Il se dégage un sentiment d’étrangeté, de flou, à la sortie de , le premier long métrage du réalisateur . En effet, à la vision de l’œuvre, émerge à la fois une impression de déjà-vu (des personnages new-yorkais qui se posent des questions existentielles) et en même temps, apparaît une originalité qui nous laisse assez perplexe quant à la catégorisation de l’œuvre.

Au premier abord, THE MEND s’inscrit ainsi clairement dans la veine du cinéma new-yorkais indépendant, caractérisé par une économie de moyens (ici, un quasi huis clos dans un appartement qui est d’ailleurs celui du réalisateur) et un récit tragi-comique qui tourne autour d’individus en réflexion (ici, deux frères que tout oppose). Mais en même temps, les personnages, Mat un vagabond trentenaire et Alan, son petit frère qui mène une vie bien rangée, ne prennent jamais les voies toutes tracées de ce genre de tragi-comédies. Les protagonistes n’évoluent pas vraiment et les dialogues sont à l’économie. Leurs problèmes existentiels se traduisent plutôt en actions, des actions qui sont imprévisibles et qui mènent alors le film vers une sorte d’absurde. Cette singularité de l’œuvre (elle s’inscrit clairement dans un genre pour mieux s’en détacher) est des plus brillantes mais il est difficile, du fait de l’incohérence de certaines situations, de s’attacher aux personnages et à l’intrigue. Le mélange des genres ainsi créé ne prend pas et l’ennui pointe rapidement pour qui n’est pas adepte de ces films quelque peu extravagants. De plus, le réalisateur marque trop sa différence, son envie de se détacher des grandes tragi-comédies new-yorkaises, d’un Woody Allen par exemple, ce qui rend l’œuvre un peu agaçante.

Photo du film THE MEND

© VisioSfeir

La mise en scène est cependant des plus intéressantes puisqu’elle accompagne intelligemment son sujet en provoquant un même sentiment de trouble. Le huis clos implique en effet une certaine théâtralité notamment dans les scènes d’émotions intenses, mais, en même temps, un indéniable sens du cadre et de la lumière l’en détache. De plus, chaque séquence se termine par un fondu au noir très marqué qui figure le cinéma des premiers temps. Dans ce même ordre d’idées, une musique omniprésente suit les personnages à chaque instant évoquant les mélodies qui accompagnaient les films muets. Des figures stylistiques passées donc, qui détonent avec le sujet très contemporain de l’œuvre. Ainsi, la mise en scène se veut à la fois théâtrale et cinématographique, dépassée et moderne, une confusion qui installe une impression de bizarrerie analogue à son récit.

« THE MEND séduit, de par l’indéniable qualité de sa mise en scène, mais nous laisse à distance de l’intrigue et de ses personnages. »

La musique en elle-même contribue d’ailleurs à la création de cette étrange atmosphère. En effet, c’est une musique classique composée de violons grinçants, produisant une ambiance angoissante, un sentiment que quelque chose ne tourne pas rond. En cela, on peut penser à Queen of Earth qui utilisait ce même procédé pour construire un climat d’inquiétude. Queen of Earth était cependant plus réussie, une grande profondeur psychologique dessinant les héros, qui est malheureusement absente dans THE MEND. Il est plaisant que les personnages se laissent entrevoir par des actes plutôt que des discours mais dans le cas présent, on ne comprend pas où le réalisateur veut en venir. Il est, de ce fait, difficile de dégager le véritable propos du film, si ce n’est une critique des apparences, du vernis qui entoure les vies urbaines, en surface très lisses, mais qui cachent la même folie que les plus marginaux. On peut aussi y voir une réflexion sur la difficile connaissance de soi et la complexité des relations qui en découle (The mend veut littéralement dire ‘’en voie de guérison’’).
Ainsi, THE MEND séduit, de par, l’indéniable qualité de sa mise en scène mais nous laisse à distance de l’intrigue et de ses personnages.

INFORMATIONS

Affiche du film THE MEND


Titre original : The Mend
Réalisation :
John Magary
Scénario :
John Magary, et
Acteurs principaux :
, et
Pays d’origine :
USA
Sortie :
4 novembre 2015
Durée :
1h51
Distributeur :
VisioSfeir
Synopsis :
Mat, vagabond trentenaire survolté, retrouve son petit frère, Alan. Alors que ce dernier mène une vie de couple paisible, son aîné profite d’un voyage romantique pour s’installer dans son appartement pendant son absence, accompagné par sa conquête du moment. Au retour d’Alan, le chaos règne et sa stabilité vole en éclats.

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