Comme l’expliquait notre rédacteur Tom Jonhson dans sa critique du film, vu à l’occasion du Washington D.C. Film Festival, il y a dans THIS IS NOT A LOVE STORY une forme d’hommage évident au cinéma. Cela passe par les courts-métrages réalisés par les deux lycéens Greg et Earl pour passer le temps. Des pastiches de grands classiques du cinéma, transformés avec les moyens du bord, façon carton-pâte, pouvant rappeler un imaginaire à la Michel Gondry. Apocalypse Now de Coppola devenant A Box O’Lips, Wow, Eyes Wide Shut de Kubrick transformé en Eyes Wide Butt ou encore Les 400 Coups de Truffaut réinventé en The 400 Bros. Le réalisateur Alfonso Gomez-Rejon réutilise même des éléments issus de ce cinéma qu’il s’approprie pour son film. Des décors et accessoires, à l’excellente musique composée par Brian Eno qui y inclut des thèmes reconnaissables d’œuvres antérieures – thème principal de Pour une poignée de dollars composé par Ennio Morricone, ou l’un des thèmes composé par Bernard Hermann pour Sueurs froides.

Cependant, derrière tous ces clins d’œil au cinéma, en guise d’hommages ou simplement pour se faire plaisir, il y a avant tout avec THIS IS NOT A LOVE STORY un beau film capable de varier les genres. Prenant au mot le terme de comédie-dramatique, THIS IS NOT A LOVE STORY alterne constamment entre comédie et drame, alliant ainsi parfaitement les rires et les larmes. Cela grâce à la réalisation sensible d’Alfonso Gomez-Rejon et à l’histoire en elle-même de Jesse Andrews, l’auteur du roman Me and Earl and The Dying Girl, dont est tiré le film, et scénariste de ce dernier. Son histoire, c’est celle de Greg, un lycéen plutôt banal qui cherche à passer ses années de lycée le plus discrètement possible. Son quotidien se voit chamboulé lorsque sa mère le force à reprendre contact avec Rachel, une ancienne amie de maternelle atteinte de leucémie. Loin de l’évidence et des clichés, THIS IS NOT A LOVE STORY aborde ses personnages avec intelligente et honnêteté.

Photo du film THIS IS NOT A LOVE STORY

© Fox Searchlight Pictures

THIS IS NOT A LOVE STORY est une histoire touchante, abordée avec une certaine forme de « réalisme », loin de la superficialité pouvant caractériser des œuvres du même acabit. On aurait pu se diriger vers une sorte de Nos étoiles contraire (Josh Boone, 2014, également tiré d’une œuvre littéraire), plutôt réussi dans son genre. Ce dernier appuyait fortement la part dramatique mais surtout se montrait relativement prévisible dans l’évolution des rapports de ses personnages. Seulement ici, Alfonso Gomez-Rejon se révèle bien plus malin. Il s’amuse même (peut-être trop) avec le spectateur en lui faisant remarquer les codes, la dramaturgie attendue, avant d’aller dans une direction opposée. Alors que Rachel et Greg viennent de se rencontrer, ce dernier s’adresse au spectateur en voix off : « Vous vous dites que nos regards vont se croiser et que nous allons avoir un coup de foudre l’un pour l’autre. Et bien non. Car ce n’est pas une histoire d’amour ». Si ce genre de passage permet au réalisateur de montrer un certain formatage qui accompagne aujourd’hui ce type de film, où l’évolution des relations entre les protagonistes est plutôt jouée d’avance, c’est aussi un moyen pour lui d’insister sur la tournure qu’il veut donner à son film. Entre Greg et Rachel il est question de la naissance d’une amitié. Une amitié forte certes, certainement dotée d’une part d’amour. Simple et complexe à la fois, comme on peut en vivre à cet âge-là. Un âge qu’il représente de la meilleure des façons. Loin des clichés habituels. Au lycée, Greg est un étudiant comme les autres. Il n’a rien de spécial (dans tous les sens du terme). Plutôt discret pour éviter les problèmes mais suffisamment débrouillard pour s’entendre relativement bien avec l’ensemble des élèves. Le réalisateur, et Jesse Andrews évidemment, captent très bien cette période du lycée. Mieux, ils comprennent la psychologie de leur personnage, allant jusqu’à mettre en image les différents ressentis d’un adolescent face à certains événements. Comme lorsqu’un garçon lambda est confronté à la plus jolie fille du lycée. Une de ces filles qui vous brisera le cœur sans même s’en apercevoir, simplement en vous parlant, en vous souriant ou en vous touchant l’épaule. La métaphore, en image, d’un buffle écrasant un écureuil, à chaque fois que Madison (la fameuse plus belle fille du lycée) s’adressera à Greg, est particulièrement bien trouvée et fera office de comique de répétition dont on ne se lasse pas.

