Après Sous les jupes des filles Audrey Dana revient avec SI J’ÉTAIS UN HOMME et perdure dans sa quête de réconciliation entre hommes et femmes.

La volonté profonde d’Audrey Dana, en tant que réalisatrice engagée, est de prouver qu’il n’y a pas de scission entre les genres mais une part de féminin et de masculin en chacun. C’est donc naturellement que lui est venue l’idée de créer un personnage de femme qui se réveillerait un matin en tant que femme mais avec un véritable attribut masculin. L’idée étant de montrer que c’est l’acceptation du mélange de genres en chacun qui permet de se révéler à soi-même. Réunir le yin et le yang, tel est, sous les traits d’une comédie légère, le challenge osé qu’Audrey Dana s’est lancé.

Jeanne (Audrey Dana) est une femme un peu coincée (inspirée du personnage interprété par Marina Hands dans Sous les jupes des filles) qui a été élevée dans l’acceptation qu’être une femme c’est avant tout être une bonne épouse, une bonne mère de famille et une travailleuse sérieuse. Le jour où son mari la largue pour une autre en demandant la garde alternée des enfants, elle se dit qu’il ne lui reste plus rien et ne veut plus entendre parler des hommes. Jusqu’au matin où elle se réveille dotée d’un sexe masculin. Il lui faudra cela pour qu’elle s’autorise à faire des choses qu’elle pensait réservées aux hommes mais se révélera surtout, par ce biais, en tant que femme. Cette expérience surnaturelle lui permettra également, à travers un tas de scènes hilarantes, d’explorer ce que peuvent ressentir les hommes à certains égards et de les envisager avec plus d’empathie et de considération.

Si j'étais un homme

Si la réalisatrice défend l’idée que Sous les jupes des filles n’était pas un film à charge contre les hommes et que les femmes y étaient présentées aussi avec leurs défauts, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agissait d’un véritable hymne à la Femme. Dans leur diversité, leur force et leur fragilité, impossible de ne pas déborder d’empathie pour elles toutes autant qu’elles sont. On craignait donc que SI J’ÉTAIS UN HOMME soit un prétexte pour dépeindre les petits travers des hommes et se moquer un peu d’eux par rapport aux femmes fortes qui émergent des dernières générations. Et bien de façon surprenante, pas du tout ! Au contraire, à travers le personnage fort et drôle de Marcelle, efficacement interprété par Alice Belaïdi, Audrey Dana tente de « calmer le jeu » face aux nombreuses femmes en colère contre la gente masculine. Avec beaucoup d’autodérision sur les femmes, elle révèle le paradoxe que certaines entretiennent en se comportant finalement comme des hommes (tels qu’elles les perçoivent), tout en les insultant de se comporter de la sorte et en élevant elles-mêmes des petits garçons qui auront bien du mal à se positionner, plus tard, en tant qu’hommes dans ce joyeux bordel.

[bctt tweet= »« Si j’étais un homme prône avec humour la nécessité d’accepter en soi le mélange des genres » » username= »LeBlogDuCinema »]

A l’inverse, avec le personnage touchant de Merlin, interprété par le charmant Eric Elmosnino, tout en douceur, Audrey Dana nous révèle que les hommes aussi sont victimes de cette société patriarcale et des clichés qu’elle renvoie sur eux. On comprend ainsi parfaitement le dilemme que rencontrent certains hommes, ayant du mal à assumer ouvertement leur sensibilité ou un comportement plus « féminin », préférant le camoufler sous des allures viriles de séducteur machiste. Quant à Christian Clavier, en gynécologue expérimenté, il est sensé représenter la figure rassurante mais panique totalement et tente maladroitement de le dissimuler. Ce comportement vient également renforcer avec humour la pression que l’on met sur certains hommes et qui engendre chez eux une obligation de faire face et de masquer leur impuissance face à une situation. Finalement, on s’aperçoit que lui aussi est plus sympathique et attachant lorsqu’il dévoile sincèrement son désarroi, tout en essayant de faire de son mieux pour aider Jeanne.

SI J’ÉTAIS UN HOMME

Merlin (Eric Elmosnino) en train de se livrer avec sincérité à Jeanne (Audrey Dana) qui n’a jamais été plus féminine

Au bout du compte, en nous proposant une vision typiquement féminine et crédible de ce qu’une femme ressentirait si elle se retrouvait avec un sexe masculin, Audrey Dana nous livre un film drôle, mais pas seulement. Au delà de cet événement improbable, à travers ses personnages féminins et masculins finement écrits et les relations qu’ils entretiennent, elle délivre également un message utile qui n’est pas nouveau mais que beaucoup ont encore du mal à accepter, écrasés par les clichés d’une société patriarcale. L’idée sous tendue par SI J’ÉTAIS UN HOMME est qu’il n’y a pas d’opposition homme/femme. Audrey Dana prône la réconciliation des genres en insistant sur le fait établi que l’on a tous en nous une part de chaque sexe et qu’il est indispensable pour soi et dans sa relation à l’autre de faire éclore et d’assumer, chacun dans sa mesure, les deux aspects qui nous rendent singuliers pour s’épanouir pleinement. Dans la mouvance du débat sur les transgenres qui remettent en question le clivage ancestral homme/femme, SI J’ÉTAIS UN HOMME montre avec humour qu’il y a des femmes formidables « parce qu’elles en ont » – comme sa courageuse réalisatrice -, et des hommes que l’on a envie d’aimer pour leur sensibilité et leur douceur, à l’instar de Merlin, père moderne qui élève seul et avec brio ses quatre enfants.

Stéphanie Ayache

Votre avis ?

[CRITIQUE] SI J'ÉTAIS UN HOMME
Titre original : Si j'étais un homme
Réalisation : Audrey Dana
Scénario : Audrey Dana, Maud Ameline, Murielle Magellan
Acteurs principaux : Audrey Dana, Alice Belaïdi, Eric Elmosnino, Christian Clavier
Date de sortie : 22 Février 2017
Durée : 1h38min
3.0Interessant
Avis des lecteurs 8 Avis