Ce n’est pas une mince affaire que de se lancer dans l’adaptation de SUITE FRANÇAISE d’, dont l’histoire de l’écriture et de la publication est peut-être encore plus célèbre que son contenu. Pentalogie inachevée, écrite pendant la seconde guerre mondiale et redécouverte un demi-siècle plus tard, contant tour à tour l’Exode de 1940, l’Occupation et les prémices de la Résistance, c’est ici le metteur en scène – déjà réalisateur de THE DUCHESS – qui s’occupe de la mise en images du deuxième tome de cette saga acclamée. Un élément qu’il est important de noter puisque c’est bel et bien la romance au cœur de ce roman qui est mise en avant, au détriment du reste.
Acteurs américains et britanniques – Schoenaerts et perdus au milieu de tout ce beau monde – production en grande partie originaire d’outre-manche, tournage dans la langue de Shakespeare : nul besoin de tourner autour du pot, SUITE FRANÇAISE y va méchamment sur les clichés. France rurale fantasmée, Allemagne conquérante superficielle… Mais ce n’est en soit pas le cœur du problème : malgré cette immersion difficile, l’ensemble dispose d’un budget imposant – tourné par ailleurs en pellicule – et la reconstitution visuelle vaut le détour. La vraie fausse note, c’est l’écriture de cette histoire et de ses protagonistes.

Photo du film SUITE FRANÇAISE

© Steffan Hill

Il y a une histoire d’amour, une vague peinture de l’Occupation en arrière-plan, mais les personnages au cœur de ces arcs narratifs ne sont jamais incarnés : ils sont creux, incohérents, ou tout du moins écrits à la va-vite. Impossible de les comprendre, et par extension de s’y attacher. C’est pourtant un fait contradictoire avec le passé littéraire de cette aventure, facile et narrativement très vide.
Les quelques performances d’acteurs plutôt convaincantes ne viennent pas sauver ces différents visages aussi clichés qu’ils ne semblent aller nulle part. Cette absence d’enjeux évolutifs fait stagner le long-métrage qui finit fatalement par ennuyer.

« Un mélo mielleux pas détestable, mais constellé de facilités et d’erreurs d’écriture plus affligeantes les unes que les autres. »

La nouvelle réalisation de Saul Dibb est tout à fait regardable mais manque de tout ce qui aurait pu lui donner un semblant d’intérêt : on ne voit que très rarement une vision étrangère de la France sous l’occupation, et SUITE FRANÇAISE aurait pu apporter un point de vue neuf, si ce n’est révisionniste, de cette période très controversée – tabou ? – de l’histoire. Se retrouver alors face à un mélo mielleux pas détestable mais constellé de facilités et d’erreurs d’écriture plus affligeantes les unes que les autres est en soit une belle déception. Ringard.

KamaradeFifien

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

INFORMATIONS

Affiche du film SUITE FRANÇAISE


Réalisation : Saul Dibb
Scénario :  , Saul Dibb, d’après Irène Némirovsky
Acteurs principaux : , , , , , Lambert Wilson
Pays d’origine : Royaume-Uni, France, Belgique
Sortie : 1er avril 2015
Durée : 1h47min
Distributeur : UGC Distribution
Synopsis : Été 1940. France. Dans l’attente de nouvelles de son mari prisonnier de guerre, Lucile Angellier mène une existence soumise sous l’oeil inquisiteur de sa belle-mère. L’arrivée de l’armée allemande dans leur village contraint les deux femmes à loger chez elles le lieutenant Bruno von Falk. Lucile tente de l’éviter mais ne peut bientôt plus ignorer l’attirance qu’elle éprouve pour l’officier…

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