RENAISSANCES installe son ambiance feutrée et classieuse dès les premières images. La violence mise en avant dans la bande-annonce, n’est qu’un des aspects de ce divertissement efficace, au message sous-jacent plus intéressant qu’il n’y paraitrait au premier coup d’œil.

Damian Hale, riche et puissant, sait qu’il va mourir du cancer. Respecté par tous, sa fille ne veut pas entendre parler de lui. Le milliardaire se voit proposer une opération médicale secrète : transférer son esprit dans un corps de substitution, « une enveloppe vide. » Damian plonge dans la fontaine de jouvence avec insouciance, jusqu’au moment où des visions l’assaillent.

RENAISSANCES est un divertissement efficace, qui recycle parfaitement des thèmes déjà usés. L’ombre de Philip K. Dick n’est jamais très loin, comme dans toute la production de Science-Fiction américaine de ses quinze dernières années, tout du moins lorsqu’elle se targue d’avoir un message critique. A la violence physique que Ryan Reynolds déchaîne par réflexe tel un Jason Bourne s’oppose la force plus insidieuse de l’argent. RENAISSANCES nous parle d’un monde où un vieillard peut s’acheter l’immortalité, mais où une fillette peut y laisser la vie, faute d’un système de santé adéquat.

Ces thèmes ne sont pas appuyés, mais esquissés au fil d’une narration claire et bien menée. Le script ne brille pas par son originalité, mais la présence d’une fillette au centre de l’intrigue permet de poser au héros un véritable dilemme sur son identité. Bien que pressentie, la fin du film est l’accomplissement du voyage moral de ce vieil homme redevenu jeune, et s’avère amplement satisfaisante.

Ben Kingsley dans Renaissances © 2013 Shedding Productions, LLC ©SND

La communication autour de RENAISSANCES a prêté au film une parenté supposée avec Looper. Oui et non. Les jeux entre le passé et le présent permettent de faire un rapprochement, car si on ne parle pas de paradoxe temporel au sens fort, le passage de l’esprit d’un vieil homme dans celui d’un jeune crée tout de même un paradoxe “mémoriel” haletant. Toutefois, il manque à RENAISSANCES une dose de loufoquerie qui rendrait le spectacle vraiment original. De bout en bout, RENAISSANCES est efficace, mais (trop) lisse.

La grande force de RENAISSANCES vient du dosage subtil entre tous ses thèmes et personnages. Cette maîtrise se retrouve au niveau du montage, qui arrive toujours à rendre lisible l’action, l’impact sur l’intrigue et sur les émotions des personnages. On est soulagé de voir un film américain commercial qui ne désire pas en mettre plein la vue avec des effets spéciaux agressifs, ou par des rebondissements artificiels de l’intrigue.

Le rendu des hallucinations constitue une innovation visuelle qui s’imbrique totalement à la matière même du film. Lors du final, l’effet spécial prend même une tournure dramatique surprenante. C’est un des points parmi d’autres qui sauvent RENAISSANCES de la catégorie “film de commande.” On sent le réalisateur Tarsem Singh véritablement impliqué dans l’histoire qu’il raconte (celle des deux frères scénaristes Alex et David Pastor), mais apparemment sans avoir la marge de manœuvre nécessaire pour faire décoller le film vers une œuvre personnelle. Pourtant, lorsque The Cell était paru en 2000 – avec l’inoubliable Jennifer Lopez ! –  l’inventivité visuelle de Tarsem Singh laissait présager un réalisateur à l’ambition artistique plus forte que ce que RENAISSANCES nous laisse voir aujourd’hui.

“Un divertissement efficace, qui recycle parfaitement des thèmes déjà usés.”

Le jeu des acteurs est très bon, on regrette juste que Ryan Reynolds n’ait pas repris les mimiques installées par Ben Kingsley dans le tout début du film, cela nous aurait permis de lier les deux héros par la même empathie et de concrétiser la transformation d’un corps à un autre. Ce choix de direction d’acteurs est d’autant plus surprenant, qu’un tic d’un autre comédien sert de déclenchement à la compréhension du héros (il fait le lien entre deux personnes qu’il croyait distinctes).

RENAISSANCES est le film parfait pour se divertir au cinéma cet été, sans tomber dans la frénésie des supers-héros et block-busters assourdissants : de l’action, un dilemme et des rebondissements.

@thomas_coispel

LES AUTRES SORTIES DU 29 JUILLET 2015

INFORMATIONS

29 juillet 2015 - renaissances

CRITIQUE
– RENAISSANCES: ce que promet le trailer
L’actu de Ben KINGSLEY

Titre original : Self/less
Réalisation : Tarsem Singh
Scénario : David et Alex Pastor
Acteurs principaux : Ryan Reynolds, Ben Kingsley, Natalie Martinez et Matthew Goode
Pays d’origine : USA
Sortie : 29 juillet 2015
Durée : 1h56mn
Distributeur : SND
Synopsis : Damian Hale, riche et puissant, sait qu’il va mourir du cancer. Craints par tous, sa fille ne veut pas entendre parler de lui. Le milliardaire se voit proposer une opération médicale secrète : transférer son esprit dans un corps de substitution, « une enveloppe vide. » Damian plonge dans la fontaine de jouvence avec insouciance, jusqu’au moment où des visions l’assaillent.

BANDE-ANNONCE

[CRITIQUE] RENAISSANCES

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