Avec son premier long-métrage, The Young Lady, William Oldroyd réalise un film d’époque sobre et passionnant dans lequel une femme devient la criminelle engendrée par la société.

Issus du monde du théâtre, le réalisateur William Oldroyd et la scénariste Alice Birch se lancent dans leur premier long-métrage avec THE YOUNG LADY (Lady Macbeth, son titre original). Un film d’époque captivant qui met au premier plan un être monstrueux, une jeune femme délaissant un statut de victime pour enfiler la robe d’une tueuse sociopathe. Terrifiante, mais pas exempte d’une pointe d’humour, cette adaptation de la nouvelle de Nikolaï Leskov (1831-1895), La Lady Macbeth du district de Mtsensk, plonge dans l’Angleterre victorienne (à la place de la Russie de la nouvelle). Avec un scénario original, de par la caractérisation des personnages et les retournements de situation de l’intrigue, auquel s’ajoute une mise en scène délicate, THE YOUNG LADY surprend au plus haut point.

Le film se déroule en 1865 dans une Angleterre rurale. La très jeune (presque adolescente) Katherine vient d’être mariée à un homme deux fois plus âgé. Immédiatement, l’ambiance froide qui plane laisse supposer un destin tragique pour elle. Seulement THE YOUNG LADY a pour originalité d’inverser les rôles attendus. Pourtant prête à accomplir son « devoir » de femme, à ce que son mariage soit « consommé », Katherine a face à elle un mari qui ne la désire pas. Celui-ci allant, au mieux, se masturber devant son corps nu, de dos. Entre l’humiliation évidente d’un mari désintéressé, et la pression mise par son beau-père qui la tient responsable de cette absence d’activité dans la chambre, Katherine, enfermée à longueur de journée dans un manoir sordide, provoque d’abord une certaine pitié. Seulement William Oldroyd prend garde de ne pas prendre trop directement le parti de ce personnage. Amenant, certes à une affection inévitable, mais en la dotant d’un caractère étrange, une personnalité forte qui n’attend qu’à éclater. Un éclatement qui débutera durant le voyage de son mari. L’occasion pour Katherine de fricoter avec le palefrenier et de découvrir enfin les plaisirs charnels.

« L’atmosphère glaçante de The Young Lady laisse sans voix » Cliquez pour tweeter

Pourtant tourné avec un très petit budget (seulement environ 580.000 Euros), THE YOUNG LADY dispose d’une qualité visuelle indéniable. Par les décors (reconstruction fidèle d’une demeure anglaise du XIXe siècle), ainsi que la photographie faite de tons gris et froids qui contrastent avec le bleu de la robe, et les choix de cadre qui contrebalancent avec l’imagerie habituelle du genre – à mille lieux des adaptations les plus connues de Jane Austen par exemple. William Oldroyd plaçant toujours sa caméra avec justesse, jouant à merveille sur la symétrie – avec Katherine toujours au centre -, il réduit au minimum les mouvements pour maintenir une atmosphère étouffante. Par sa mise en scène en parfaite adéquation avec le personnage principal, THE YOUNG LADY se révèle passionnant. Une réalisation austère dans laquelle se révèle avec grâce son interprète principale. La jeune Florence Pugh, qui offre une performance de haute volée. Avec ses formes évoquant la jeunesse, son regard sombre presque hautain, et une certaine ironie dans son jeu, la comédienne dévore littéralement le cadre. Elle donne ainsi au personnage une force et une maîtrise autant physiques que psychologiques, et l’emmène délicatement vers une inquiétante folie. Car de femme, Katherine deviendra tueuse, dès lors que sera découverte (évidemment) leur relation. C’est à cet instant que le personnage devient réellement fascinant. Car il apparaît résolument actif, capable de dominer toutes les situations et de duper ceux qui l’entourent – son mari, son beau-père, le palefrenier, les domestiques, les médecins…

Ne supportant plus l’oppression subie, désireuse d’une liberté assez simple – comme d’aller marcher sur les plaines, magnifiques décors naturels – elle assassinera ou manipulera sans le moindre remords tous ceux pouvant se mettre en travers de son chemin. Des actes condamnables que le réalisateur prend garde de ne pas rendre acceptables. Son but étant simplement de présenter avec détachement l’évolution d’un personnage et l’engrenage qui amène à la formation d’une monstruosité, tout en dénonçant une société patriarcale pouvant engendrer ses monstres. Le ressenti devient alors bien particulier devant THE YOUNG LADY, car William Oldroyd joue d’une atmosphère glaçante, épurée, sans artifice pour montrer l’horreur de la manière la plus naturelle possible, provoquant souvent un rire nerveux. Notamment lors de cette scène où, confrontée à son sévère beau-père, Katherine l’empoisonne, puis continue à prendre son thé comme si de rien n’était, tandis que se font entendre des cris de détresse devant une servante médusée. Celle-ci, Anne, finissant sans voix jusqu’à la fin du film, au même titre que le spectateur, forcément sous le choc après un dernier retournement aussi merveilleux qu’effrayant.

Pierre Siclier

Votre avis ?

[CRITIQUE] THE YOUNG LADY
Titre original : Lady Macbeth
Réalisation : William Oldroyd
Scénario : Alice Birch
Acteurs principaux : Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton
Date de sortie : 12 avril 2017
Durée : 1h29min
4.0Note finale
Avis des lecteurs 32 Avis