Mettons nous tout de suite d’accord. Je n’ai pas forcément ADORÉ le film.

PAR-CONTRE, et son oeuvre sont d’une richesse incroyable. Et si je ne me suis pas du tout reconnu dans ce film (j’ai 31 ans), ce serait oublier un peu vite que ma jeunesse entière a été marqué par la présence du cinéaste.  Je vous propose, pour pouvoir mieux aborder ce très dense THE SMELL OF US, de plonger avec moi dans mes souvenirs, et de revenir à 1999, et mon premier Larry Clark : Another Day in Paradise.

16 ans - ANOTHER DAY IN PARADISE

Honnêtement, je n’étais à l’époque, pas du tout cinéphile. Le cinéma était pour moi, seulement un passe-temps, un plaisir éphémère sans réflexion.
Samedi 26 juin 1999. Fête du cinéma. 10 francs la place, chic alors! Je viens juste d’avoir 16 ans, et, trop heureux de cette nouvelle liberté exclusivement réservée aux salles de ciné, me précipite vers le seul film que je n’aurais pas eu le droit de voir 3 mois plus tôt : Another Day in Paradise. Et là, joie. Du sexe, plein de fois, des nénés, des foufounes, des gens qui baisent. Cooooool. Mais ils s’enfoncent aussi des aiguilles, beaucoup… Chelou. Prostitution, drogues dures… C’est quoi ??? (je n’ai que 16 ans).
Puis ils sont irrationnels, échafaudent des plans mais ne cherchent qu’à se piquer et à baiser. Ouh là c’est malsain, ouïe, c’est incestueux, aaaah, je prends cher. Ou est la morale ??????
BREF. je ne comprends pas le film et conclus dépité, qu’il ne m’était pas destiné. à l’instar de THE SMELL OF US

18 ans - BULLY

Mais impossible d’oublier. 2 ans plus tard, je suis cette fois, officiellement cinéphile (la fameuse carte UGC) et, irrépressiblement attiré, je retourne consciemment en salles découvrir Bully. « par le réalisateur d’Anonother Day in Paradise »
Et là, claque ! Cela ne vient pas des seins et des foufounes, car je connais maintenant. J’en ai vu en vrai. C’est plutôt le profond sentiment de rejet/attraction de cette réalité qui me trouble – encore aujourd’hui. Car ce film propose une vision froide, stupide, triviale et naturaliste de la jeunesse. Dans laquelle je n’avais pas le droit de me reconnaître (perverse mise en abîme), tout en étant intrinsèquement fasciné. Larry Clark utilise déjà un langage quasi unique, qui réorganise les éléments propres au cinéma (narration, suspens, cadrages, direction d’acteurs – tous parfaits, photo, musique, rythme) pour dialoguer directement avec le spectateur en lui proposant un reflet obscur de lui-même. Un Cinéma-Vérité qui ne laisse pas insensible. À l’image de THE SMELL OF US 

21 ans - KEN PARK

2003 – Larry Clark (qui déjà?) vient présenter un film dans mon cinéma. L’occasion d’expliquer ce rapport particulier qu’il entretien avec la jeunesse, qui légitimise – seulement à ses yeux et ceux des spectateurs français, manifestement – cette volonté de capter au plus près l’essence de cette jeunesse. Ha bon, d’accord. M’en fous en fait. (innocence de la jeunesse)
Nouvelle claque pourtant, profondément dérangeante : KEN PARKClark délaisse toute notion de narration, de suspens, ou de logique scénaristique, au profit d’un naturalisme existant par et pour le medium cinéma.
Il crée ainsi une esthétique géniale qui lui est propre, qui sera irrémédiablement rattachée (pour moi) à cette peinture de la jeunesse suburbaine qui s’ennuie et trompe son manque de perspective dans les plaisirs éphémères. Impossible pour moi de voir certains pornos, ou certains indés américains, sans penser à Ken Park. Et si je n’ai pas totalement adhéré au film en lui-même (notamment sa fin, ou quelques prises d’otages émotionnelles) force est de constater qu’il m’a indélébilement marqué, au même titre que THE SMELL OF US

31 ans – THE SMELL OF US.

Le film de Larry Clark suit donc un groupe de jeunes. Parisiens, bourgeois… Jeunes. Très jeunes.
Moi, je ne suis plus le spectateur de Ken ParkBully, ou Anonother Day in ParadiseTHE SMELL OF US ne me renvoie aucune image de moi-même, car il ne m’est pas destiné.
Difficile, voire même impossible pour moi, de critiquer la réalité du film. Larry Clark a t-il à nouveau réussi à rendre compte de la jeunesse ? Je ne suis pas (et ne serai plus jamais) qualifié pour critiquer cet aspect.
Je vais donc focaliser mon attention sur ma perception du cinéaste, et rapidement évoquer (il faudrait, à l’instar des Cahiers, consacrer pas mal de pages à la dissection complète du film) ce qui m’a troublé dans le film

The Smell of Us (5)

Ce qui m’a impressionné dans THE SMELL OF US :

– la représentation du sexe. Troublante. Comme dans le reste de sa filmo, le sexe ne procure qu’un plaisir très éphémère, et est surtout un moyen d’expression. Entre-eux, mais aussi – plus dérangeant – avec les adultes. Chaque interaction est ainsi, un rapport de communication/domination/soumission/perversion. Au final, le même que celui qu’entretient le cinéaste avec ses acteurs.