« THIS IS NOT A LOVE STORY alterne constamment entre comédie et drame, alliant ainsi parfaitement les rires et les larmes. »

Si le film est avant tout porté par l’humour sarcastique de son personnage principal, ou par l’attendrissement dans les relations entre chaque protagonistes – Greg et Rachel, mais également avec Earl, les parents de Greg ou même avec Monsieur McCarthy, professeur au lycée -, il se dégage surtout un réel travail de mise en scène. En particulier dans la chambre de Rachel, où une grande partie du film se déroulera. Alfonso Gomez-Rejon compose la majorité de son film avec des jeux de plongée et de contre-plongée. Une manière d’inclure constamment le spectateur dans le quotidien et le privé des deux adolescents. Comme si on venait espionner un moment de leur vie, discrètement, de peur de gâcher des moments privilégiés. Ainsi il réfléchit constamment à son cadre et à la composition de ses plans. On comprend là un peu mieux la présence du directeur de la photographie Chung-hoon Chung (Old Boy, Lady Vengeance, Thirst, ceci est mon sang, Stoker), toujours aussi précis, et astucieux ici pour illuminer la chambre de l’adolescente Rachel, dont les forces s’amenuisent au fur et à mesure.

Le réalisateur, bien que souvent virtuose dans ses mouvements et placements de caméra, sait aussi laisser la place à ses personnages et à ses acteurs aux moments opportuns. On pourrait parler de la séquence finale, si superbement déchirante (dont on ne révèlera rien). Mais la scène la plus marquante restera peut-être ce plan séquence immobile dans la chambre de Rachel où les deux amis auront leur plus grosse dispute au sujet de l‘avenir de la jeune fille. Caméra posée dans un coin, positionnée dans une contre-plongée très particulière, captant en premier plan Rachel, assise et figée, et en second plan Greg, évoluant dans le reste de l’espace. Durant cette séquence le réalisateur laisse une liberté entière à ses acteurs qui viennent nous captiver et nous émouvoir par la seule puissance de leur jeu, capables de délivrer autant que susciter des larmes en un instant.

Photo du film THIS IS NOT A LOVE STORY

© Fox Searchlight Pictures

Dans THIS IS NOT A LOVE STORY les deux acteurs se dévoilent littéralement devant le spectateur, ils se mettent à nu pour nous. Thomas Mann, aussi drôle que touchant, est une bonne surprise depuis son passage dans Projet X, film pas inoubliable. Olivia Cooke, dont on connaissait déjà les talents avec la série Bates Motel (elle incarne aussi une lycéenne atteinte d’une maladie respiratoire, tube d’oxygène constamment avec elle), se dépasse toujours davantage ici. Crâne rasé, passant d’une jeune fille solaire à un personnage sans vie. Elle nous plonge constamment dans une émotion saisissante. Les interprètes secondaires, RJ Cyler, Nick Offerman, Connie Britton, Jon Bernthal, les accompagnent efficacement et composent ainsi une belle distribution. En tirant le meilleur de l’histoire de Jesse Andrews, Alfonso Gomez-Rejon montre sa capacité à varier les genres, à nous émouvoir quand nécessaire, à nous attrister autant qu’à nous amuser. Un beau film en tout point.

