Comme s’il voulait éviter toute comparaison avec le film d’animation de  Peter (1953) ou Hook (Steven Spielberg, 1991),  (Orgueil et Préjugés, Reviens-moi, Anna Karenine) s’attaque au prélude du mythe de Peter Pan. PAN retrace donc le voyage initiatique d’un jeune orphelin, Peter (), dans un Londres bombardé par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Un soir, il se fait enlever par une bande de pirates. C’est le début pour lui d’une véritable évasion au Pays Imaginaire, précieux souvenir de tous les jeunes spectateurs du film des studios Disney. Peter devra alors travailler dans les mines tenues par le terrible Barbe-Noir (Hugh Jackman).

Là réside la meilleure trouvaille du film : un Hugh Jackman en collants rouges en mode Louis XIV scandant du Nirvana devant une foule galvanisée ! Charismatique, showman, excentrique et lunatique, c’est bien Barbe-Noir la vraie star du film. Le futur Capitaine Crochet (), si cher à notre cœur, est relégué au rôle de bellâtre, plutôt quiche et consensuel (il fallait un beau gosse dans le scénario, c’est tombé sur lui). Alors que Joe Wright, avec Barbe-Noir, esquissait un décalage kitsch et drôle, on regrette qu’il n’ait pas osé aller jusqu’au bout de sa démarche, qui aurait pu faire de PAN un film au point de vue VRAIMENT original. Et ce n’est pas l’interprétation de Levi Miller, bon mais pas suffisamment tranchant, qui le fera basculer dans cette catégorie.

Du côté des seconds rôles, Lily la tigresse () est finalement peu utilisée, tout comme le personnage de Crochet, pas assez exploité et travaillé, en dépit de ce que l’on pouvait pressentir. On attendait en effet que les liens avec le chapitre suivant – la main qu’il perdra mangée par le crocodile, l’amertume et la haine qu’il voue à Peter – se mettent en place, qu’on fasse de ce capitaine un être beaucoup plus complexe et ambiguë. Au final, on pleure la version de Dustin Hoffman dans Hook et le bruit du tic-tac dans l’estomac du crocodile !

Le scénario, un brin convenu, reste divertissant. On nous emmène gentiment sur un chemin bordé d’indiens colorés, de pirates et de crocodiles (les références à ce dernier sont, elles, bien amenées), tout cela sur une musique sautillante.

« La réalisation classique et sans grande originalité de Joe Wright font du film un divertissement plutôt efficace, mais limité en matière créative. »

En revanche, peu d’originalité dans l’image, car la 3D et les nombreux plans larges produisent ici une étrange sensation. A la manière d’un Chéri j’ai rétréci les gosses (1989), les personnages rapetissent trop dans certains plans, brouillant ainsi les cartes des échelles et avec elles, nos perceptions. Il reste néanmoins pour notre plaisir une belle séquence d’animation inspirée mais malheureusement trop courte, et quelques poudres de couleurs jetées littéralement à la tête du spectateur lors d’une bataille du camp indien. PAN montre d’ailleurs un travail de qualité effectué sur les décors et les costumes, et les techniciens aux effets spéciaux ont pu laisser libre court à leur créativité dans de spectaculaires batailles navales ariennes. Mais ils ont aussi produit de curieuses choses, comme un Pays des Fées un peu guimauve ou des oiseaux étranges et incongrus.

La réalisation classique et sans grande originalité de Joe Wright font du film un divertissement plutôt efficace mais limité en matière créative. Les petits y trouveront peut-être leur compte, mais les adultes plus difficilement…

INFORMATIONS

Affiche du film PAN

Titre original : Pan
Réalisation : Joe Wright
Scénario :
Acteurs principaux  :  , Levi Miller, Garett Hedlund, Rooney Mara
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 21 octobre 2015
Durée : 1h51min
Distributeur : 
Synopsis : Jeune orphelin dans un Londres bombardé par les Allemands, en pleine Seconde Guerre mondiale, Peter est enlevé par une bande de pirates. C’est le début de ses aventures au Pays Imaginaire. Peter devra alors travailler dans les mines tenues par le terrible Barbe-Noir…

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