PLANÉTARIUM est un film ample, à plusieurs niveaux. D’abord par sa mise en scène, élégante, traversée de belles idées. Ensuite dans ses ambitions artistiques par rapport aux précédents films de la réalisatrice française. Situant son intrigue dans la France des années 30, Rebecca Zlotowski se frotte au film d’époque et à tout ce que ce saut temporel implique : reconstitution, costumes… Et, enfin, ample par son foisonnement thématique qui est à la fois sa force et sa faiblesse. Car à trop cumuler, PLANÉTARIUM a du mal à maintenir l’intérêt à tous les étages.

L’aspect politique qui émerge à quelques reprises n’est jamais réellement exploité, hormis dans la dernière ligne droite où le scénario se sert du contexte historique pour faire aboutir son récit. Dommage, car la montée du fascisme et l’apparition de l’antisémitisme auraient pu créer une toile de fond menaçante, telles des ombres maléfiques guettant le bon moment pour s’immiscer et faire des ravages. Au lieu de ça, le film reste très timide, occultant longtemps cet élément, à tel point que le spectateur en oublie qu’il serait un des composants de l’histoire. Lors d’une réception, au détour d’un dialogue, un des personnages évoque Mussolini. Cette scène aurait pu être le point de départ pour faire pénétrer une menace idéologico-politique dans l’histoire. Il n’en est rien puisqu’après cet implant scénaristique, tout cela est abandonné pour resurgir dans le dernier acte. C’est un sentiment de trop-plein, de gâchis, qui caractérise par intermittence le film. Comme si Rebecca Zlotowski avait une tonne d’intentions mais ne proposait pas un produit final à la hauteur de ses ambitions. Difficile de reprocher à une jeune réalisatrice, issue du cinéma français qui plus est, de faire preuve d’ambitions. Au contraire, la démarche est salutaire. Mais entre les intentions et l’exécution, il y a un monde.

Photo de Planetarium

Natalie Portman, magnétique dans Planetarium

Là où le film est davantage intéressant, c’est lorsqu’il parle du cinéma et de sa puissance. PLANÉTARIUM est en fait un manifeste sur la beauté du 7ème art, sorte de projet méta qui démontre que les images ont une force. On ressent toute la sincérité et l’amour de Rebecca Zlotowski dans tout ce qu’elle dit sur son art. Le personnage de Korben devient son porte-parole et ce qu’il raconte sur l’ambition de la production française trouve un écho avec l’époque actuelle où ce qui est produit dans nos contrées semble souvent dénué d’ambitions artistiques. Évidemment, s’il transpire la sincérité, le discours n’échappe pas à une forme de naïveté – au demeurant touchante. PLANÉTARIUM n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il tente de déceler ce qui compose la magique alchimie du cinéma. La caméra deviendrait un objet magique permettant de voir des fantômes ou de capter, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, un événement surnaturel.

« Le film aurait gagné en puissance d’évocation en épurant son contenu. »

La plus belle scène du film intervient lorsque Korben montre à son équipe, les résultats de ses essais filmés en compagnie de la jeune médium. Alors que lui se réjouit de ce qu’il a imprimé sur la pellicule, un membre de la production lui répond que l’image est sous exposée et que des effets spéciaux auraient été plus convaincants. En une scène, Zlotowski condense son discours : il est possible de voir un on-ne-sait-quoi de magique, si on sait regarder une image comme il se doit. Le sort d’un film et de sa compréhension dépend donc de l’individu qui le regarde. Est-il capable de décoder ce qu’il voit ? Une mésentente est vite arrivée et on pourrait citer un tas de long-métrages sur lesquels on a pu porter des jugements erronés. En ce sens, on peut dire que PLANÉTARIUM permet de questionner le cinéma et notre rapport à lui. Pour qu’il évolue, notre devoir est d’arriver à comprendre en quel sens les changements peuvent lui être bénéfiques. Tout amoureux du cinéma devrait se reconnaître dans le discours de la réalisatrice de 36 ans. Dommage que cet axe thématique se perde par moments dans un sur-plus de couches scénaristiques (pourquoi instaurer une relation triangulaire avec les deux soeurs et Korben ?), sans doute le film aurait gagné en puissance d’évocation en épurant son contenu.Photo de PlanetariumComme il aurait gagné en émotion. La relation entre les deux sœurs (Natalie Portman magnétique, Lily-Rose Depp, moins convaincante) s’évapore dans la seconde partie et il faut attendre les dernières minutes pour que l’émotion pointe le bout de son nez. [SPOILERS] Via un flashback, Laura se souvient d’un moment de bonheur en compagnie de Kate. Là encore, c’est par la magie du cinéma que ce petit instant de grâce est possible. Ce saut temporel permis par le montage faut resurgir une âme disparue – le cinéma comme moyen de convoquer les défunts. A cette tristesse s’oppose la dernière scène, où Laura a trouvé un rôle dans un nouveau film. Son personnage est devant une nuit étoilée reconstituée en studio et elle conclut le film d’un « demain sera une journée magnifique« . Une ultime note d’espoir, pour nous dire que dans les moments les plus obscurs de l’humanité, le cinéma sera toujours là pour maintenir un brin de lumière allumé.

Maxime Bedini

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