Lorsqu’on associe dans la même phrase Ridley Scott et la science-fiction, n’importe quel amateur de cinéma un brin sensé sortira sur le champ le fameux Alien, son second film et probablement l’un des plus connus de toute sa filmographie. SEUL SUR MARS, s’il a en commun le genre, se pose à l’opposé d’Alien et Prometheus en embrassant la hard-SF. Pour les non-connaisseurs, la hard-SF est un dérivé du genre qui s’applique dans ses péripéties à faire en sorte qu’elles représentent des choses possibles par rapport à nos connaissances, et non des fantasmes de scénariste. Ainsi vous ne verrez pas débarquer un petit homme vert venu rencontrer Matt Damon ou bien notre cher porté disparu en train de fabriquer une fusée à l’aide de planches en bois trouvées sous un amas de sable.

SEUL SUR MARS raconte l’histoire de Mark Watney qui, au cours d’une mission sur Mars, est pris dans une tempête et se retrouve laissé pour mort alors que le reste de son équipe arrive à partir. Sauf, qu’évidement, le gaillard respire toujours et se doit de trouver le moyen de rester en vie pour espérer entrevoir l’espoir d’un retour sur Terre. Cet astronaute, c’est Matt Damon, le pauvre Matt Damon qui va finir par croire qu’Hollywood lui en veut. Après avoir été abandonné sur une planète dans Interstellar, voilà maintenant qu’on retente l’expérience sur Mars. Cantonné au second rôle dans le dernier bébé de Christopher Nolan, il s’empare du premier rôle chez Ridley Scott pour notre plus grand bonheur. Outre l’emballage SF sur lequel nous reviendrons plus tard, c’est un véritable Matt Damon show auquel nous assistons durant plus de 2 heures et qui fait, en grande partie, le charme du film. En Robinson Crusoé de l’espace, il est tour à tour touchant, intelligent et surtout, drôle. La force du personnage est qu’en ne sachant rien à son sujet (il a un papa et une maman, c’est tout), on arrive à se prendre d’affection pour lui.

En dehors des conditions extrêmes, l’empathie s’active par son charisme face aux obstacles. Il sait user de second degré, saupoudrant le long-métrage d’un humour irrésistible, malin, qui contrebalance le drame qu’il endure. Cette distanciation par rapport aux événements cache une angoisse profonde, ne ressortant qu’à de petits moments et dont la force d’apparition nous touche droit au cœur. Au bout d’un moment, Mark arrive à communiquer avec des terriens, en reconfigurant le système informatique de son véhicule. En voyant s’afficher le premier message sur son écran, on perçoit son émotion mais la retenue dont fait preuve Mark s’oppose à la lacrymale scène des messages vidéos dans Interstellar. Chez Christopher Nolan, l’explosion émotionnelle nous serrait le cœur. La comparaison ne veut pas dire qu’il y a une bonne scène et une mauvaise scène. Non, les deux sont réussies. Elles reflètent juste le ton différent de chaque film, à partir d’une péripétie quasi-similaire.

Photo du film SEUL SUR MARS

© Metropolitan Filmexport

Ridley Scott montre tout son savoir à la réalisation que ce soit dans les scènes d’action que dans les instants plus posés. Les plans issus de caméras intra-histoires (Webcam, GoPro sur la combinaison) donnent l’impression de gadgets visuels en premier lieu puis arrivent à s’insérer en toute normalité dans le rythme. Il convient de souligner que SEUL SUR MARS n’est pas un blockbuster bruyant, alignant à rallonge les péripéties spectaculaires. On compte en tout et pour tout deux grandes scènes d’action en 2h20 ! Scott ne se lance pas inutilement dans une partition assommante et fait preuve, même, d’une légèreté dans sa mise en image et son montage. Un montage brillant dans le choix des ellipses puisque tout s’enchaîne naturellement, sans le moindre accroc. La durée conséquente ne se traduit pas par un excédent de gras et l’histoire qui se déroule sur des mois passe à la vitesse de la lumière. Les détails relatifs au temps font qu’on situe tout en un clin d’œil. On en veut pour preuve la dernière partie du film, où après une ellipse de plusieurs semaines, on retrouve Matt Damon portant sur son corps les stigmates de la malnutrition. La compréhension du saut dans le temps est immédiate, limpide.

« Un divertissement haut de gamme, solide sur tous les aspects et porté par un incroyable Matt Damon. »

La partie terrestre tranche avec la partie martienne dans son approche, préférant un ton grave. Le sort de Mark, semble se dessiner loin de lui, sans qu’il ne puisse contrôler autre chose que sa survie. Car à quoi bon survivre s’il n’y a pas de retour ? Chaque petite victoire n’est qu’un sursis et chaque défaite peut être mortelle. Ce fébrile équilibre entretenu n’a lieu que parce que la science est utilisée. SEUL SUR MARS met en avant cette discipline avec un sens de la réalité qui épate et prouve que l’Homme est capable de grandes choses s’il se sert de ses connaissances. Car la science ne vaut rien sans l’utilisation de l’esprit humain. Et l’humain, c’est ce que Scott ramène au centre de son intrigue. En plein milieu du film, Mark envoie un message à Lewis pour lui demander d’aller voir ses parents et leur annoncer sa mort, en cas de non-retour sur Terre. On avait oublié que cette aventure était avant tout le récit d’un homme qui se bat pour rester en vie tant on s’était habitué à la vie martienne. C’est là, que l’humour omniprésent montre sa force, dans sa rupture immédiate. Pour mieux ressurgir de suite après.

Il y a un an, on concluait notre critique d’Interstellar par ces mots : « Il n’est pas une date historique dans l’histoire de la SF à l’instar d’un 2001« . On pourrait en faire de même avec SEUL SUR MARS qui ne marque pas le genre d’une nouvelle pierre blanche. Notre joie de retrouver Ridley Scott à ce niveau de maîtrise est immense. Sa filmographie était devenue d’une inégalité flagrante depuis le début des années 2000. La hard science-fiction lui redonne des ailes après le navrant Prometheus. Voilà un divertissement haut de gamme, solide sur tous les aspects et porté par un incroyable Matt Damon. Si ce sous-genre continue de livrer un excellent film par an (d’abord Gravity, ensuite Interstellar, maintenant SEUL SUR MARS), on signe de suite pour des décennies.

Maxime

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