Ces islandais nous surprendront toujours. En fin d’année 2015, ils nous avaient émus avec leurs attendrissants paysans hipsters barbus (Béliers – Grímur Hákonarson, 2016). Plus récemment, ils nous ont fait rire dans un conte romantique assez rocambolesque, alors que tout commençait innocemment dans le petit bassin d’une piscine de Montreuil pour se terminer dans les fjords paradisiaques (L’effet aquatiqueSolveig Anspach, 2016). Cette fois-ci,  nous emmène de nouveau en terre islandaise, dans des paysages aussi grisâtres qu’austères.

La proposition du film est une plongée brutale au cœur d’une errance générationnelle et de personnages en pleine crise existentielle. Entre la découverte des responsabilités et un mal être perceptible, le pitch du second long métrage de  n’a rien à envier à un film de Gus van Sant, friand des drames adolescents. Voyez plutôt : Ari, 16 ans, vit avec sa mère à Reykjavik et doit soudain retourner vivre chez son père Gunnar, dans la région isolée des fjords, au nord-ouest de l’Islande. Sa relation avec son père n’est pas des plus faciles et ses amis d’enfance semblent avoir bien changé. Le jeune homme va devoir jongler entre un père absent, adepte de la biture et une communauté de jeunes adultes peu accueillante. 

Photo du film SPARROWS

Ari débarque donc dans un nouveau monde où il doit en apprendre les codes. C’est bien seul, incompris de ses homologues et à la quête d’expérience, que le jeune homme sombre dans une errance de plus en plus inconfortable. Malgré sa voix enchanteresque de rossignol (« sparrows » en anglais), le jeune adolescent ne trouve pas sa place auprès de ses nouveaux amis et encore moins dans son nouveau foyer. En ce sens, certaines interludes musicales simplement ponctuées par les chants lyriques du personnage principal permettront de rendre compte de l’isolement croissant de ce dernier avec un brin de poésie.

« Sparrows est bien plus qu’une fresque adolescente dessinée dans la mélancolie. Le film trouve son point d’orgue dans l’apparition de son plan final, délivrant toute l’humanité que l’on croyait perdue. »

A l’instar de Montanha, de João Salaviza – avec lequel, les thématiques traités sont étroitement liées – l’esthétique de SPARROWS permet également de sublimer la mise en scène un tantinet longuette. C’est en effet par son grain et bruit photographique appuyés auquel il faut ajouter une désaturation des couleurs que toute la mélancolie d’Ari se traduit à l’écran. C’est un travail qui fait écho à Paranoid Park de Gus van Sant, rappelant les séquences d’évasion oniriques en skateboard devant la sordide réalité. Quoiqu’il en soit, la mise en scène de ce jeune réalisateur islandais qu’est Rúnar Rúnarsson – avec ce second film –  trouve souvent le cadre juste et la délicatesse. Beaucoup de plans seront ainsi muets ou bien accompagnés des chants d’Ari, recentrés sur les regards terriblement révélateurs des personnages. Toujours dans la pudeur, il arrive à filmer une scène de dépucelage aussi bien que l’annonce d’un terrible décès. Il arrive également à nous choquer dans un moment inattendu, nous clouant sur place devant l’insoutenable et le révoltant.

Photo du film SPARROWS

Dès lors, SPARROWS est bien plus qu’une fresque adolescente dessinée dans la mélancolie, le film trouve son point d’orgue dans  l’apparition de son plan final, délivrant toute l’humanité que l’on croyait perdue, à l’extinction des lumières. Et lorsque l’irréparable a été commis devant l’impuissance d’Ari, ce dernier n’a pas d’autre choix que de surmonter l’horreur avec toute la maturité nécessaire, mais aussi la lourde tâche de garder un terrible secret. Alors qu’il cherche désespéramment un réconfort inexistant, le moment de dire adieu à son innocence est venu. Et comme toujours, on ne le voit jamais venir…

Sofiane
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