie en rien original. Il y a également dans le long-métrage, une belle attention envers le personnage féminin, examinant avec beaucoup de sensibilité la façon dont s’exprime son instinct maternel, sa détermination, ou plus simplement encore, son amour envers son fils. Puis, de par son décor et son exploitation quasi-totale (inhérente au script), une certaine variété de situations d’angoisse et d’atmosphères est au rendez-vous, renforçant cette impression de film exhaustif et réussi à tous niveaux.

« Tout semble parfait et réussi dans L’Orphelinat, pourtant quelque chose cloche… comme… un manque d’âme, de personnalité ? »

Pourtant, quelque chose cloche. Comme un manque d’âme, de personnalité.
Et un simple retour au générique nous montre rappelle où est le problème : la mention « produit par Guillermo Del Toro ».

Car oui : L’ORPHELINAT emprunte à ce (nouveau) maître de l’horreur espagnole et notamment à L’échine du Diable (2001), beaucoup trop d’éléments. De sa mise en scène très particulière du fantôme comme entité positive mais ultra-flippante, à l’importance de celui-ci dans la narration ainsi que dans la résolution de l’histoire. Pour autant dans L’ORPHELINAT, ce fantôme, cet élément fantastique, ne sert jamais à insuffler une poésie macabre mais servant d’exutoire à une réalité historique (franquiste précisément) sans concession, comme chez Del Toro. Il n’y a pour ainsi dire, pas d’antagoniste dans le film de Bayona, du moins autre que le script lui-même et sa capacité à littéralement enfermer ses personnages dans le-dit lieu éponyme.

Photo du film L'ORPHELINAT (2007)

Un gosse flippant qui cherche des potes

La représentation du fantôme n’est pas le seul point discordant de L’ORPHELINAT – il en est de même pour son portrait féminin, et par extension le rapport à la parentalité, à l’enfance, au manque, au couple. Si ces aspects restent touchants et en soi réussis dans L’ORPHELINAT, ils n’en rappelle pas moins d’autres oeuvres comme Les Autres (Amenabar, 2001), ou La secte sans nom (Balaguero, 1999) et leur traitement de ces mêmes sujets au sein d’un contexte autrement plus étoffé, palpable, cruel et interactif.

L’un dans l’autre, impossible alors de ne pas se dire que l’absence d’un réel contexte dans L’ORPHELINAT, impacte la portée émotionnelle de la raison d’être du fantastique, des enjeux du protagoniste, ainsi que le sens de cette fameuse mélancolie finale.

On en revient à ce générique où l’on se surprend à plutôt imaginer la mention : « produit par Guillermo del Toro, Jaume Balaguero et Alejandro Amenabar »… Tant Juan Antonio Bayona puise la personnalité de son divertissement dans leurs obsessions d’auteur, sans jamais en conserver ni la gravité, ni la richesse, ni surtout la cohérence. Non pas que cela manque vraiment à L’ORPHELINAT, excellent film d’horreur s’il en est… Mais simplement remarquons-nous qu’il n’est qu’illusion et inconséquence en rapport aux trois chefs d’œuvres sus-mentionnés. On se dirigera donc vers les réalisations suivantes d’un cinéaste encore « faiseur » plutôt qu’ « auteur », pour y trouver, ce qu’il manque de profondeur à son premier film… Une attention particulière aux parcours initiatiques, au fantastique allégorique, aux contextes politiques ou émotionnels prégnants, et à la cohérence d’ensemble.

Georgeslechameau

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