Son nom de famille attire forcément l’attention des cinéphiles en quête de nouveaux talents. Gia Coppola, nièce de Sofia, petite-fille du grand Francis Ford, est la dernière de l’illustre famille à sauter le pas de la réalisation. Si le premier film de Gia n’a pas grand-chose à voir avec le cinéma de son grand-père, on lui trouve un lien de parenté assez évident avec celui de Sofia, tant dans les thématiques narratives qu’au niveau de la réalisation. Disponible depuis le 2 janvier en DVD et Blu-ray, le film est adapté du recueil de nouvelles de James Franco, dont le titre fait référence à la ville d’enfance de l’acteur. PALO ALTO suit trois personnages dans une époque charnière de leurs adolescences, faites d’expérimentations et d’auto-déterminations, et met en lumière le microcosme qui les entoure.
La question adolescente est la thématique décidément chérie des filles Coppola. La majorité des films de Sofia reviennent dessus, avec une réussite inégale. Gia, de manière similaire, dépeint des êtres en pleine mutation et en manque de repère, qui évoluent dans une société qu’ils ont du mal à appréhender. Dans PALO ALTO, il y a d’abord ce duo masculin composé du blond Teddy et du brun Fred. Proches, ils ont malgré tout des caractères opposés : Teddy (Jack Kilmer) semble plus sensible et influençable que Fred, tête à claque en perdition qui entraîne son ami vers le fond. Les deux derniers plans de PALO ALTO, qui leurs sont dédiés, soulignent avec subtilité que si Teddy, Fred et les autres prennent le même chemin (vers l’âge adulte), ils ne le traversent pas tous dans le même sens. Et certains se perdent en cours de route.

 © Pathé Distribution

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De leurs côtés, April (Emma Roberts) et les autres personnages féminins découvrent le pouvoir de leurs corps sur la gente masculine. Gia Coppola dépeint socialement les conséquences que le succès engendre chez certaines privilégiées (April, Emily…) au travers des commentaires acides que cela provoque chez leurs camarades, amies ou rivales. Si cette problématique est avant tout concrète, puisqu’elle a trait spécifiquement à la question du corps, des désirs qu’il suscite jusqu’aux interactions qu’il provoque, la cinéaste réussit à traiter la question de manière éminemment sensitive grâce à une bande originale inspirée et aérienne. Omniprésente, la musique est une efficace révélatrice de la psyché fluctuante et troublée des personnages féminins. Régulièrement, on ressent intimement le bouleversement intérieur de jeunes femmes en gestation, qui ont quitté l’enfance mais ne sont pas encore des adultes. Cet aspect est symbolisé chez April par la relation particulière qu’elle entretient avec son prof de sport, Mr. B. (James Franco). Séduit par le corps de la femme, le prof doit faire face à l’interdit que lui impose l’âge de la fille. Ce traitement globalement subtil de la question féminine est indéniablement une des vraies réussites du premier film de Gia Coppola, tant il ajoute de la profondeur à une œuvre qui manque de singularité.

”Si Gia Coppola se révèle prometteuse, nous attendrons son deuxième film pour nous prononcer véritablement sur son talent et son avenir”

L’une des autres jolies idées du film est sa faculté à travailler la notion d’espace et le hors-champ quand cela peut se révéler significatif. Comme dans cette scène où April, en pleurs, entend deux filles entrer dans les toilettes où elle se trouve déjà. Pendant que les nouvelles arrivantes remarquent la mise en valeur de la poitrine de l’une d’elle et s’en ravissent, April se tasse pour ne pas se faire remarquer. Mais, en filmant uniquement les protagonistes en plans serrés et en champ-contre-champ, sans plans d’ensembles qui les relieraient spatialement, la réalisatrice ne nous permet jamais de comprendre où les unes se situent par rapport à l’autre. April et les deux filles ne partagent jamais le même cadre, et, en extrapolant, on peut aussi dire qu’elle ne partage alors pas le même monde. Car c’est bien un monde qui les sépare, tant sur le plan cinématographique que mental : il y a d’un côté deux filles qui maîtrisent et (se) jouent des effets que provoquent leurs nouveaux corps, et de l’autre une fille, April, qui les subit plus difficilement.

 © Pathé Distribution

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L’adolescence est vue ici comme une période charnière de l’existence, traumatisante ou valorisante, vécue constamment sous influences (de la culture, des figures tutélaires, des psychotropes, des amis, des modes…). En ce sens, Gia Coppola transparait à travers ses trois personnages principaux. PALO ALTO, adapté du bouquin d’un autre, évoquant parfois les films d’une autre, laisse entrevoir une artiste sous influence, en gestation, et dont l’absence de singularité pose question. Et parfois même, pose problème, tant la ressemblance avec le travail de Sofia Coppola est évidente. Si Gia Coppola se révèle prometteuse, nous attendrons son deuxième film pour nous prononcer véritablement sur son talent et son avenir.

CASTING
Titre original : Palo Alto
Réalisation : Gia Coppola
Scénario : Gia Coppola, d’après « Palo Alto », recueil de nouvelles écrit par James Franco
Acteurs principaux : James Franco, Emma Roberts, Val Kilmer, Nat Wolff, Jack Kilmer, Zoe Levin…
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 11 JUIN 2014 (2 JANVIER 2015 en DVD-Blu-Ray)
Durée : 1h4Omn
Distributeur : Tribeca Films (USA), Pathé Distribution (France)
Synopsis : Teddy, April et Fred sont des adolescents livrés à eux-mêmes qui vivent dans la banlieue chic de Palo Alto, en Californie. Ils ont soif de sensations fortes et découvrent l’alcool, les drogues et le sexe.
BANDE-ANNONCE