Trop sérieux pour une série B, et pas assez pour devenir un bon blockbuster, il ressort de Power Rangers un produit hybride dont on ne sait vraiment quel public il vise.

Dès le début, l’idée de faire un reboot de la franchise Power Rangers (adaptée des séries japonaises Super sentai, et après les adaptations de 1995 et 1997) avait de quoi faire sourire, voire d’agacer au plus haut point tant l’argument de la nostalgie permet de relancer tout et n’importe quoi. Un symbole tout de même de la pop culture, avouons-le, fortement marqué par son temps. Deux choix se présentaient alors à Hollywood pour se débarrasser de sa ringardise admise ; opter soit pour l’ironie (21 Jump StreetBaywatch), soit pour la maturité, visuelle comme thématique. Ici, c’est la deuxième option qui a été choisie. Le réalisateur Dean Israelite et toute la production qui l’accompagne proposent ainsi une représentation plus sombre des Power Rangers, jeunes gens ordinaires choisis pour endosser un costume de super-héros. Déjà avec son très mauvais Projet Almanac, le réalisateur mettait en scène des personnages adolescents face à une situation extraordinaire (la découverte d’une machine à voyager dans le temps), les confrontant ainsi à leurs responsabilités. Avec la même lourdeur, dans la mise en scène comme dans la manière d’aborder ses sujets, Dean Israelite parvient, un temps seulement, à proposer une approche honnête de , avant de s’écrouler dès lors que l’univers de la franchise fait véritablement et inévitablement surface.

POWER RANGERS

Tout démarre avec Jason (Dacre Montgomery, le Zac Efron du pauvre), capitaine de l’équipe de football du lycée et star dans sa petite ville, Angel Grove, collé jusqu’à la fin de l’année pour avoir mis une vache dans les vestiaires du lycée (et accessoirement avoir provoqué divers accidents en s’enfuyant). En salle de retenue, il fait la rencontre de Billy et Kimberly, respectivement caractérisés comme « l’autiste » et la « connasse » (la considération de cette dernière faisant suite au mauvais coup fait à une amie). Cette petite troupe qui se juge et se jauge en salle de colle, complétée par Trini (qui déménage trop souvent pour tisser des liens et n’ose pas parler de son homosexualité) et Zack (qui vit dans une caravane avec sa mère malade) rappellerait bien un certain Breakfast Club (1985) de John Hughes. Avec des personnages, bien que tous stéréotypés, marqués par des problèmes personnels liés à une pression sociale, souvent causée par les parents eux-mêmes. Bien sûr, en raison de l’absence totale de subtilité dans la manière d’aborder le caractère des protagonistes, ces derniers apparaissent souvent plus risibles que réellement touchants et émouvants. Néanmoins, il y a dans cette naïveté quelque chose d’assez sympathique. Et finalement, dans un contexte où les blockbusters du moment (et surtout ceux des super-héros) suivent un cahier des charges extrêmement précis et ne laissent rien au hasard, cette légèreté s’avère appréciable. Seulement, c’est précisément dans cette ambiguïté qui entoure le ton du film que POWER RANGERS finit par se casser les dents dans sa dernière partie.

[bctt tweet= »« Power Rangers tombe dans le ridicule dès lors qu’intervient l’imagerie ringarde d’origine » » username= »LeBlogDuCinema »]

À la fois sérieux, mais pas trop, pouvant ainsi se permettre une réalisation souvent grossière, POWER RANGERS ne se présente pas pour autant comme une série B qu’on prendrait avec second degré (comme pouvait l’être xXx par exemple) mais plutôt comme un teen movie sans originalité. Ainsi, dès que l’imagerie old school associée à la franchise fait enfin surface, une forme d’incohérence se fait ressentir menant à un mauvais blockbuster. Balançant du fan service gratuit, des combats aussi peu passionnants que ceux de la série des années 1990, un gros monstre doré visuellement indigeste et une Elizabeth Banks en roue libre jusqu’au final ridicule, le film passe d’une approche adulte (ou plutôt adolescente, n’exagérons pas) à purement enfantine. Pourtant, ce n’est peut-être pas tant le produit de départ qui oblige à un tel résultat, mais véritablement les choix d’une production voulant toucher le large public, cherchant la modernisation propre au reboot tout en restant trop accrochée au passé. Cela aurait pu donner lieu à pire comme film, mais il était également possible de proposer beaucoup mieux, et ça… Il ne faut pas l’oublier. On repense en effet au court-métrage brutal qu’avait réalisé Joseph Kahn, qui présentait la mort des héros, et ne gardait de Power Rangers, au milieu de gunfights sanglants, que le nom et le costume. Un film indépendant et non-officiel à découvrir ici, qui avec ses « petits moyens » offrait un résultat bien plus appréciable que cette superproduction.

Pierre Siclier

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[CRITIQUE] POWER RANGERS
Titre original :
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Acteurs principaux : , ,
Date de sortie :
Durée : 2h04min
2.0Note finale
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