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LES AUTRES AVIS SUR THIS IS NOT A LOVE STORY

[…] THIS IS NOT A LOVE STORY est aussi et avant tout un hommage un peu inhabituel au cinéma. Et pas seulement grâce aux courts-métrages sans prétention des deux réalisateurs en herbe, qui se moquent respectueusement de chefs-d’œuvre du Septième Art. L’abondance de détails cinéphiles est en vérité assez surprenante : un père sociologue fan de Werner Herzog, une boutique de films artisanale et ses étiquettes manuscrites, un poster des 400 coups de Truffaut accroché au-dessus du lit de Greg, même l’envoûtante et légendaire bande-originale de Sueurs froides, du Bernard Herrmann discrètement placée sur une scène. Quant au film fait pour Rachel, il détient le pouvoir de guérison des blessures. Cette même magie que le réalisateur Alfonso Gomez-Rejon a instillée dans sa véritable œuvre, adaptée par Jesse Andrews d’après son roman éponyme, en forme de témoignage de leurs propres années de lycée, leur psychothérapie par l’image. Le cinéma est ici remède, puissant et magnifique.

« THIS IS NOT A LOVE STORY prouve que la comédie est une partie intégrante de l’art cinématographique. »

Mais THIS IS NOT A LOVE STORY est aussi un manifeste pour ‘la’ comédie (même la plus sérieuse). Les milieux cinéphiles prétentieux et les festivals ont tendance à mépriser ce genre, ou du moins à l’ignorer, lui préférant le drame pur, si tant est bien entendu que comédie et drame soient pris dans leur généralité (chaque comédie est évidemment differente). Même les Oscars, pourtant une historique référence, n’ont jamais été vraiment généreux en ce qui concerne la reconnaissance de rôles dits comiques par exemple, y compris renversants. Il y a eu Helen Hunt en 1997 (Pour le pire et le meilleur) ou Kevin Kline en 1988 (Un poisson nommé Wanda), et pourquoi pas Jean Dujardin et The Artist. J’en veux pour précision révélatrice que THIS IS NOT A LOVE STORY, que j’ai pu voir à l’occasion du Washington D.C. Film Festival, avait été classé par les organisateurs dans la catégorie « The Lighter Side », autrement dit celle des films dits « légers » ou des feel-good movies. Ce n’est pas totalement justifié à mes yeux et la seconde partie du film comporte davantage d’inévitables instants plus graves. THIS IS NOT A LOVE STORY prouve que la comédie est en tout cas une partie intégrante de l’art cinématographique, qu’elle peut tout autant parler de choses sérieuses et aborder des questions qui touchent. […]

Me and Earl and the dying girl (2)

Alors moi j’ai pas du tout aimé pour deux-trois raisons.

Constamment, le film essaye de faire croire qu’il n’est pas ce qu’il est pourtant à 100%: un banal « feel good movie » qui cherche à tirer l’émotion du spectateur à grands renfort d’agressions mélodramatiques hardcores, pour lui donner une paradoxale sensation de bien être.
Le plus malhonnête: lorsque le narrateur relève les soi-disant « grosses ficelles » de l’intrigue en faisant croire qu’elles n’en sont pas – alors qu’elles en sont. Mais voilà, ME AND EARL AND THE DYING GIRL est « indé », donc il doit présenter des personnages et une intrigue « hors du commun », il doit forcément faire preuve d’une certaine liberté artistique, et d’un souhait d’élever culturellement son spectateur. Mouais.

