De retour de l’une de ses missions de coursier galactique, Samuel Curtis rejoint son saloon favori, quand son ancien associé, Blueberry Pirate, lui propose une nouvelle mission : apporter une femme miniature à l’Homme-Qui-Un-Jour-A-Vu-Des-Seins, leader d’une colonie minière perdue sur une astéroïde. En échange de sa livraison, il recevra un jeune éphèbe, qu’il devra emporter chez les Vénusiennes. Mais l’aventure se complique car le Professeur Hess, un psychopathe à la gachette facile, le poursuit…

Note de l’Auteur

[rating:10/10]

Date de sortie : 12 octobre 2001 (USA)
Réalisé par
Film Américain
Avec Cory McAbee, , , ,
Durée : 1h34min
Titre original :
Bande-Annonce :

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S’il sort en 2001, la légende raconte que les prémices de l’écriture de The American Astronaut remontent au début des années 90, au moment où le futur réalisateur Cory McAbee se retrouve à la tête du , groupe musical aux ambitions artistiques sans limites. Pour ou à cause de ce groupe, il passe derrière le stylo, le compte en banque et la caméra afin de créer un film à la fois roots et perfectionniste, rétro et futuriste. Et, comme si ça ne suffisait pas, il se tire les cheveux en arrière, se laisse pousser les pattes et prends des poses de dur pour endosser le tôle principal. Un très bon choix, qu’il soit motivé par l’ego ou non : à l’écran on le voit chanter, danser, rire, chier et il garde la classe en toutes circonstances. Jamais pris au dépourvu, jamais tout à fait sérieux, mi- mi-Han Solo, il est LE space-cowboy dans toute sa splendeur.
Il est Samuel Curtis, un baroudeur spatial qui compte échanger un chat contre une femme, la femme contre un adolescent, l’adolescent contre un cadavre et le cadavre contre un gros magot. Un plan génial, que lui a refilé un pirate en échange de sa participation à un concours de danse dans un saloon. Dans ce saloon, il aura entre-temps été harcelé aux chiottes et aura eu du supporter des blagues douteuses de la part d’un pilier de bar, mais c’est une autre histoire.

Le film avait pour accroche promotionnelle « Space is a lonely town ». Une formule intéressante qui résume assez bien l’impression paradoxale qu’on a en matant toutes ces scènes incongrues, à savoir que l’infinité de l’espace condense à l’extrême les lieux qui s’y trouvent peuplés : un débit de boisson paumé sur un astéroïde, une grange au milieu du vide, des mineurs qui vivent entre hommes sur Jupiter, des femmes qui se reproduisent entre elles sur Vénus et Curtis qui voyage d’un lieu à l’autre, grain de poussière flottant dans le néant.
Le sentiment d’isolation est d’autant plus important que dans l’univers il n’y a pas de lumière, une caractéristique soulignée par le traitement de l’image, un noir et blanc somptueux aux contrastes tranchants qui atteint son apogée dans une scène d’ombres chinoises d’anthologie. Ici les ténèbres sont étouffantes, presque agressives, elles semblent être constamment en train d’étrangler les personnages et de ronger les décors ; les ombres font plusieurs fois la taille des hommes et les rayons lumineux des lampes torche qui tranchent l’obscurité semblent dérisoires par rapport à l’ampleur de la tâche à accomplir.
On tient là la preuve, s’il en fallait une, qu’une utilisation intelligente de la cinématographie peut pallier à la plupart des failles budgétaires, voire permettre de les surpasser.

Car il faut bien admettre que si son budget s’élève à plus d’un million de dollars, le film a une vraie esthétique de production ultra fauchée bricolée avec des bouts de ficelles : décors minimalistes, vues de l’espace faites à la peinture (oui, oui), absence quasi-totale d’accessoires ou de costumes particuliers…
On a l’impression que l’équipe a été se fournir dans une décharge et, pourtant, il est impossible de nier, pour celui qui sait que le cinéma n’est pas qu’une question d’argent et d’effets spéciaux, que cet aspect contribue énormément à faire en sorte qu’on tombe aussi facilement amoureux du film. D’autant que le tout est saupoudré d’une bande-son qui ne dépareille pas : intégrée à l’histoire (quand les personnages chantent) ou surimposée, le rock crade à la production épaisse du The Billy Nayer Show est omniprésente, fait voler la poussière et trembler les murs chaque fois qu’il résonne.
Et plus le film avance plus on est convaincus que, si les cowboys avaient eu des guitares électriques, c’est bien cette musique-là qu’ils auraient joué.

Space-western-musical-fauché-en-noir-et-blanc, bourré de scènes mythiques et de personnages aux gueules et attitudes inoubliables (mention spéciale au professeur psychopathe), The American Astronaut est, évidemment, un film culte, aussi culte qu’il est injustement méconnu. Et en attendant que justice soit faite et qu’il soit projeté quelque part chez nous, il ne reste plus qu’à prendre notre mal en patience et à se passer le mot entre initiés.