Avec LA PASSION D’AUGUSTINE, la réalisatrice a souhaité rendre hommage aux religieuses québecoises qui étaient chargées de s’occuper de l’éducation des jeunes filles, toutes classes sociales confondues. Elle voulait ainsi comprendre la façon dont elles ont dû affronter l’exode programmé des élèves vers les écoles publiques, dans un contexte de nationalisation des années 60. Ce sujet souvent abordé du point de vue des militants, ne l’avait jamais été du côté des religieuses, d’où l’originalité du scénario co-écrit avec Marie Vien : le traitement et la mise en scène par la réalisatrice ne favorisent aucun prosélytisme ou parti pris. Bien sûr, il est question de foi, de vocation et d’engagement religieux, valeurs que les non croyants auront peut-être un peu de mal à partager… Mais l’une des forces de LA PASSION D’AUGUSTINE, c’est précisément son absence de jugements. Le film nous fait partager le pan de la vie d’une communauté religieuse qui se heurte à une véritable révolution et a le choix entre céder puis fermer le couvent, ou se battre pour sa survie.

Photo du film LA PASSION D'AUGUSTINE

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La réalisatrice a préféré s’attacher aux ressentis des personnages, à la capacité des religieuses à affronter cette révolution et à faire évoluer leur rapport au monde extérieur. Elle dresse ainsi de beaux portraits attachants et émouvants de femmes, dont trois se détachent particulièrement. D’abord Mère Augustine (), la mère supérieure qui dirige le couvent ; au fil de l’histoire, on en apprendra un peu plus sur celle qui met sa foi au service de la musique, sur sa vie d’avant lorsqu’elle n’était que Simone Beaulieu (point faible du scénario car un peu trop évident). Il y a aussi Sœur Lise (), un peu plus dure avec les jeunes filles et réfractaire à la modernité ainsi qu’au changement. Et puis, au cœur de ces bouleversements, il y a Alice, jeune pianiste virtuose, recueillie par sa tante Mère Augustine, qui mettra un point d’honneur à ne pas révéler ce lien aux autres sœurs. Leurs rapports difficiles se transformeront en une belle relation, nouée par les difficultés que traversent le couvent. C’est au travers des yeux d’Alice la rebelle que nous découvrons cette vie en communauté, les méthodes d’enseignement, la vie en pensionnat, les interdictions faites aux jeunes filles.

« LA PASSION D’AUGUSTINE est un film émouvant et joyeux, qui offre à la musique un très bel écrin. »

La joie et l’enthousiasme procurés par LA PASSION D’AUGUSTINE nous ont fait penser aux émotions ressenties à la vision de Sister Act de Emile Ardolino plutôt qu’au récent Les Innocentes de Anne Fontaine, autrement plus sombre. Il est aussi question pour ces sœurs d’enjeux de pouvoir, de perte d’identité et de la façon dont elles font face à l’évolution de la société alors qu’elles ont délibérément fait le choix de ne pas y prendre part. Mais il est aussi question de respect, d’amitié et d’amour. Enfin, au cœur du film, est abordé le féminisme des années 60 et l’éducation des jeunes filles pour qu’elles deviennent des femmes plus libres. Grâce à la musique, qui se veut une prière pour l’âme et qui est la passion d’Augustine, le film offre au spectateur une nouvelle émotion à chaque accord joué et chanté. Alors quand toutes les sœurs lancent l’opération « Sauvons notre couvent ! », on ne peut qu’être empathique. On se laisse aisément embarquer par ce beau et noble combat ! LA PASSION D’AUGUSTINE est un film émouvant, joyeux qui offre à la musique et à l’accent chantant de nos cousins québécois un très bel écrin.

Sylvie-Noëlle

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS
Affiche du film LA PASSION D'AUGUSTINE

Titre original : La Passion d’Augustine
• Réalisation : Léa Pool
• Scénario : Léa Pool
• Acteurs principaux : Céline Bonnier, , Diane Lavallée
• Pays d’origine : Canada
• Sortie : 30 mars 2016
• Durée : 1h43mn
• Distributeur : KMBO
• Synopsis : Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige avec succès un petit couvent sur le bord du Richelieu. Passionnée, résiliente, Mère Augustine met toute son énergie et son talent de musicienne au service de ses élèves. Lorsque sa nièce Alice lui est confiée, c’est non seulement une nouvelle pianiste prodige qui fait son entrée, mais aussi une jeune femme dont les aspirations sont au diapason de l’époque et qui rappelle à Mère Augustine un passé qu’elle avait cru mis de côté définitivement. L’école, malgré sa petite taille, est un joyau musical qui rafle tous les grands prix de piano. Les murs respirent la musique. Matin, midi et soir, du grand couloir à l’escalier principal, résonne un flot de gammes, d’arpèges, de valses de Chopin et d’inventions de Bach. Et, à défaut de prier, on chante!… Mais lorsque le gouvernement du Québec instaure un système d’éducation public au milieu des années soixante, l’avenir de Mère Augustine et de ses Sœurs est menacé.

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