Affiche Senna

Le destin exceptionnel d’Ayrton , ses réalisations sur et en dehors de la piste, sa quête de perfection et son statut mythique constituent le sujet de ce documentaire. Le film relate ses années légendaires de pilote de F1, de la saison 1984 à sa mort dix ans plus tard.

Note de l’Auteur

[rating:8/10]

Date de sortie : 25 mai 2011
Réalisé par
Film français , américain , britannique
Avec Ayrton Senna, Alain Prost
Durée : 1h44min
Bande-Annonce :

Naissance, gloire et disparition d’un mythe. Toutes les étapes de la carrière du pilote Ayrton Senna, seule véritable rock-star de la F1 (Fangio étant une légende rescapée d’une époque meurtrière et Schumacher une machine à records mais sans grand rival), tant par son talent que par ses frasques, jusqu’à son destin tragique. L’homme, adulé par les uns et détesté par les autres, était considéré comme un génie pur de la course et pouvait être sujet à des railleries quand il répétait à longueur d’interview qu’il remerciait Dieu pour lui donner la chance de courir. Des propos qui résonnèrent drôlement par la suite. Comme ceux d’une animatrice de télé brésilienne qui, à l’occasion d’un programme pour le nouvel an et dragouillant le pilote, lui souhaita une bonne année 90 en lui faisant la bise, puis dans la foulée 91, 92 et 93 en laissant à chaque fois une grosse trace de rouge à lèvres. L’histoire étant cruelle, elle s’arrêtera avant de lui souhaiter une bonne année 94.

Difficile d’évoquer la carrière de Senna sans parler de son grand rival, Alain Prost. C’est là le principal défaut du film : son parti pris en faveur du grand Brésilien. D’accord, on n’est pas devant une rétrospective ESPN de la F1 des années 90 et le titre annonce la couleur mais évoquer les coups bas du « héros » aurait rajouté de la complexité au personnage et n’aurait pas forcément nui au film.

Par exemple (les allergiques à la F1 peuvent passer directement au paragraphe suivant, d’ailleurs vous n’auriez pas dû ouvrir cette page, hmm ?) les fameux accrochages Prost-Senna de Suzuka en 89 et 90. Le premier est montré comme un scandale, offrant le titre à Prost (ce dernier est présenté comme un épicier, capable uniquement de coups bas, sur la piste comme en dehors, par opposition au talent pur du Brésilien, cette sainte icône incapable du moindre calcul) et suggérant des liens quasi-mafieux avec le président de la fédération de l’époque, un Français. Le deuxième, l’année suivante dans des circonstances à la fois proches et opposées, donnant le titre à Senna après un double abandon, ne fera pas l’objet d’une longue analyse… De même, quand Prost ne dispose pas d’une voiture performante, il est présenté comme un râleur cherchant des excuses à sa défaite ; quand c’est Senna, on le plaint de ne pouvoir se battre à la loyale et on accuse les autres de tricher.

Le film, un documentaire compilant des images d’archives, parfois inédites, nous rappelle cruellement l’absence d’une fiction sur la rivalité Prost-Senna ou plus généralement, d’un film de bagnoles digne de ce nom, hors « produits dérivés » (). Son montage habile et son sujet en or ne le cantonne pas aux seuls amateurs de sport auto. De la même façon que j’aime ou Million Dollar Baby tout en me foutant éperdument de la boxe, j’imagine que des néophytes peuvent ici y trouver leur compte. Quant aux fans, ils seront comme leur idole : aux anges. L’essence de la course (sans mauvais jeu de mots) est là, le « pure racing » est superbement retranscrit.

Photo Senna