THE RAID premier du nom, c’était un énorme coup de tatane dans notre gueule. Un film qui déboul(on)ait à 300 à l’heure, et enchaînait avec furie les moments de bravoure, sans se soucier d’une quelconque rigueur scénaristique, sans ambition esthétique particulière, sans véritablement chercher à donner de la psychologie à ses personnages. C’était donc un film ultra kiffant dénué de réflexion autre que celle de l’usage et la représentation de la violence, réservé aux fans de testostérone asiatique, exprimée à travers l’art martial singulier, car rapide, bourrin et représenté sans concession, du Penchak Silat (Pencak Silat en indonésien). Un film dans lequel le nombre de morts violentes ferait passer Robocop (Verhoeven) ou Matrix pour des dessins animés, type Dora l’Exploratrice.

THE RAID 2 reprend là ou s’était arrêté le premier film, et prolonge l’agonie du flic surhumain Rama. Celui ci doit maintenant s’infiltrer dans une mafia indonésienne, la détruire par l’intérieur, mais légalement, en prouvant matériellement son implication dans les réseaux criminels. Mais ça, c’était avant que cette mafia n’entre en guerre avec une autre.
Un scénario qui n’est pas sans rappeler celui des Infiltrés, (et par extension, Infernal Affairs), de Donnie Brasco, des films de la période chinoise de John Woo et de bien d’autres encore…

Car THE RAID 2, et c’est son premier écueil, tente de se donner une vraie crédibilité scénaristique. Le film calque ses illustres aînés et inspirations, en termes d’ambitions. Si cela est louable, malheureusement,  n’est pas Scorsese.
Son talent réside plus dans la mise en scène de chorégraphies et dans le kif que celles-ci procurent, que dans la narration, ou la retranscription d’une vraie ambiance de polar.
Souvent dans THE RAID 2, on se sent confus, on se demande ce qu’on fait là, à regarder un film qui se prend bien trop au sérieux et essaie, sans la transcender, de nous faire accrocher à une histoire mille fois déjà vue.
Une histoire dont on prévoit les rebondissements longtemps à l’avance, qui ne convainc pas… Une paradoxale volonté de qualité qui nuit bien plus au film qu’elle ne l’accompagne.

© Merantau Films E

THE RAID 2, à l’inverse de son prédécesseurcherche trop la complexité narrative et oublie de donner un vécu à ses personnages, de créer l’empathie. Certains paraissent donc inutiles, d’autres, hors sujet. Notamment ces « boss », qui ne sont jamais vraiment introduits et semblent présents uniquement pour rajouter gratuitement, un aspect manga et un plaisir immédiat, lors de leurs violentes interactions martiales. Un constat qui s’applique de manière plus générale, à la violence dans le film.
Seule l’ambition formelle permet, un temps, d’occulter la tournure ambitieuse qui dessert THE RAID 2 par rapport à THE RAID premier du nom.

La deuxième tare du film se nomme Iko Uwaïs… L’acteur, s’il est véritablement surhumain lorsqu’il s’agit de latter des tronches, ne possède par ailleurs aucun charisme. Loin mais alors très loin d’un Bruce Lee, il ne nous convainc jamais de sa dangerosité autrement que lorsqu’on le voit enfin démonter des mecs, et à l’inverse du premier film, l’enchaînement de ces moments est trop saccadé. Donc on passe beaucoup de temps à se moquer de son air éberlué, de son incapacité à comprendre les enjeux de son personnage, ou du film.
Bon, j’espère tout de même qu’il ne lira jamais ces lignes. J’aimerais pas trop me faire étaler par ce mec.

THE RAID 2 souffre d’une ambition trop lourde qui dilue le simple plaisir d’observer des mecs s’étriper gratuitement”

Le point fort du film repose entre ces deux aspects négatifs, et consiste en la recherche constante de cette géniale idée de mise en scène qui renouvellerait l’intérêt des scènes d’action.
Ici, c’est une baston/gunfight/takedowns sur autoroute, filmée de l’intérieur des voitures.
Là, c’est un homérique plan séquence d’une brawl immense dans la boue, entre prisonniers et matons.
Ou encore ces [3. 2. 1. FIGHT] avec des boss bien vicieux et retords.
Les scènes d’actions sont présentes et géniales, car mettant souvent en avant la rapidité du fameux art martial Penchak Silat, avec une fluidité, un sens du cadrage et du découpage exemplaires. 
La variété de ces moments est ce qui évite de justesse au film de paraître répétitif et ennuyeux. En gros, un peu comme dans le premier film, THE RAID 2 adopte une mise en scène vidéoludique, mélange de G.T.A. (un personnage sous-fifre effectue des missions à droite-à gauche puis évolue hiérarchiquement avant d’assister à la chute de tous) et de kif déjanté et décomplexé à la No More Heroes (successions de BOSS, nombre élevé de victimes, variété et originalité des « combos »).
Une logique qui à son revers, lorsque l’on constate la linéarité et la prévisibilité des affrontements, ou la longueur proéminente de certaines scènes. Normal : certains combats (Boss) sont plus difficiles que d’autres.
La qualité des combats – et des gunfights, est donc toujours présente, mais diluée dans un scénario trop sérieux et ramifié pour passionner.

Au final, THE RAID 2 souffre d’une ambition trop lourde qui dilue le simple plaisir d’observer des mecs s’étriper gratuitement.
En cherchant à tout prix la justification, formelle ou scénaristique, il perd son spectateur et par là, sa raison d’être.

CASTING
Titre original :
Réalisation : Gareth Evans
Scénario : Gareth Evans
Acteurs principaux : , ,
Pays d’origine : Indonésie
Sortie : 23 juillet 2014
Durée : 2h30min
Distributeur :
Synopsis :Après un combat sans merci pour s’extirper d’un immeuble rempli de criminels et de fous furieux, laissant derrière lui des monceaux de cadavres de policiers et de dangereux truands, Rama, jeune flic de Jakarta, pensait retrouver une vie normale, avec sa femme et son tout jeune fils…. Mais il se trompait. On lui impose en effet une nouvelle mission : Rama devra infiltrer le syndicat du crime, où coexistent dans une sorte de statu quo mafia indonésienne et yakusas. Sous l’identité de « Yuda », un tueur sans pitié, il se laisse jeter en prison afin d’y gagner la confiance d’Uco, le fils d’un magnat du crime indonésien – son ticket d’entrée pour intégrer l’organisation. Sur fond de guerre des gangs, il risquera sa vie dans un dangereux jeu de rôle destiné à porter un coup fatal à l’empire du crime.