Affiche du film Punisher - War Zone

Lors de sa croisade sanglante contre le crime organisé, le justicier Frank Castle alias The défigure et laisse pour mort le parrain de la pègre Billy Russoti. Dès lors, ce dernier fomente une vengeance terrible contre Castle. Sous le nouveau pseudonyme de Jigsaw, le criminel recrute une véritable armée de sbires assoiffés de sang. The repart en croisade…

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 5 aout 2009
Réalisé par
Film américain
Avec , Dominic West, Doug Hutchinson, , Wayne Knight, ,
Durée : 1h43min
Titre original : Punisher: War Zone
Bande-Annonce :

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Il faut croire qu’une espèce de malédiction pèse sur les adaptations du Punisher, comme si le cinéma lui-même refusait d’envisager la possibilité qu’il puisse faire une carrière honorable sur grand écran. Le personnage a déjà été incarné 3 fois, par 3 acteurs très différents dirigés par 3 réalisateurs avec des visions très différentes, mais la sauce n’a jamais pris. Le problème vient en fait probablement de la délicate ambivalence qui caractérise la série, car la simple question de la caractérisation du Punisher est assez délicate : est-il réellement un super-héros ? Après tout, il avance à visage découvert et ne cherche pas particulièrement à cacher son identité, il n’a pas de super-pouvoirs, il utilise des armes à feu et, surtout, il ne montre aucun scrupule à tuer ses adversaires, alors que cette simple pensée est l’objet d’une scène mélodramatique dans Begins. A priori, réalisateurs comme spectateurs ne savent donc pas où se placer, et c’est cette confusion qui serait la cause du manque de succès des films. Pourtant, si le Punisher de 2004 est bel et bien une bouse et que celui de 1989 manque de respect au comics, celui de Lexi Alexander ne mérite pas son échec.

C’est bien simple : la réalisatrice a tout compris au personnage. Et non seulement elle l’a cerné, mais elle est également parvenue à comprendre ce qui faisait triper les lecteurs du comics. Car quand on aime le Punisher, c’est qu’on est un bon vivant, qu’on aime la tripaille, les répliques badass et les bastons entre mastards. On se passe pas mal de romances à deux balles, de profondeur psychologique pour intellos ou de métaphore politique pour cinéphiles peigne-culs. Le Punisher est un défouloir pour tous les amateurs de comics qui, une fois de temps en temps, en ont marre de voir se contenter d’entortiller ses ennemis et Batman épargner le Joker depuis plus de 70 ans alors que de son côté il a déjà annihilé l’équivalent de la population du Rwanda. Trois fois. La lecture du Punisher, c’est ce moment où on oublie pendant quelques heures que les super-héros sont censés être des modèles de morale et des exemples pour la jeunesse, et où on se contente de kiffer que ce sont aussi des grosses brutes qui nettoient le monde des fils de pute qui le peuplent. Et c’est ce qui se passe chez Lexi Alexander.

Photo du film Punisher - War Zone

Du coup, son film a le bon goût de marier à la fois la violence intrinsèque du personnage et un certain sens de l’esthétique comics propre à son média d’origine ; en effet, l’erreur classique dans laquelle Alexander ne tombe pas est de considérer que, puisque le Punisher n’a pas de super pouvoirs, il exige un traitement réaliste. Ce raisonnement n’est que pure connerie. Le Punisher, tout comme ses ennemis, est humain, mais il évolue dans un univers où tout est over-the-top et où les méchants sont des psychopathes au visage en peau de cheval. Alors, lorsqu’Alexander prend le parti de la théâtralisation de sa mise en scène, qu’elle balance ici et là plus de fumée que ça n’est réellement nécessaire ou qu’elle illumine ses ruelles sombres de murs aux couleurs flashy, non seulement elle est dans son bon droit, mais en plus elle a parfaitement raison. En ce sens, et même si ses effets de gore restent finalement assez timorés, la violence gratuite et décomplexée dont fait preuve son Punisher a quelque chose d’assez jouissif.

Mais au bout du compte, ce qu’on retiendra réellement de meilleur dans cette troisième adaptation, c’est indéniablement Ray Stevenson. OK, était une grande figure du film d’action et est un mec cool, mais aucun des deux ne faisait réellement un Punisher crédible… Ray Stevenson, lui, a tout. Il a la carrure, la stature, et même la coiffure de Frank Castle. Il parle comme un type dans sa situation devrait parler, sa barbe de 3 jours est admirable, et il parvient même à suggérer, par un jeu d’attitudes d’une étonnante subtilité, toute la gamme d’émotions que le rythme choisi par Lexi Alexander ne lui laisse pas le temps d’explorer pleinement. Pour ceux qui ne regardaient pas la série Rome, il sera à n’en pas douter une putain de révélation. Sa seule présence, terriblement ombrageuse, permet de préserver les choix esthétiques de la réalisatrice de toute éventuelle raillerie, tant il leur donne une couleur nouvelle.[pullquote]Le Punisher de Lexi Alexander a des tripes, un vrai souffle et un interprète principal exceptionnel[/pullquote]

Ce Punisher, bien entendu, présente des défauts. Son aspect parfois un peu trop plastique peut finir par gonfler, on trouvera certains dialogues caricaturaux, et les plus assoiffés d’entre vous lui reproche son manque d’excès vraiment total dans le gore. N’empêche, pour une fois qu’un film de super-héros est tout sauf un blockbuster et qu’il fait avec une réelle conviction et un authentique respect pour l’œuvre originale, on ne va pas s’en plaindre. Tant pis pour les quelques séquences foirées qu’il comporte, le Punisher de Lexi Alexander a des tripes, un vrai souffle et un interprète principal exceptionnel, alors on se le matera en buvant de la bière et en bouffant de la charcuterie, au terme de quoi on hochera la tête d’un air approbateur en déclarant solennellement « c’est une tuerie ».

Photo du film Punisher - War Zone