Ce qui m’amène au second point très énervant: son étalage d’un prétendu bagage culturel, qui témoigne en réalité de l’inculture véritable des auteurs ainsi qu’à nouveau, d’un certain manque de sincérité. Je m’explique: citer ouvertement Fellini, Bergman, Scorsese et autres grands réalisateurs serait faire preuve de culture, si l’on percevait derrière ces « hommages » une véritable compréhension/retranscription, de l’essence de ces cinéastes… Au lieu d’un cliché absolument reconnaissable et pas subtil, uniquement destiné à stimuler par son accessibilité. Ce n’est pas cinéphile ou respectueux, C’est opportuniste.
Cela prouve seulement qu’on a suivi des cours de cinéma et/ou qu’on a consulté le top 250 IMDb des œuvres les mieux notées et qu’on n’a retenu que celles qui ont plus de 40 ans.

Pour comparaison, revenons deux secondes à l’une des inspirations véritables (mais JAMAIS RECONNUE) de ce ME AND EARL AND THE DYING GIRL: Michel Gondry, et notamment son Be Kind Rewind.
Malgré ses nombreux défauts, celui-ci avait le mérite de ne pas se la raconter en citant autant Robocop ou Rush Hour, que Kubrick et De Palma. Il proposait pour le coup un vrai geste cinéphile faisant fi du paraître et prouvant un respect total des auteurs envers leurs inspirations, à travers leur parodie. (voir aussi notre déclaration d’amour à Michel Gondry / analyse de ses meilleurs clips)
Ce n’est jamais le cas dans ME AND EARL AND THE DYING GIRL. Il est d’ailleurs absolument malhonnête de se dire inspiré par « les plus grands » mais de calquer, et je dis bien CALQUER presque l’intégralité du film et de ses effets, sur ceux d’un réalisateur bien plus contemporain (donc moins respectable hein ?) : WES ANDERSON.

Seul point positif pour moi, l’écriture… Même si là encore, on sent trop la réflexion purement mathématique derrière sa conception: chercher le cynisme, le contrepoint, l’humour, le décalage derrière chaque dialogue et situation. Admettons tout de même qu’elle donne du rythme au film et s’avère plaisante.

Tout ça aurait pu rester de l’ordre du détail, si les auteurs n’avaient pas construit leur film autour de ces traits précis… Ce qui amène à l’horriblement gênante conclusion du film, ou ces traits ressortent exagérément. On appréciera d’ailleurs particulièrement, l’ironie de :[spoiler mode= »inline »]Faire crever leur personnage féminin à la vision du film qui lui est dédié[/SPOILer] Car ce court-métrage à l’instar du film, n’illustre que le manque de personnalité de son auteur, là où il promettait d’en exprimer dans un but précis et ambitieux: faire croire au spectateur en une réappropriation intelligente de la conscience culturelle collective, comme vecteur d’émotion.

Raté à tous niveaux.

suivre @Georgeslechameau

Photo du film THIS IS NOT A LOVE STORY

© Fox Searchlight Pictures

 

INFORMATIONS

Affiche du film THIS IS NOT A LOVE STORY


+ Critique #2 : THIS IS NOT A LOVE STORY
+ Critique #1 : THIS IS NOT A LOVE STORY
+ Trailer THIS IS NOT A LOVE STORY

Titre original : Me and Earl and The Dying Girl
Réalisation : Alfonso Gomez-Rejon
Scénario : Jesse Andrews (II)
Acteurs principaux : Thomas Mann (II), Olivia Cooke, RJ Cyler
Pays d’origine : U.S.A
Sortie : 18 novembre 2015
Durée : 1h46
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Synopsis : Greg est un lycéen introverti, adepte de l’autodérision, qui compte bien finir son année de Terminale le plus discrètement possible. Il passe la plupart de son temps avec son seul ami, Earl, à refaire ses propres versions de grands films classiques. Mais sa volonté de passer inaperçu est mise à mal lorsque sa mère le force à revoir Rachel, une ancienne amie de maternelle atteinte de leucémie.

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