« Que feriez-vous si… ? », on peut tous imaginer ce genre de choix cornélien qui nous anime et, souvent, nous divertit. On s’amuse souvent à poser ce genre question problématique à quelqu’un, imaginant une situation improbable, dans l’objectif de poser une colle à la personne censée répondre. Si vous aimez ce genre de question impossible, alors TALLULAH en a une bonne pour vous : que feriez-vous si vous deviez aider le bébé d’une mère trop négligente ?

Après quelques temps d’absence, revient dans la peau de , jeune fille en marge de la société qui vit dans son van et refuse de se poser. Le jour où son copain la quitte et prend le peu d’argent qui lui restait, elle se met à la recherche de ce dernier et se retrouve dans un hôtel en plein centre de New-York, où elle tombe sur un bébé et sa mère trop saoule () pour pouvoir s’en occuper. Elle décide, sur un coup de tête, d’arracher le bébé de cette mère négligente et décide de le faire passer pour le sien. Prise au dépourvue, elle finit par se tourner vers la mère de son ex-copain () qui, croyant rencontrer son petit-enfant, accepte d’accueillir et d’aider Tallulah.

Avec une connexion déjà établie dans Juno, Ellen Page et Allison Janney retrouve une fois de plus les rôles de mère/fille. La relation entre les deux femmes a été conservée et cela se ressent : elles sont à l’aise l’une avec l’autre, et on retrouve cette même dynamique qui avait apporté à Juno tant de richesse. Ellen Page revient dans des traits de caractères de post-adolescente dont l’humour semble constamment cacher un malaise interne et Allison Janney avec son instinct maternel rassurant et apaisant. Seulement, ici, le ton est beaucoup plus grave et sombre. Une certaine tension règne entre les deux personnages durant toute la durée du film, qui doivent apprendre à se connaître, se comprendre et s’accepter en très peu de temps.

Photo du film TALLULAH

De l’autre côté, on retrouve Tammy Blanchard dans le rôle d’une mère dont l’alcool et l’approbation masculine semble être une plus grande préoccupation pour elle au détriment du bien-être de son bébé d’un an. On la retrouve dans cette chambre d’hôtel en mode « autodestruction maximale » et dont la santé mentale serait véritablement à remettre en question. Mais voilà qu’elle réalise que son enfant a été kidnappé, et le peu de maternité qu’elle avait en elle se réveille. On découvre un personnage complètement perdu dans sa déchéance, réalisant qu’elle vient de commettre la plus grosse erreur de sa vie et s’accrochant comme elle peut à ce peu de maternité pour retrouver son enfant sain et sauf.

«  savait quels personnages elle voulait voir et a su intelligemment et avec beaucoup d’émotions guider chacun des acteurs pour en tirer le meilleur. »

TALLULAH gravite autour de ces trois femmes qui doivent, chacune à leur tour, mettre en œuvre leurs instincts maternels. Tallulah n’avait comme objectif que de sauver ce bébé des griffes de sa mère désintéressée, mais se retrouve à rapidement s’attacher à ce bébé et finit par se perdre dans son propre mensonge. La fausse vie de famille qu’elle mène avec la mère de son ex lui convient parfaitement bien, et le déni s’installe plus rapidement que prévu. On est ici dans le genre du drame. Pourtant, Ellen Page sera, une fois de plus, celle qui apportera les quelques notes humoristiques qui permettent d’alléger l’ambiance du film. Défi qui n’est pas à la portée de tout le monde, Page réussit tout de même à être dans la retenue pour ne pas surjouer son personnage excentrique et ne pas surfaire les notes dramatiques et humoristiques que son personnage est sensé apporter.

Photo du film TALLULAH

Sian Heder, réalisatrice et scénariste du film, savait quels personnages elle voulait voir et a su intelligemment et avec beaucoup d’émotions guider chacun des acteurs pour en tirer le meilleur. Les trois femmes principales de son film sont, chacune à leur manière, légèrement ou très brisées. Mais l’écriture leur laisse tout de même la place pour qu’elles puissent s’exprimer et expliquer les sources de leur malheur. Rien n’est laissé au hasard par la réalisatrice, ce qui permet d’apporter à ces trois portraits de femme une grande dose d’humanité et de réalisme.

Malgré tout, Sian Heder n’en est qu’à ses débuts, et cela se ressent à travers quelques petites failles (notamment concernant les motivations des personnages) qui sont pourtant sans conséquence sur le reste et sur la qualité du film. Pour une première, on peut dire que Heder réussit brillamment son pari, avec un film riche en émotions, une excellente réflexion sur la maternité, et qui aura l’audace de nous poser une colle dès ses premiers instants.

Kieran Sparks
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