Monteur d’Anton Corbijn lors de ses deux premiers longs-métrages (The American, Control) et de la brillante trilogie des Red Riding notamment, passe pour la première fois derrière la caméra en décidant d’adapter à l’écran cette histoire vraie. Celle d’un petit gangster anglais qui s’est écarté peu à peu de la criminalité en devenant musulman.

Le hasard du calendrier place idéalement SNOW IN PARADISE comme une réponse aux tragiques événements terroristes survenus à Paris récemment, en nous montrant un Islam pacifiste, qui va rediriger Dave, notre apprenti gangster, sur le droit chemin.
Si le film n’a évidemment pas été construit autour de l’idée de dissocier une bonne fois pour toutes les musulmans des terroristes se revendiquant au nom de cette religion, il apparait important aujourd’hui aux yeux de ceux qui craignent le fameux amalgame et nécessaire pour ceux qui le nourrissent.
De ce fait, cette question brûlante ne sera qu’effleurée dans le film, faisant office néanmoins d’une jolie piqûre de rappel.
Mais l’histoire de ce jeune homme paumé qui se voit offrir la rédemption à travers une religion, n’est-elle pas aussi un brin rebattue et moralisatrice ?

Et sur bien d’autres aspects, c’est tout le problème du film qui ne cesse de souffler le chaud et le froid.

 © Le Pacte

© The Jokers / Le Pacte

Dave, interprété par le jeune aux faux airs de Tom Hardy, est de tous les plans. Il avait hérité d’un petit rôle dans l’excellent Les Poings contre les murs et cette fois-ci, il vampirise l’écran. Tant mieux puisque sa prestation est assez impressionnante.
Malheureusement, on ne peut pas en dire autant des personnages secondaires, dont le manque de caractérisation tend à décrédibiliser des situations se voulant pourtant dramatiques. L’immersion en prend un coup, d’autant que le récit a énormément de mal à se lancer.
Jugez plutôt : passées les 40 premières minutes, on ne sait toujours pas où en est le premier acte. Quand le film va-t-il vraiment commencer ?

« L’ennui prédomine dans ce polar léthargique et singulier, qui souffle constamment le chaud et le froid. »

Il y a, dans SNOW IN PARADISE, un concept assez curieux que l’on pourrait qualifier de “mise en scène pudique”.
Tout comme le récit tente de véhiculer un message de paix (on nous rappelle qu’il s’agit de la traduction littérale de “Islam”), Andrew Hulme a eu l’ambition d’en faire de même quant aux choix visuels.
Ainsi, on joue énormément avec le hors champ, il y a cette volonté de ne pas ou peu nous montrer et on procède à de larges plans lorsque la violence devient inévitable, lors d’une exécution par exemple.
Le spectateur épouse constamment le point de vue de Dave, par conséquent il n’a pas d’omniscience. Et là encore, certains décrocheront, notamment à cause de ce choix, pas aidés par la lenteur générale de l’ensemble qui risque d’amener inexorablement l’ennui.

A cela s’ajoute des séquences répétitives déjà vues énormément dans le cinéma de genre, à savoir la dérive psychologique du personnage qui commence avec une session sportive dans sa chambre miteuse, puis la traditionnelle consommation de drogue, s’ensuit un rapport sexuel tristounet avec sa copine, de nouveau la drogue, puis le héros végète sur son lit. En plus d’êtres assez nombreuses, ces scènes ont la mauvaise idée de s’étirer…

Pas complètement inintéressant, SNOW IN PARADISE s’avère trop inégal pour totalement convaincre. Malgré l’envie évidente de raconter une histoire qui lui tenait visiblement à cœur, le réalisateur finit par se perdre et nous avec.
A travers le parcours de ce jeune homme paumé dans une Angleterre baignant dans la misère sociale, on surprend parfois une once d’humanité gratifiante. Cependant, des choix singuliers de narration et de mise en scène risquent de lasser rapidement.
Ou quand la forme dessert un fond qui aurait sans doute mérité un autre traitement artistique.

 

INFORMATIONS

 

 

Titre original : Snow in Paradise
Réalisation :  Andrew Hulme
Scénario :  Martin Askew, Andrew Hulme
Acteurs principaux : Frederick Schmidt, Martin Askew, Aymen Hamdouchi
Pays d’origine : Britannique
Sortie : 4 Mars 2015
Durée :  1h48min
Distributeur : The Jokers / Le Pacte
Synopsis : D’après une histoire vraie. Dave est un petit délinquant qui mène sa vie, entre drogue et de violence, dans l’East End de Londres. Lorsque ses agissements entraînent la mort de Tariq, son meilleur ami, Dave est terrassé pour la première fois par la honte et le remords. Alors qu’il commence à faire la paix avec lui-même, son passé de criminel revient le mettre à l’épreuve.
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