L’histoire : Piotr, médecin désabusé, quitte tout pour la Sibérie, laissant derrière lui son ami Sacha… La confrontation de deux hommes aux destins opposés dans le seul film en couleurs de Chepitko.

Je parlais à propos de L’Ascension, de langage cinématographique à deux vitesses, de sensorialité. Il y a un peu de ça dans ce TOI ET MOI, réalisé six ans plus tôt. Il y a vraiment ce sentiment d’être totalement perdu, dès les toutes premières minutes. De n’entendre qu’un « bruit » hypnotique auquel on ne comprend rien. Pas à l’intérieur des scènes elle-mêmes, très compréhensibles, mais plutôt à travers les choix narratifs, plus flous. Il m’a ainsi fallu une bonne demie-heure pour comprendre de quoi il s’agissait, pour simplement recomposer la timeline du film, la raison d’être de ces scènes.

C’est peut-être ça, cette fameuse « sensibilité russe » que je cherche désespérément à comprendre : laisser tout pragmatisme de côté pour s’abandonner à une certaine sensorialité. Quoi qu’il en soit, TOI ET MOI m’a immergé par ce dispositif, volontaire ou non, d’organisation labyrinthique. Heureusement, car sinon j’y aurais probablement été insensible.

Photo du film TOI ET MOI

Car TOI ET MOI, loin d’être complexe, est un simple récit d’oppositions évolutives à l’intérieur d’un triangle amoureux. Ainsi, Piotr c’est celui qui rêve d’évasion, et Sacha, celui qui n’ose rien. En montage parallèle, l’ouverture et la fermeture. Dialogue et découverte de l’autre pour Piotr, introspection pour Sacha. Le décor industriel ( horrible et magnifique ) d’une mine portuaire pour l’un, la ville et ses buildings cloisonnés pour l’autre. Entre les deux, Katia. Abandonnée par l’un se retournera vers l’autre ; permettant à chacun d’avancer, par son absence et sa présence. Au cœur du film, il y a un point de basculement ou les conversations, rencontres et découvertes parviennent enfin à toucher les deux hommes, chacun d’une façon assez extrême. La mise en scène de Larissa Chepitko trouve encore une façon de mettre à l’œuvre deux langages cinématographiques très distincts, qui finit par remporter notre adhésion.

« Une fois perçue cette fameuse ‘sensibilité russe’, le film fascine par sa constance qualitative. »

Au final, malgré un postulat assez commun, Larissa Chepitko propose un film chiadé, qui marque discrètement l’imaginaire.

Même si au début on n’arrive pas forcément à les relier, TOI ET MOI est parsemé de moments intenses et magiques. Que ce soit l’intro, un match de hockey, un dialogue dans un café alternant gros plans et distance, une scène de séduction qui vire à la manipulation, un vol en hélicoptère, une guérison fortuite, un show improvisé (ma scène préférée du film), un câlin dans une cuisine… Toutes ces scènes marquent, hypnotisent et fascinent. Il n’y a même pas de déséquilibre de rythme ou émotionnel, malgré l’antagonisme inhérent au propos du film. C’est fort. Puis, techniquement, rien à dire ; TOI ET MOI, au-delà de la réalisation très propre, parvient par moments à distiller une ambiance – tant dans la partie urbaine que « rurale ». Les acteurs (en dehors de la « fille aux yeux » qui donne un peu trop dans l’expressionnisme) sont d’une justesse à couper le souffle. Il y a d’ailleurs une très jolie sensibilité derrière chaque dialogue. Puis il y a ce je ne sais quoi qui ne s’explique pas, mais qui donne un charme singulier au film, et surtout, une âme.

TOI ET MOI a été chroniqué dans le cadre d’une rétrospective Larissa Chepitko proposée par le festival Lumière 2015.

le FESTIVAL LUMIÈRE sur le Blog du Cinéma
MARTIN SCORSESE: Analyse de ses films

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

AKIRA KUROSAWA : les anées Toho

Le Plus dignement (1944)
– Qui marche sur la queue du tigre… (1945$)
– Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
– Un merveilleux dimanche (1947)
– L’Ange ivre (1948)
– Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
– La Forteresse cachée (1958)
– Les Salauds dorment en paix (1960)
– Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
– Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

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la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

larissachepitko

LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

lumiere2014 (2)

INFORMATIONS
Affiche du film TOI ET MOI

Titre original : Ty i ya
Réalisation : Larissa Chepitko
Scénario : Larissa Chepitko, Gennady Chpalikov
Acteurs principaux : Leonid Dyachkov, Yuriy Vizbor, Alla Demidova
Pays d’origine : U.R.S.S.
Sortie: 1971
Durée : 1h51min
Distributeur : –
Synopsis : Sacha est haut fonctionnaire et Piotr, médecin dans une ambassade à l’étranger. Ils travaillaient ensemble, plusieurs années auparavant, et étaient sur le point de faire une grande découverte lorsque Piotr est subitement parti à l’étranger avec sa femme. Après avoir revu Sacha, Piotr abandonne son travail et lui demande de reprendre leurs recherches communes. Mais ce dernier refuse.