Affiche du film SUR LES PLANCHES

Tanger – Aujourd’hui, quatre jeunes femmes de vingt ans travaillent pour survivre le jour et vivent la nuit. Toutes quatre ouvrières, elles sont réparties en deux castes : les textiles et les crevettes. Leur obsession : bouger. « On est là » disent-elles. De l’aube à la nuit la cadence est effrénée, elles traversent la ville. Temps, espace et sommeil sont rares. Petites bricoleuses de l’urgence qui travaillent les hommes et les maisons vides. Ainsi va la course folle de Badia, Imane, Asma et Nawal…

Note de l’Auteur

[rating:6/10]

Date de sortie : 1 février 2012
Réalisé par
Film français, marocain, allemand
Avec , , ,
Durée : 1h46min
Titre original :
Bande-Annonce :

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Le film s’ouvre sur l’arrestation de Badia, petite délinquante tangéroise. La caméra plonge dans les tréfonds d’un immeuble, colle aux visages et aux corps, entraînant le spectateur dans sa course effrénée.
Sitôt la jeune femme menottée, la porte du camion policier se referme et l’histoire nous ramène plusieurs mois en arrière.
Badia et sa copine Ismal travaillent dans une usine de décorticage de crevettes. Elles ne tarderont pas à rencontrer Asma et Nawal, jeunes ouvrières dans le secteur textile. Ensemble, elles vont faire les quatre cent coups. Et nous d’escalader, de dévaler les sentiers de la criminalité à leur suite.

Filmé à la manière d’un polar, Sur la Planche ne réserve pourtant pas de surprises quant à l’issue du récit puisque nous savons leurs aventures perdues d’avance. Toutefois, il y a un entêtement, chez la réalisatrice comme chez l’actrice principale, à continuer d’avancer dans l’urgence comme si quelque chose d’important allait se produire.
La frénésie des images correspond à celle de Badia qui ne cesse d’arpenter la ville et de scander un discours de la résistance, de la survie et de l’honneur : « Je ne vole pas : je me rembourse. Je ne cambriole pas : je récupère. Je ne trafique pas : je commerce. Je ne me prostitue pas : je m’invite. » dit-elle.

Photo (1) du film SUR LES PLANCHES

[pullquote]Exaltant pour son anticonformisme, mais quelque peu aride pour sa rigueur conceptuelle, Sur la Planche n’en reste pas moins une sonde vibrante au cœur du monde arabe contemporain.[/pullquote] Leïla Kilani semble vouloir nous parler de l’obstination brute comme d’une philosophie de vie, celle qui permettrait aux individus de ne pas se laisser broyer par le sort que leur imposerait la mondialisation capitaliste.
Cependant, la détermination de Badia a beau être intense, elle n’en reste pas moins linéaire. Privé de suspense, le film ne se savoure pas à la manière d’un polar. Et, même si les décors ont le mérite de nous propulser dans un cadre dépaysant, pour qui ne connaîtrait pas la technopole de Tanger, ils ne suffisent pas à maintenir notre attention à flot.
Le personnage de Badia est fascinant pour sa rage mais aussi, pour la figure féminine qu’il véhicule. Déracinée, indépendante et désexualisée, Badia se méfie sans cesse de celles et ceux qui l’entourent, elle ne se laisse jamais aller aux confidences. Son existence se déroule, rude et chaotique, dans une tension perpétuelle. On aimerait que cette jeune femme à la personnalité extrême dévoile un peu plus ses failles…

Qu’il s’agisse de l’histoire, de l’ambiance ou des personnages, Sur la Planche offre donc peu de variations. Si Leïla Kilani semble s’être refusée au suspense et à la fiction, ainsi qu’à tout discours politique ou regard subjectif sur la situation, si elle a choisi d’évincer le registre compassionnel, c’est bien qu’elle ne cherche pas à prendre parti mais plutôt à s’effacer totalement pour mieux laisser surgir le réel dans sa crudité la plus stricte.
Exaltant pour son anticonformisme, mais quelque peu aride pour sa rigueur conceptuelle, Sur la Planche n’en reste pas moins une sonde vibrante au cœur du monde arabe contemporain.

Photo (2) du film SUR LES PLANCHES