1952 : Bill Rohan a 18 ans et l’avenir devant lui. Pourquoi pas avec cette jolie fille qu’il aperçoit sur son vélo depuis la rivière où il nage chaque matin ? Cette idylle naissante est bientôt contrariée lorsqu’il est appelé pour effectuer deux années de service militaire en tant qu’instructeur dans un camp d’entraînement pour jeunes soldats anglais en partance pour la Corée. Bill se lie d’amitié à Percy, un farceur dépourvu de principes avec lequel il complote pour tenter de faire tomber de son piédestal leur bourreau : le psychorigide Sergent Major Bradley. Tous deux parviennent néanmoins à oublier un peu l’enfermement et la discipline à l’occasion de rares sorties. Mais leur est-il encore possible d’y rencontrer l’âme sœur ?« 

Bon sang ce que c’est bon de retrouver John Boorman! Réalisateur et scénariste de ce QUEEN AND COUNTRY, l’Anglais de 81 ans nous revient donc ici plus en forme que jamais. Et pour son grand retour, il n’a pas fait les choses à moitié. Entre blagues et gags qui viennent jalonner ce parcours initiatique et des acteurs incroyablement bons, on en prend plein la vue et plein les oreilles pendant 115 minutes. Un régal !

L’histoire de Bill (le personnage principal) est a bien des égards celle de John (le réalisateur). Tous deux sont réquisitionnés par l’armée au début des années 50, au moment où la Reine Elizabeth se voit couronnée. Tous deux veulent faire du cinéma et sont jeunes, frais et très réceptifs au charme des filles, mais pas n’importe lesquelles. Et l’histoire de Bill a ce petit quelque chose que l’on ne voit qu’au cinéma, que l’on envie qu’au cinéma, que l’on assimile aux merveilles du cinéma. Sa rencontre et son amitié avec Percy y sont pour beaucoup. Visiblement à l’opposé de ce qu’est Bill, Percy est un personnage haut en couleurs, à la répartie effarante et aux actions savoureuses. Un personnage de cinéma, de comédie, et peut-être même de théâtre. A l’instar du soldat Redmond (alias , L’Irlandais) dont chaque intervention est à mourir de rire, à se repasser en boucle.

Car là où certains ne voient qu’un drame, j’y vois une comédie dramatique. Une excellente comédie dramatique. Les personnages sont forts, drôles, impertinents et loin des clichés. Les intrigues poussées, abouties, conclues. Même lorsqu’il dresse un portrait cynique ou juste satirique de l’armée et de l’allégeance à la couronne, John Boorman a la bonne idée de caser quelques vannes, deux ou trois éléments comiques qui permettent de relativiser son propos. Le proverbe d’Ernest Renan prend sens ici : « Les vrais vaincus de la guerre, ce sont les morts. » Et nos protagonistes n’ont rien de perdants. Ce sont des vainqueurs, des héros atypiques qui veulent mordre la vie, qui veulent en découdre.

Ironie du film, le front n’est jamais montré, seulement déploré et redouté. Et c’est tant mieux. QUEEN AND COUNTRY est à peu de choses près une emphase de la peur du front. Film de guerre, oui. Comédie romantique, aussi. Film burlesque, c’est certain. La 17e réalisation de John Boorman est innovante, mélange les genres, joue avec les codes et se dresse là, en morceau unique, polyvalent, à la fois parodique et profond. Preuve qu’avec l’âge, on y voit souvent plus clair. Que ce soit sur son temps, mais aussi sur les évènements du passé, ceux auxquels on a assistés sans y comprendre quoi que ce soit.

”On ne s’ennuie pas, on ne baille pas, on ne se lasse pas !”

QUEEN AND COUNTRY est un film qui surprend par les bonnes mesures qui le composent. Beaucoup de blagues, de comique de geste et de répétitions, mais pas trop non plus. Des personnages atypiques, différents, mais pas exubérants pour autant. De jolies filles drôles à leur manière, un peu compliquées par moments mais pas inintéressantes. Si le contexte du camp militaire est avant tout là pour créer une véritable alchimie entre Bill et Percy, force est de contacter que cela fonctionne à merveille et s’approche comme il faut de la notion de réel. Notamment parce que (The Borgias) et (The Social Network, X-Men : Le Commencement) sont géniaux, incroyablement géniaux.

Grâce à des couleurs vives et une mise-en-scène sympathique, John Boorman signe un film fort agréable à voir, sur lequel il y a peu de critiques à faire. Ce n’est pas extraordinaire certes, mais ça a le mérite d’être joli. Et à l’heure actuelle, faire de belles images sans travailler à faire de belles images parait de plus en plus compliqué. Suffisamment pour que je veuille le souligner : QUEEN AND COUNTRY est un joli film, pas du tout prétentieux, mais fait avec beaucoup de soin et une énergie communicative. On ne s’ennuie pas, on ne baille pas, on ne se lasse pas. Si toutes les émotions passent au travers des répliques (croustillantes) et des acteurs (brillants), ce n’est pas pour rien. Qui sait, c’est peut-être tout ce qu’il faut pour faire un bon film ?

INFORMATIONS

7 janvier 2015 Queen & Country


Titre original : Queen & Country
Réalisation :  John Boorman
Scénario :  John Boorman
Acteurs principaux : Callum Turner, Caleb Landry Jones, Pat Shortt
Pays d’origine : Roumanie, France, Angleterre, Irlande
Sortie : 7 janvier 2015
Durée :  1h55min
Distributeur : Le Pacte
Synopsis : 1952. Bill Rohan a 18 ans et l’avenir devant lui.
Pourquoi pas avec cette jolie fille qu’il aperçoit sur son vélo depuis la rivière où il nage chaque matin ?
Cette idylle naissante est bientôt contrariée lorsqu’il est appelé pour effectuer deux années de service militaire en tant qu’instructeur dans un camp d’entraînement pour jeunes soldats anglais en partance pour la Corée.
Bill se lie d’amitié à Percy, un farceur dépourvu de principes avec lequel il complote pour tenter de faire
tomber de son piédestal leur bourreau : le psychorigide Sergent Major Bradley.
Tous deux parviennent néanmoins à oublier un peu l’enfermement et la discipline à l’occasion de rares
sorties. Mais leur est-il encore possible d’y rencontrer l’âme soeur ?

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