Affiche du film STOKER

A la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, assiste au retour de son oncle, un homme mystérieux dont elle ignorait l’existence, et qui s’installe avec elle et sa mère. India commence à soupçonner que les motivations de cet homme charmeur ne sont pas sans arrière-pensées et ne tarde pas à ressentir pour lui des sentiments mêlés de méfiance et d’attirance.

Note de l’Auteur

[rating:7/10]

Date de sortie : 1er Mai 2013
Réalisé par
Avec , , , Dermot Mulroney,
Film américain
Durée : 1h45
Titre original : Stoker
Bande-annonce :

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Après , , Django Unchained, Antiviral et autres consors des actes malsains, nous ne sommes plus à ça près. La preuve est, le public est tellement habitué désormais, qu’on peut encore lui en resservir. Pas grave, le spectateur ne sera plus si choqué qu’auparavant. Et Park Chan-Wook s’en donne à coeur joie avec Stoker. Des fois, on se demande même si ce sont bien les frères et qui ont produit une telle chose.

Avis aux âmes sensibles tout de même. On se débarrasse d’un maximum de dialogues au profit d’actions bien malsaines. Et Park Chan-Wook n’y va pas de main morte. Entre un simple crayon enfoncé dans la main et une ceinture à multi-usages, le cinéaste américano-coréen se donne à coeur joie dans les épreuves gores. Rien de plus normal, c’est le leitmotiv de deux des personnages du film. Même que l’un d’entre eux ne vit (presque) que pour ça. Au moins, on ne pourra pas reprocher à la première scène de nous diriger tout de suite vers l’attendu. Une première qui laisse le spectateur sceptique, comme tout le reste du film.

En effet, au-delà du côté malsain assumé et entièrement voulu (puisque le film est fait pour ce côté malsain), le film est totalement ambiguë. Il y a un avantage et un inconvénient ici. L’avantage de ces mystères, c’est qu’on les retrouve aussi bien dans le fond que dans la forme. A l’aide de couleurs saturées et d’une caméra froide et timide dans ses mouvements, Park Chan-Wook insiste pour nous mettre la pression et ne rien nous dévoiler trop vite. Dans le fond, rien de plus compliqué : chacun des personnages nous cache un (ou plusieurs) secrets, et nous n’aurons jamais aucun indice.

Photo du film STOKER

Une ambiguïté trop longue et un récit qui traîne avec un côté malsain et une poésie qui se mélangent pour un film plutôt dérangeant.

Voilà le grand problème du film. Alors que l’ambiguïté de la forme est remarquable, Park Chan-Wook va trop loin dans ses mystères dans le fond. A force de ne jamais rien dire à son spectateur, le cinéaste en vient à faire traîner son histoire. Le rythme est sans saveur, car quasi-inexistant. Les secrets défilent et les révélations peinent à apparaître. C’est consternant cette manière de croire que le mystère continu est gage de concentration totale et perpétuelle du spectateur. Et avec un twist final, on en revient au même système que dans Effets Secondaires de . Un vrai film hypnotique où on s’exclamera, à la fin, « tout ça pour ça ? ».

Et même si le spectateur essaie, tant bien que mal, de résoudre chaque mystère de l’histoire, il se retrouvera coincé aussi ailleurs. Car ne donnant aucun indice, Park Chan-Wook en vient à faire un film contemplatif. Evidemment, ne pouvant résoudre une quelconque énigme, un seul doute, le spectateur est voué à regarder – dans la plus simple manière – le film qui lui est proposé. Mais attention, ceci est une heureuse conséquence de l’ambiguïté constante. Car la réalisation virtuose de Park Chan-Wook joue en sa faveur. Le visuel en reste fortement agréable, même pas de soucis avec le côté malsain.

De plus, avec sa réalisation très virtuose et très accordée à l’ambiguïté du film, Park Chan-Wook n’oublie pas la poésie du récit. Il s’agit avant tout d’une fable familiale. Et ainsi, chaque décor, chaque mouvement de caméra ou chaque réplique est un moment de poésie. Le film, au-delà du festival malsain dont il fait preuve, est une fresque des sentiments et de la famille comme nous l’avons rarement vus. Et c’est là que les mystères jouent en la faveur du spectateur : nous ne savons jamais quelle fin est destinée à chacun des personnages. Même si la fin pourra laisser certains spectateurs sur leur faim. Ceci dépend avant tout des attentes de chacun…

Mais en tout cas, une chose est certaine avec ce film, malgré toutes les attentes apportées, ne vous attendez pas à en sortir indemne. Ce film est très dérangeant. Dans le bon sens du terme. Ce film va vous jouer sur l’esprit, non pas à en devenir psychologique non plus. D’une part, la bande son et un peu de la réalisation peuvent nous faire penser à Hitchock. La façon qu’il avait de se jouer de son spectateur pour mieux le dérouter l’instant d’après. D’autre part, il y a cette évocation de l’émancipation chez le jeune personnage féminin. Une émancipation assez violente et glauque, qui nous montre un monde adulte très brut et pas très sympathique.

Pour interpréter tout cela, on a le droit à Nicole Kidman. Plutôt satisfaisante en mère veuve, mais très loin d’avoir ici le rôle de sa vie. A ses côtés, un Matthew Goode impressionnant dans son rôle d’oncle pas très normal, et très énigmatique. Je n’en dirais pas plus, no spoiler. Mais par contre, avis très personnel, je ne supporte toujours pas Mia Wasikowska. Que ce soit dans ses attitudes ou sa manière de parler, on croirait voir une Sissy Spacek, mais en très mauvais. Heureusement que le spectateur peut compter sur Nicole Kidman et Matthew Goode pour relever le scénario. Malgré les « rebondissements » plutôt prévisibles mais bien amenés, les répliques ne volent pas haut du tout. Faut se ressaisir Wentworth Miller !

Photo du film STOKER

Finalement, Stoker est un film malsain, ambiguë, virtouse, contemplatif, poétique, dérangeant et plutôt joué. Gros point noir, le récit traine beaucoup et le spectateur est laissé de côté. Park Chan-Wook croit qu’en plaçant du mystère partout sans donner l’ombre d’un indice, le spectateur sera tout le temps concentré. En vain, le cinéaste peut compter sur sa réalisation très à la hauteur, où il montre une poésie contemplative et un lyrisme malsain impressionnants. En quelques mots : c’est beau mais c’est (presque) vide.