Krishna n’a que 10 ans lorsqu’il détruit par le feu une petite moto que son frère répare. Pour le punir sa mère le bannit et le confie à un directeur de cirque. Il ne pourra revenir dans sa famille pour rembourser son frère que lorsqu’il aura économisé 500 roupies. Un jour, il est abandonné par le directeur de cirque qui l’a envoyé faire une course au village voisin….

Note de l’Auteur

[rating:9/10]

Date de sortie : 12 décembre 2001 (reprise cinéma)
Réalisé par
Film indien/britannique/français
Avec , ,
Durée : 1h53min
Bande-Annonce :

Récemment, je vous ai narré sur ce blog les exploits scénaristiques d’une pantalonnade tiers-mondiste réalisée par , l’histoire grotesque de ce gosse devenant ‘Millionnaire’ grâce à ce jeu éponyme très ‘occidentaliste.’ Avant ces effluves scatologiques, qui restent, je présume, solidement ancrées dans la mémoire vive de bon nombre de spectateurs, le thème de la ghettoïsation en Inde avait déjà été abordé en 1988, avec certes beaucoup moins de résonance médiatique, par Mira Nair avec son L’Oscar du Meilleur Film Etranger lui fut snobé par cette même Académie qui déifiera – avec huit statuettes – au Panthéon du 7eme Art la farce de Boyle au rang de chef d’œuvre cinématographique ! Cherchez l‘erreur…

Le regard que pose Mira Nair sur son pays et ses citoyens ne correspond en RIEN à celui que pose Danny Boyle : les codes et la structure sont fondamentalement différents. La lumière fumigée très naturaliste de Nair contraste avec la flamboyance New Age plus que stylisée de Boyle ; le langage pragmatique du scénario de Salaam Bombay ! s’oppose aux clichés superfétatoires d’une narration prétentieuse de . En somme, Mira Nair a choisi de privilégier le fond de la même intensité que Boyle a gratifié la forme ! Oserais-je m’aventurer…l’une a opté pour l’Art, l’autre pour le Dieu Dollar…l’opium d’une caste de panégyristes tutélaires !

La cinéaste réalise un film véritablement ‘organique’, tant dans son substrat que dans sa substance. Les rôles des enfants sont attribués à des gamins qui vivent dans les rues de Bombay, et presque l’entièreté des scènes sont tournées dans ces mêmes rues. Mira Nait prend le contre-pied du cinéma estampillé ‘Bollywood’, de ses fastes ‘oripeaux’ et de sa mièvrerie surannée, sans jamais succomber à l’appât d’un moralisme à la rhétorique primaire. Chipau (substitut de Krishna dans le monde autarcique et clos des gamins de la rue), Manju, Chillum errent dans les venelles miteuses d’une mégalopole insouciante du sort des ses démunis, et semblent sortis tout droit d’un conte dickensien, au sens noble du terme. Le rapport entre l’innocence infantile et le cynisme adulte est clairement institué au travers des thèmes mis en exergue : la drogue, la prostitution, le patriarcat. L’espoir qui plane en filigrane est ténu, et la désillusion totale lorsque Chillum oublie pourquoi il a atterri dans les bidonvilles de Bombay. Le constat est rédhibitoire : l’enfant est absorbé par la cruauté morale et physique de ses géniteurs, sans aucune forme de moratoire – A la sauce Danny Boyle, le procédé allégorique est caricatural á l’extrême : il s’immerge soit dans une fosse à excréments, soit dans une baignoire bourrée de liasses de billets, peut-être pensait-il s’adresser à un public de demeurés !

Mira Nair ne s’égare pas en chemin, dès le premier plan, le regard du spectateur est happé dans une absolue immersion, physique et métaphysique : le brouhaha urbain – la foule, les Rickshaw, les marchands de rue, les navetteurs- se meut comme un acteur à part entière, et sert de point d’ancrage à l’entrelacs émotionnel de Manju, Chillum et Chipau, entre autres. La mise en scène reste proche du style documentaire – Mira Nair a débuté sa carrière comme documentariste avec notamment ‘’ – et insuffle une profondeur de champ qui étoffe l’humanité des personnages. Là où Danny Boyle dépeint des personnages emplis d’une fatuité outrée, Mira Nair s’attache au caractère tridimensionnel de ces ‘orphelins’, avec comme ligne directrice : le respect du spectateur !

La vraie misère est la misère de l’âme. Salaam Bombay ! nous prend à la gorge inopinément en faisant vibrer nos fibres affectives les plus enfouies. La charité bien-pensante ne trouve ici aucune échappatoire, notre responsabilité se trouve engagée dans un face à face avec l’envers du décor, tantôt glauque, tantôt funeste. La fatalité ne doit pas devenir une entrave irrémissible à la mission commune qui nous incombe : garantir l’avenir de nos enfants…