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n ne peut renier l’influence qu’a eue sur l’univers du rap français. Tête de gondole nationale du mouvement du conscient hip hop, son autobiographie QU’ALLAH BÉNISSE LA FRANCE avait été un véritable succès critique. Tout comme son œuvre musicale, celle-ci peignait, à l’aide d’une certaine subversion, une vision novatrice et déstabilisante de la cité largement différente de l’imagerie habituelle qu’elle renvoi. C’est donc sur les conseils de Kassovitz que Abd al Malik écrit et réalise cette adaptation, et cette inspiration est loin d’être une surprise à la découverte du résultat final.

Difficile effectivement d’éviter la comparaison avec LA HAINE. Noir et blanc granuleux, personnages stéréotypes mais loin des archétypes, fiction simple et directe. Pourtant, si le titre du film de Kassovitz évoquait un esprit rebelle et marginal, en marge de la société et de ses instances, il n’en est rien du film d’Abd al Malik, qu’on aurait presque pu nommer La Tolérance. Il n’y a pas de rupture avec le discours politique habituel du rappeur, dont on se sent obligé de citer l’une de ses très nombreuses interventions : « il ne faut pas voir la diversité comme une tare mais comme un cadeau ». Avant d’être un film de banlieue, QU’ALLAH BÉNISSE LA FRANCE c’est un film sur la France. Un film sur la France black-blanc-beur, sur la solidarité, sur le profond et indispensable multiculturalisme de cette cohésion. Le film d’Abd al Malik est bel et bien une œuvre patriotique, prônant des valeurs morales, certes dictées par la religion, mais dont l’universalité et l’intelligence bâtissent le discours de son auteur. Le caractère candide, si ce n’est utopique, de ce paradigme social que propose Abd al Malik peut alors paraitre repoussant, dans le meilleur des cas, optimiste.

Qu'Allah bénisse la France pict2

Ce n’est pas seulement l’idée d’une France unie qui traverse le film d’Abd al Malik, c’est aussi celle d’une banlieue respectée, d’un Islam accueilli. En somme, de bonnes intentions, mais la parole est-elle bonne ? Il faut dire d’emblée que la mise en scène de QU’ALLAH BÉNISSE LA FRANCE ne brille pas par son originalité. Malik a même été jusqu’à récupérer Pierre Aïm, chef opérateur de LA HAINE, pour faire la photographie de son film. Prisonnier de ses influences, et même de ses contre-influences – dans sa fonction d’anti-SCARFACE – le film de Malik ne surprend jamais. Il avance, prévisible et formaté dans son originalité. Réponse un peu tardive à Kassovitz et à De Palma, il n’en demeure pas moins propre : Malik sait filmer ses personnages, sait filmer son quotidien et celui de ses proches. Il peine un peu plus à capter l’émotion, principalement soutenue et portée par sa brillante plume, mais l’ensemble est très loin d’être désagréable. Le noir et blanc sublime et le jeu de lumière et d’ombres omniprésent en sont les principaux garants.

”Malik sait filmer ses personnages, sait filmer son quotidien et celui de ses proches.”

Il y avait les moyens de faire mieux, de réaliser un témoignage plus mémorable et plus durable. Des éléments très intéressants, gâchés par les Muses de Malik, étonnement humble dans sa démonstration créatrice. Premier film indéniablement prometteur, il est très difficile de cracher dans la soupe et de dire du mal d’une œuvre aussi importante dans ce contexte de crise socioculturelle identitaire présent en France. QU’ALLAH BÉNISSE LA FRANCE va-t-il faire évoluer le débat ? Sans doute pas, son titre aussi provocateur que poétique et sa distribution de niche l’empêcheront d’avoir autant d’impact que d’autres productions par le passé. Mais si il n’y a pas une promesse rhétorique, il y a une promesse artistique : on attend désormais, impatients, la prochaine réalisation de Abd al Malik.

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CASTING
Réalisation : Abd al Malik
Scénario : Abd Al Malik, d’après son propre livre
Acteurs principaux : , , ,
Pays d’origine : France
Sortie : 10 décembre 2014
Durée : 1h36mn
Distributeur : Ad Vitam
Synopsis : Adapté du livre autobiographique de Abd Al Malik, « QU’ALLAH BENISSE LA FRANCE » raconte le parcours de Régis, enfant d’immigrés, noir, surdoué, élevé par sa mère catholique avec ses deux frères, dans une cité de Strasbourg. Entre délinquance, rap et islam, il va découvrir l’amour et trouver sa voie.
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