Après avoir longtemps travaillé à la télévision, et notamment réalisé les séries Romanzo criminale (2008-2010) et Gomorra (2014-2015), toutes deux faisant suites à une adaptation cinématographique d’après une œuvre littéraire, Stefano Sollima revient au cinéma avec SUBURRA, son second long-métrage. En 2012 déjà il passait au grand écran avec A.C.A.B.: All Cops Are Bastards, film dur et à la morale douteuse qui suivait une unité policière chargée de maintenir l’ordre autour des stades, prête à ignorer la loi pour faire face à la violence urbaine. Si ce film gênait davantage dans son discours que dans la réalisation, classique mais relativement bien maîtrisée, SUBURRA quant à lui témoigne de la difficulté du réalisateur à se détacher du format série d’où il vient, et à trouver sa propre personnalité.

Adapté du roman Suburrra de Carlo Bonini et de Giancarlo De Cataldo, le film de Stefano Sollima nous plonge dans la Suburra, l’un des quartiers les plus malfamés de l’ancienne Rome, où le monde politique, le Vatican et la mafia font cause commune pour mettre en place un projet immobilier pour la station balnéaire d’Ostie, située aux alentours de la capitale. En sept jours, le projet et la mécanique de corruptions et de trafics vont être remis en question, avec des règlements de compte, tentatives d’extorsions et meurtres révélés au grand jour. Une intrigue simple au premier abord, rendue bien plus complexe par les scénaristes, Stefano Rulli et Sandro Petraglia en complément de Giancarlo de Cataldo et Carlo Bonini eux-même, et par la réalisation de Sollima.

Photo du film SUBURRA

© Emanuela Scarpa

D’entrée le réalisateur a la volonté de nous frapper par des images chocs. Durant 20 minutes très brouillons et difficilement compréhensibles du point de vue de l’intrigue, des images violentes se succèdent, sans véritable lien, ni logique. Sexe, politique, drogue, religion, corruption, prostitution, meurtres, c’est une série de thèmes et de personnages qui nous sautent au visage de manière tout à fait aléatoire. Il y aura donc le député véreux Filippo Malgradi, le chef d’une famille criminelle Numéro 8 et sa compagne Viola, dépendante aux drogues, mais également une famille gitane et mafieuse, le jeune organisateur Sebastiano ou encore la prostituée Sabrina… Dans cet ensemble, on ne comprendra pas vraiment la présence religieuse et surtout l’évocation du Pape, à part éventuellement pour insister sur le fait que la corruption touche les plus hautes instances. Un élément pas vraiment indispensable puisque jamais développé pour influencer l’histoire.

« L’ensemble de SUBURRA étant relativement convenu, voire superficiel, Stefano Sollima a recours à des artifices. »

Bien que la suite du film finisse par trouver sens, ces premières minutes sont symptomatiques du problème principal de SUBURRA et de son réalisateur. Ce dernier, à vouloir toucher à trop de sujets plutôt que de se contenter d’un basique, mais honnête, film de mafia, se perd totalement. Son soucis majeur provenant de son approche dans la manière d’une série télévisée – qu’on pourrait incriminer à ses scénaristes et au manque de recul qu’on suppose sur l’œuvre originale. Sollima sépare son film en blocs (l’utilisation des sept jours renforçant d’ailleurs cette idée), marquant et délimitant les séquences les unes des autres par un montage et un rythme laborieux. Telle une montagne russe, SUBURRA passe de séquences musclées que rien n’amène vraiment, à d’autres plus lentes, à but explicatif mais sans véritable maîtrise. Il n’est d’ailleurs pas très surprenant, au vu du résultat (mais également du succès du film en Italie), qu’une série télévisée basée sur le film, produite par Cattleya et Netflix en collaboration avec la Rai, soit en préparation. Un format qui aurait certainement convenu davantage aux quatre scénaristes du film.
L’expérience proposée par le réalisateur devient ainsi vite rébarbative. Comme s’il cherchait constamment l’image qui pourra marquer le spectateur – cette scène de sexe à trois qui se termine par le député Malgradi urinant dehors sur son balcon sous la pluie n’est au final que faussement mémorable et tombe dans la facilité.

Photo du film SUBURRA

© Emanuela Scarpa

L’ensemble de SUBURRA étant relativement convenu, voire superficiel, Sollima a alors recours à des artifices. Tel que l’utilisation musicale à un niveau sonore bien trop élevé, qui étouffe l’image au lieu de l’accompagner, et dont le but est d’appuyer sur des éléments, là où la mise en scène n’y parvient pas. Au final, à part quelques fulgurances dans des scènes de fusillades – l’une dans un supermarché où Sollima met en place une tension palpable avant même les premiers coups de feu, par son utilisation du décor et du cadre, l’autre en nous mettant dans la peau de la junkie Viola (Greta Scarano, qui parvient à sortir du lot), en plein trip au moment d’assister impuissante à un règlement de compte. SUBURRA est une déception, que même la présence des acteurs talentueux que sont Pierfrancesco Favino (Romanzo criminale le film, A.C.A.B.: All Cops Are Bastards, Rush) et Elio Germano (Mon frère est fils unique, La Nostra Vita) ne peut sauver.

LES SORTIES DU 9 DÉCEMBRE 2015

AU CŒUR DE L’OCÉAN, UN + UNE, VUE SUR MER, SUBURRA, BELLE ET SEBASTIEN, BACK HOME …
INFORMATIONS

Affiche du film SUBURRA

Titre original : Suburra
Réalisation : Stefano Sollima
Scénario : Stefano Rulli, Giancarlo de Cataldo, Sandro Petraglia, Carlo Bonini, D’après l’oeuvre de Giancarlo de Cataldo et Carlo Bonini
Acteurs principaux : Pierfrancesco Favino, Elio Germano, Claudio Amendola
Pays d’origine : Italie, France
Sortie : 9 décembre 2015
Durée : 2h15min
Distributeur : Haut et Court
Synopsis : La Suburra, quartier malfamé de Rome, est le théâtre d’un ambitieux projet immobilier. L’État, le Vatican et la Mafia sont impliqués. En sept jours, la mécanique va s’enrayer : la Suburra va sombrer, et renaître.

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