– la plastique du film utilise plusieurs moyens de reproduire la réalité. de ceux qu’il filme. THE SMELL OF US entremêle en permanence sans logique ni régularité, les résolutions d’image, les formats vidéo, les outils de captation (iPhone, GoPro, caméra DV, etc…). Larry Clark constitue ainsi, un langage visuel qui me paraît correspondre à une certaine génération. Réussi, pas réussi ? En tous cas, fascinant.

– La direction d’acteur, singulière. Au départ dérangeante, mais vite assimilée. Larry Clark capte une sorte de bruit permanent en filmant le groupe, puis en extrait soudainement quelques pensées intimes, permettant de donner corps à chacun des personnages. Ces jeunes acteurs atteignent au final une forme de perfection, par le naturel avec lequel ils se montrent à l’image. Impressionnant.

– la délocalisation : Point de suburb américaine… THE SMELL OF US EST Paris. Pourtant, le même mal-être émane de ces jeunes. Une forme d’universalité émane du film, dans l’écho à ses précédentes œuvres. Là encore, c’est impressionnant.

Chacun de ces aspects fusionne avec les autres.
Le sexe peut avoir lieu n’importe ou dans Paris. Les acteurs se filment entre-eux, déambulent dans la ville sans but ou au contraire se cherchent à des endroits précis. Le sexe est filmé parfois façon gonzo, parfois pro, de même que les simples discussions. Paris est montrée comme vue par un vulgaire touriste, mais aussi vue de l’intérieur le plus underground.

LARRY CLARK, ce vampire

À l’instar de n’importe quel found-footage à la mode, un personnage suit et filme en permanence. Mais loin d’être un procédé purement scénaristique et inexplicable, il s’agit plutôt d’un moyen d’aborder la vision métaphysique qu’a l’auteur de lui-même.
Ce garçon – en apparence le plus jeune – qui filme tous ces ébats, ces prises de drogues, ces moments vides, ces humiliations… C’est Larry Clark. Un Larry Clark de 14 ans omniprésent qui renseigne sur le rapport de l’auteur à la jeunesse, et nous renvoie plusieurs facette de lui-même, dans les personnages adultes. C’est ce qu’est pour moi, THE SMELL OF US :
Un autoportrait d’un vampire dont l’immortalité résiderait dans ce besoin de capter, d’absorber l’énergie et l’essence juvénile.

Larry Clark ce vampire, absorbe plusieurs énergies différentes, et est montré sous plusieurs formes.
– ce vieux gay solitaire qui doit sucer cette énergie physique, quitte à se retrouvé dépouillé, blessé, humilié
– ce prédateur qui assume son attirance immorale, et ainsi vole l’estime de soi de ces jeunes faibles
– celui qui, repéré, fuit, voleur d’innocence qui ne s’assume pas. (le conducteur)
– cette vieille dame, ces parents, qui tout en cherchant à transmettre un héritage culturel et construire ainsi, indirectement la jeunesse, aspirent toute envie de se construire par soi même.
– La mère de Mat Folle, obsédée et compulsive, droguée (à l’affection, aux substances, eu sexe)… Irrémédiablement attirée par sa progéniture, son engeance (ironiquement, la mère de Mat) Elle consume l’espoir d’une identification en une présence parentale.
– ce jeune ado asexué et passif, qui tente de capter l’essence juvénile. Pour en faire quoi lui demandent ses amis… Un film comme THE SMELL OF US, Bully, Kids, Another day In Paradise ou Ken Park, me dis-je.
Larry Clark se montre également sous deux autres formes fusionnées, moins nocives, plus passives
Rockstar. Le vrai Larry Clark, celui qui vit ouvertement au milieu de cette jeunesse, et est accepté en tant que tel. Un personnage somme de ceux-précédemment citées, épuisé et conscient de son impact, vivant une forme de purgatoire au milieu de ses victimes.
Michael Pitt (un des jeunes de Bully) enfin, qui incarne le devenir d’une « victime » de Larry Clark. Une fusion abstraite du metteur-en-scène et de ceux qu’il filme. Un terrifiant reflet de ce jeune montré dans THE SMELL OF US, lui – ayant existé par le passé, l’espace d’un instant, avant de ne devenir qu’une ombre de lui-même.

The Smell of Us (4)

 

Un million d’autres choses transitent dans THE SMELL OF US… Mais je ne suis pas le mieux placé pour en parler.
je vous invite sincèrement à laisser votre avis ou analyse du film ICI, à partager votre ressenti positif ou négatif (ou autre) de cet objet déjà culte.

En partenariat avec le Comoedia-Lyon
 Les autres films du 14 janvier 2015

INFORMATIONS

The Smell of Us (1)


Titre original : 
Réalisation :  Larry Clark
Scénario :  Mathieu Landais
Acteurs principaux : Lucas Ionesco, Hugo Behar-Thinières, Diane Rouxel
Pays d’origine : France, Belgique
Sortie : 14 janvier 2015
Durée :  1h32min
Distributeur : Jour2fête
Synopsis : Paris, Le Trocadéro. Math, Marie, Pacman, JP, Guillaume et Toff se retrouvent tous les jours au Dôme, derrière le Palais de Tokyo. C’est là où ils font du skate, s’amusent et se défoncent, à deux pas du monde confiné des arts qu’ils côtoient sans connaître. Certains sont inséparables, liés par des vies de famille compliquées. Ils vivent l’instant, c’est l’attrait de l’argent facile, la drague anonyme sur Internet, les soirées trash « youth, sex, drugs & rock’n’roll ».
Toff, filme tout et tout le temps…

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