Affiche du film PARLEZ-MOI DE VOUS

À 40 ans, Mélina est la voix la plus célèbre de France. Animatrice à la radio, la nuit à l’antenne elle résout les problèmes affectifs et sexuels des auditeurs avec impertinence, humour et sans tabou. Tout le monde connaît sa voix, mais personne ne connaît son visage.
Dans la vie, elle évite tout contact et vit comme une vieille fille dans les beaux quartiers. Partie à la recherche d’une mère qu’elle n’a jamais connue, elle découvre que celle-ci vit au sein d’une famille nombreuse, en banlieue. Elle décide de s’approcher d’elle, incognito….

Note de l’Auteur

[rating:7/10]

Date de sortie : 11 janvier 2012
Réalisé par Pierre Pinaud
Film français
Avec Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Nadia Barentin
Durée : 1h29min
Titre original : Parlez-Moi de Vous
Bande-Annonce :

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Avec Parlez moi de vous, Pierre Pinaud explore les failles d’une femme en quête d’identité. Cette femme, c’est Mélina. Belle et talentueuse, la célèbre animatrice de radio refuse pourtant de montrer son vrai visage à la presse. C’est que, sous une apparence épanouie, elle cache une personnalité autocentrée, pleine d’inhibitions et qui n’a pas fait le deuil de son enfance. Saluons l’interprétation de Karin Viard dont la finesse de jeu tient l’équilibre entre légèreté et intensité dramatique. Car c’est bien cela dont il s’agit, parler avec humour d’un sujet que l’on serait tenté d’aborder sous un angle dramatique.

Mélina a une « double personnalité », rayonnante en surface mais sombre lorsqu’on y regarde de plus près. Le contraste apparaît d’une façon très nette à l’écran entre les couleurs chatoyantes du studio radio où Karin Viard se remaquille avant son émission (notons le trait de rouge qu’elle applique sur ses lèvres en très gros plan, symbole de féminité par excellence) et les notes froides de son appartement où elle s’en retourne ensuite et, dont les fenêtres sont entièrement voilées de rideaux blanc. Dès le départ, nous sommes donc mis au fait de ce que son désir de femme est comme recouvert d’un linceul. La sensualité n’est ici qu’une façade et l’on perçoit le plaisir que prend Mélina à jouer le rôle d’une héroïne de film : Sitôt rentrée chez elle, elle ôte ses talons aiguilles vertigineux pour enfiler d’autres talons (non moins vertigineux) en guise de chaussons et traverser son salon comme s’il s’agissait d’un plateau de cinéma. Pourtant, il n’y a personne pour l’admirer puisqu’elle vit seule.

Ce regard que porte Mélina sur elle-même, une surveillance continue (car il s’agit d’être une femme à tout prix et de surcroit, une femme parfaite) l’entrave et elle aimerait s’en débarrasser. Si Mélina rêve de renouer le contact avec sa mère qui l’a abandonnée lorsqu’elle était enfant, c’est qu’elle aspire au changement : En finir avec le passé pour vivre dans le présent. Et un mot d’amour suffirait à lui rendre la confiance dont elle manque pour s’ouvrir aux autres… Du moins le croit-elle. Pierre Pinaud nous invite à réfléchir sur les moyens dont chacun dispose pour vivre en accord avec soi-même, en dépit des manques et des traumatismes subits. L’intérêt du film (et son potentiel comique) réside dans le fait que rien ne va se passer comme Mélina le souhaite. Le clivage entre la vision fantasmée qu’elle a des choses (ce que devrait être une femme, ce que devraient être les retrouvailles avec sa mère) et la façon dont la réalité prend forme ne manque pas de piquant.

Photo (1) du film PARLEZ-MOI DE VOUS

La première partie du film repose sur la déclaration que Mélina souhaite faire à sa mère, Joëlle (Nadia Barentin). Dans un premier temps, elle l’approche sans lui révéler son identité, n’osant pas « avouer librement » le lien qui les unit. La mise en scène de Pierre Pinaud nous plonge au cœur de la tension de Mélina, notamment lorsqu’au volant de sa voiture, elle suit Nadia Barentin de loin. La profondeur de champ se réduit, la pluie tombe en trombe sur le pare-brise, brouillant notre visibilité. Nous sommes alors saisis d’angoisse à l’idée de voir Joëlle disparaître. Même chose, lorsque Mélina se rend à la fête où est sensée se trouver sa mère : les mouvements fébriles de la caméra juxtaposent les gros plans de visages inconnus, entre lesquels on s’attend à voir celui de Joëlle apparaître. L’enjeu devient palpable donc, pour le spectateur qui se prend à espérer un heureux dénouement. Mais tout sépare la mère et la fille, systématiquement filmées en champ, contre-champ : Le signe qu’elles ne seront jamais réunies… [pullquote]Pierre Pinaud nous invite à réfléchir sur les moyens dont chacun dispose pour vivre en accord avec soi-même, en dépit des manques et des traumatismes subits.[/pullquote]

Mélina finit par convoquer sa mère pour un rendez-vous en tête à tête. Rien ne manque au tableau pour faire de cette scène un pur moment de grâce : les fleurs du jardin botanique, la terrasse chic du café chic, l’allure de Karin Viard (très proche de Catherine Deneuve à cet instant)… Seul problème, Joëlle ne se présente pas au rendez-vous, contre carrant par là les plans de mise en scène qu’avait fixés sa fille. On ne jouera donc pas la scène. Il n’y aura pas de grande déclaration. Mélina est mise en face d’une mère fuyante, qui refuse de lui donner l’amour dont elle aurait eu besoin enfant. Mais n’est-il pas trop tard ? Pierre Pinaud pointe assez finement « l’erreur » du personnage qui continue d’alimenter son manque en réclamant l’impossible au lieu de faire son deuil, ce qui l’apaiserait de source sûre.

Au cours du film, une seconde trame narrative prend le dessus, celle la relation de Mélina avec Lucas (Nicolas Duvauchelle). Cet homme vient la déstabiliser dans sa quête d’amour maternel. Il ouvre la porte à une possible passation. Don de soi, don d’amour (Mélina encourage Lucas dans sa voix de photographe, Lucas embrasse fougueusement Mélina sur le pas de porte, créant ainsi une percée dans son univers) permettent donc, et ce de façon non-conventionnelle et imparfaite, d’ouvrir une fenêtre dans la vie de Mélina. La modification tant attendue ne viendra donc finalement pas d’un mot d’amour de sa mère (qui ne l’ayant pas prononcé en temps voulu, ne le prononcera plus), autrement dit du passé, mais bien du choc que constitue la relation amoureuse. Et l’amour se ne vit jamais aussi bien qu’au présent.

Photo (2) du film PARLEZ-MOI DE VOUS