Il y a quelque chose de quasiment inévitable avec les films catastrophes : leur immémoriale structure scénaristique.
C’est simple : la catastrophe illustre la fissure existant au cœur d’une sphère familiale lambda, et servira à rapprocher dans l’épreuve physique ceux qui ont été émotionnellement séparés.
En gros : se reconstruire dans la destruction (plus ou moins massive) du quotidien environnant.

Ce constat n’est pas une critique : en tant qu' »enfants de Spielberg« , c’est pour nous la meilleure façon de connecter un drame d’ampleur globale à cette proximité nécessaire à l’identification. Cela dit, question de moyens, l’ambition d’un petit film norvégien comme THE WAVE est tout à fait différente de celle d’un blockbuster hollywoodien, bien que construit sur des bases similaires.

Par exemple, dans un film comme San Andreas mettant en scène le fameux « Big One » (ce tremblement de terre fantasmagorique menaçant de détruire toute la côte ouest des États-Unis), la portée divertissante provenait non pas de développements émotionnels ou d’une quelconque réflexion, mais de cet absurde héroïsme face à des catastrophes de plus en plus démesurées… Provoquant dans l’ensemble un plaisir primaire face à un spectacle de l’extrême complètement décérébré.

À l’inverse, on pense à The Impossible, qui se déroulait durant le tsunami de Thaïlande en 2002. Si l’on pouvait aisément lui reprocher son insupportable conclusion, versant assez gratuitement dans l’exubérance émotionnelle, ce qui y était intéressant était cette fameuse sensibilité espagnole (le film est réalisé par Juan Antonio Bayona) vis-à-vis du drame familial. Dans celui-ci, point d’héroïsme : les épreuves que subissaient les protagonistes, tantôt viscérales, tantôt sociales, mettaient en perspective l’égoïsme des deux parents au sein de leur propre famille (et par extension, l’altruisme des enfants), ce qui menait in fine à leur rapprochement commun : les uns dans un « passage à l’age adulte », les autres dans la redécouverte de valeurs plus humanistes que capitalistes.

THE WAVE quant à lui, propose un pur divertissement sans sous-texte et très cliché. Toutefois, il possède une sensibilité particulière lui permettant de trouver sa propre personnalité. Non pas une sensibilité d’auteur, mais plutôt une façon « réaliste » d’aborder le divertissement, via une très longue exposition des personnages contrastée par un climax central laissant son empreinte sur le reste du récit. Sensibilité que nous nous risquerons à qualifier de norvégienne, l’ayant rencontrée dans d’autres films, comme TrollHunters, ou Rare Exports.

Déjà, en termes de mise en scène.
Dès l’introduction, nous est « présentée » l’histoire qui suivra par des images d’archives relatant d’autres catastrophes similaires ayant eu lieu par le passé. Puis, le film s’attachera à maintenir ce ton informatif via une description anti-spectaculaire de la routine des personnages. Par le détail, plus ou moins insignifiant, affectif ou professionnel, mais toujours en faveur d’une certaine empathie. En marge, le réalisateur capte de façon assez brute l’aspect scientifique entourant la catastrophe (avant de le vulgariser, bien évidemment). Cela cumulé à l’immersive caméra à l’épaule ainsi qu’à une gestion du rythme très patiente mais atmosphérique, cela confère à THE WAVE une sorte de « cachet-réalité », un ton documentaire assez intéressant.

« Reposant sur des clichés et de grosses ficelles scénaristiques, ressort malgré tout comme singulier. Au final, il est un pur divertissement estival sans conséquences. »

Paradoxalement, le cliché est ce qui définit les personnages de cette sphère familiale mise en péril par la catastrophe, ainsi que leurs interactions – entre eux, avec les autres. C’est également ce cliché qui est à la base des différents ressorts narratifs et scénaristiques. Si d’un coté cela permet l’identification/attachement à des protagonistes assez lambda mais solidement construits et interprétés avec conviction, de l’autre l’histoire avance trop souvent par ces dialogues, actions et réactions n’ayant aucune logique autre que celle de l’avancée scénaristique, choses qui desservent sensiblement l’aspect réaliste du film. C’est un peu dommage, mais il faut reconnaître que cela créée artificiellement une certaine dynamique, empêchant le film de tomber dans l’ennui, notamment durant sa très longue exposition.

THE WAVE mise donc durant ses 40 premières minutes, sur l’empathie et l’ambiance plutôt que sur le spectacle. Puis, le film génère une intensité progressive durant son (inévitable) phase d’alerte, avant d’en arriver au fameux climax : « l’attaque de la vague ».
Aussi courte qu’intense, cette scène renvoie au cinéma de Spielberg et à sa façon de gérer l’ampleur visuelle d’une menace, sa gestion du timing et de l’ « in extremis »; la vision dantesque de cette immense vague se rapprochant inexorablement des personnages auxquels nous nous sommes attachés, voilà une vision de cinéma qui, même si elle a été exploitée maintes fois, fonctionne toujours lorsqu’elle est intelligemment provoquée – ce qui est le cas ici.

LaK9odm

Par manque de moyens on imagine, les scènes succédant à l’apocalypse ne seront pas des visions d’ensemble du désastre, mais la perception assez restreinte qu’auront les protagonistes de leur environnement familier, réduit en débris ; une vision « intime » de l’apocalypse donc, rappelant La Guerre des Mondes, lorsque Ray et ses enfants découvrent leur banlieue ravagée par le crash d’un avion.

D’ailleurs, il s’agira dans THE WAVE comme dans le Spielberg, de survivre au cataclysme et à ses retombées, plutôt qu’à faire preuve d’un quelconque héroïsme. Le temps deviendra vite l’autre antagoniste du film, générant un étouffant climat de tension. Le danger se fait plus persistant, contaminant les réactions humaines. Les scènes post-climax sont ainsi encore plus dures, imprévisibles, et angoissantes que le climax lui-même ! (SPOILERS:[spoiler mode= »inline »]la fouille du bus pris dans la vague, la panique de Phillip[/spoiler]).

Malgré tout le manque flagrant d’originalité, de subtilité ou de crédibilité des situations dans lesquelles (se) seront placés les personnages viendra sensiblement ternir le plaisir prodigué par le film.

Photo du film THE WAVE

Au final, THE WAVE se construit tant bien que mal autour de sa péripétie éponyme, en reprenant énormément d’éléments déjà tant vus dans le cinéma de genre catastrophe… Pourtant, il les assemble et les met en image avec juste ce qu’il faut de singularité : une mise en scène au style docu, un rythme extrêmement patient mais Ô combien pertinent, un climax dont l’intensité contraste adéquatement cette patience, une tension diffuse lors de scènes post-apocalyptiques à l’imprévisible âpreté, etc.
En résulte un film qui remplit malgré tout, son rôle de divertissement estival sans conséquences.

Georgeslechameau
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