Il y a deux films dans SELF MADE, le problème c’est qu’ils ne se rencontrent que trop rarement, tout comme ses personnages. D’un côté du mur, l’artiste israélienne féministe Michal (Sarah Adler) est obsédée pour assembler elle-même son nouveau lit, de l’autre l’ouvrière palestinienne Nadine (Samira Saraya) travaille dans l’entreprise ETACA responsable de sa livraison. Une simple vis manquante va bouleverser leur vie.

La première demi-heure de SELF MADE est extrêmement bien construite et mise en scène. On s’amuse de voir comment un rouage manquant peut progressivement enrayer la machine, jusqu’à la faire dérailler.

Une fois ce délicieux moment de cinéma passé, la réalisatrice Shira Geffen manque l’occasion de faire un grand film, et revient sur la promesse qu’elle nous avait faite au début de son histoire (comme celle suggérée par la bande annonce).

D’un film social mettant en cause l’absurdité d’un système, elle glisse vers une interrogation sur la condition féminine de ses personnages, des femmes fortes poussées au bord de la folie.

Un tel projet est éminemment louable, mais n’est pas cohérent avec les éléments mis en place durant la première demi-heure, notamment le rôle d’ETACA, l’entreprise de meubles à monter soi-même, qui semblait à première vue une métaphore de la société israélienne dans son ensemble.

Self Made  © Ziv Berkovich

Self Made © Ziv Berkovich

Après plus d’une heure on en vient à regretter de ne pas s’être arrêté à cette première partie, qui condensée aurait fait un formidable court-métrage. Le spectateur attend alors le dénouement, espérant obtenir une réponse ou un indice pour relier les deux thèmes présentés coup sur coup. La réalisatrice Shira Geffen a bien du s’apercevoir de la contradiction de son propre scénario, puisqu’elle botte en touche par une totale et inexplicable inversion des rôles, simplement pour détourner notre attention un tout petit peu plus longtemps.

[bctt tweet=”La réalisatrice Shira Geffen manque l’occasion de faire un grand film.”]

A la sortie du film on reste perplexe. Oui nous avons bien compris que les personnages devenaient fous, d’un côté comme de l’autre du mur de séparation entre Israël et la Palestine. Alors quoi, leur situation est interchangeable ? Aucune explication à cette folie n’est avancée, encore moins en quoi elle touche leur féminité.

On gardera de SELF MADE une intelligence pour la mise en scène d’une succession de situations tragi-comiques, ainsi que pour la poésie de certaines rencontres. En dépit de ces fulgurances, ainsi que de la bonne performance de ses actrices, Shira Geffen échoue à livrer un film véritablement mordant sur la situation au Moyen-Orient.

author-twitter@thomas_coispel

Les autres sorties du 8 juillet 2015

 

INFORMATIONS

selfmade  © Paname Distribution

selfmade © Paname Distribution

Titre original : Boreg
Réalisation : Shira Geffen
Scénario : Shira Geffen
Acteurs principaux : Sarah Adler, Samira Saraya, Doraid Liddawi
Pays d’origine : Israël
Sortie : 8 Juillet 2015
Durée : 1h29mn
Distributeur : Paname Distribution
Synopsis : Une Palestinienne et une Israélienne semblent perdre la raison, chacune de son côté du mur. Étrangement, l’entreprise de meubles à monter soi-même ETACA entremêle leur destinée.

BANDE-ANNONCE
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[CRITIQUE] SELF MADE

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