Quand vient la nuit est la quatrième adaptation au cinéma d’une œuvre de Dennis Lehane, romancier américain d’origine irlandaise, après Mystic River, Shutter Island et Gone Baby Gone, respectivement mis en scène par Clint Eastwood (2001), Martin Scorsese (2003) et Ben Affleck (2007). Pour cette adaptation de sa nouvelle Sauve qui peut, Lehane se charge lui même du scénario – il avait déjà été scénariste pour les séries télévisées The Wire et Boardwalk Empire -, tandis que la réalisation est confiée au belge Mickael R. Roskam (Bullhead, 2011). Ensemble ils offrent un excellent thriller à la mise en scène oppressante, parfaitement interprété.

A Brooklyn, Bob Malinowski (Tom Hardy) travaille dans le bar de son cousin Marv (James Gandolfini). Ce dernier, ancien caïd, a dû céder son bar à la mafia tchétchène. Désormais le bar est une plaque tournante pour le blanchiment d’argent. Un soir Bob et Marv sont victimes d’un braquage. Les deux cousins sont mis sous pression par la mafia pour retrouver l’argent, tout en étant suspectés d’être les responsables du vol.

ANIMAL RESCUE

© Twentieth Century Fox

Le véritable élément déclencheur du film n’est pas le braquage du bar mais la découverte d’un chiot par Bob. L’animal a été battu et abandonné dans la poubelle de Nadia, personnage interprété par Noomi Rappace. Bien que sur la défensive, Nadia accepte d’aider Bob à s’occuper du chien. Les deux protagonistes se rapprochent jusqu’à l’arrivée d’Eric, l’ex compagnon de Nadia, un homme violent, connu dans le quartier pour avoir commis un meurtre. Il est le propriétaire du chien et voit là une bonne opportunité de faire chanter Bob qui refuse de lui rendre.

Grâce à l’excellente mise en scène de Mickael R. Roskam, le spectateur éprouve la même sensation d’étouffement que vivent les personnages du film. Le réalisateur utilise une quantité de plans serrés sur les acteurs et place régulièrement sa caméra en légère contre plongée. En se positionnant aussi bas, souvent à hauteur d’un comptoir de bar, Roskam n’offre aucune échappatoire. On ressent tout au long du film un sentiment d’insécurité et de faiblesse. La solitude des personnages est également mise en avant. Le film se déroulant à Brooklyn, en hiver, on est soumis au froid omniprésent et à une ambiance glaçante. Le décor fascinant place d’emblée le film dans un univers sombre, violent et mortel.

”Les quelques rares scènes de violence sont si bien introduites qu’elles restent mémorables”

Cette mise en scène oppressante fait écho au personnage de Bob qui subit la violence d’Eric. Face à ce monstre physique qu’interprète très bien Matthias Schoenaerts (De Rouille et d’Os), Tom Hardy, pourtant costaud, paraît sans défense. Face à lui l’acteur belge s’impose dans le cadre par sa taille (1m87), d’autant plus mise en avant par l’utilisation de la caméra en contre plongée. De son côté Tom Hardy développe très bien un personnage complexe et mystérieux. Bob est similaire au pitbull qu’il vient d’adopter. Comme l’explique Nadia, c’est une race de chien en soi non agressif mais qui le devient lorsqu’il subit les violences d’un mauvais maître. Il peut alors devenir une machine à tuer. Le rapprochement entre Bob et le chien se fait rapidement. En venant en aide au chien Bob se retrouve confronté à son passé. C’est cet événement qui bouleverse la vie du barman et qui amènera, ou pas, à sa survie.
On se doit également de noter la dernière présence à l’écran de l’acteur James Gandolfini, mort le 19 juin 2013. Révélé dans la remarquable série d’HBO Les Soprano (1999-2007), Gandolfini maîtrise sans surprise son rôle. Dernièrement il avait pu révéler une autre image de lui dans la comédie All About Albert (mars 2014), autre film posthume. Dans Quand vient la nuit son personnage est nostalgique de sa jeunesse. Une époque où ce petit malfrat se sentait respecté car il avait son propre siège dans son bar. On retrouve dans le jeu de Gandolfini des tics et des mimiques propres à son ancien rôle de Tony Soprano. Seulement Tony Soprano était le chef d’une famille mafieuse, tandis qu’ici Marv n’est plus grand-chose. Il se croit encore important en donnant des ordres à Bob et en contestant dans leur dos les membres de la famille tchétchène. En face il se laisse humilier et rabaisser sans rien dire. Pour Marv, comme pour les autres protagonistes du film, il y a peu d’espoir dans cette ville. Si Bob s’est résigné à respecter les ordres et à se tenir à sa place, ce n’est pas le cas de Marv qui ne supporte plus de subir sa vie. Il décide de commettre l’irréparable et est même prêt à sacrifier son entourage s’il le faut.

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© Twentieth Century Fox

Ce thriller sombre ne dévoile qu’à la fin une chute inattendue. Un renversement de situation qu’on ne voit pas venir puisque Roskam force notre attention sur d’autres détails. Malgré la courte nouvelle à l’origine du film, Dennis Lehane arrive à créer un scénario cohérent sur la durée et bien ficelé. L’écrivain développe particulièrement bien ses personnages, à travers leurs forces et faiblesses cachées, leur passé et leur caractère profond. Au-delà de l’émotion suscitée devant la dernière présence de James Gandolfini, le film est une réussite en tous points, avec quelques rares scènes de violence, si bien introduites, qu’elles restent mémorables.

CASTING
Titre original : The Drop
Réalisation : Michael R. Roskam
Scénario : Dennis Lehane
Acteurs principaux : Tom Hardy, Noomi Rapace, James Gandolfini, Matthias Schoenaerts, John Ortiz, Elizabeth Rodriguez
Pays d’origine : Etats-unis
Sortie : 12 Novembre 2014
Durée : 1h47mn
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Synopsis : Bob Saginowski, barman solitaire, suit d’un regard désabusé le système de blanchiment d’argent basé sur des bars-dépôts – appelés « Drop bars » – qui sévit dans les bas-fonds de Brooklyn. Avec son cousin et employeur Marv, Bob se retrouve au centre d’un braquage qui tourne mal. Il est bientôt mêlé à une enquête qui va réveiller des drames enfouis du passé…
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