TRASHED est un documentaire nous proposant de réfléchir plus ardemment à propos du futur de notre bonne vieille Terre, et plus particulièrement celui qui nous attend si nous continuons à produire autant de déchets.

Ce que l’on peut immédiatement critiquer (et donc évacuer) à propos de TRASHED, c’est sa tendance alarmiste. Le film de Candida Brady est ainsi une succession d’irréfutables preuves comme quoi la Terre va vraiment mal au niveau écologique, pointant du doigt sans aucune nuance, les responsables. Les entreprises et leurs déchets industriels, l’enfouissement de ceux-ci, leur incinération, ou encore les décharges à ciel ouvert non contrôlées… Mais également nous, les responsables indirects. Car l’humain vivant à l’époque du tout jetable/remplaçable, du plastique et du déchet toxique (chacun étant irrémédiablement lié aux autres), est l’acteur premier de sa propre déchéance, de par la société de consommation qu’il a lui même crée, alimentée, et continue à développer malgré la situation plus-que-critique du monde actuel. OK.

Photo de Trashed

Une décharge non contrôlée, en Indonésie

Mais le risque avec ces docus qui comme TRASHED, prennent le parti d’accabler le spectateur pour susciter sa réaction… C’est qu’ils choquent peut-être par leur réalité, mais agressent également le confort de chacun. La réaction attendue peut effectivement être une prise de conscience et de responsabilités, mais elle pourra tout autant être un rejet du message du film, surtout lorsque comme ici, nous sommes confrontés à l’ampleur pharaonique de la tâche !

D’un autre coté… Comment rendre compte de la gravité d’un problème sans l’exposer frontalement ?

Bien que nous soyons plutôt pour le parti d’oeuvres documentaires intégrant leur spectateur dans la démarche de résolution d’un problème (au lieu de simplement le culpabiliser), nous vous engageons tout de même fortement à découvrir le film.

[bctt tweet=”« Un exposé didactique, nécessaire et incroyablement convaincant sur le problème des déchets »” username=”LeBlogDuCinema”]

D’une part parce que TRASHED à le mérite de choisir les bons arguments et de nous les délivrer avec une impressionnante fluidité; il commence ainsi avec plusieurs constats localisés de causes de pollution, avant de nous emmener vers un constat global, n’oubliant pas au passage de nous parler de lieux communs à éviter, ou des dommages humains, géopolitiques et écologiques collatéraux.

Par exemple, TRASHED nous explique le danger de la solution “facile”, l’incinération des déchets… Le problème étant que la combustion libère des particules de dioxine, dangereuses pour l’organisme et surtout impossibles à expulser une fois intégrées. Après avoir présenté son impact sur un environnement végétal et animal (en Islande), le film nous montre un impact moyen terme (en France) où se développent chez les riverains d’un ancien incinérateur aujourd’hui démantelé, cancers et maladies cardiovasculaires. Enfin, le film nous emmène vers un ultime exemple: la 4ème génération de civils touchés par l’attaque à la dioxine menée par les U.S.A. sur le Vietnam en 1961 (l’agent Orange), montrant l’impact long-terme de la particule… Des malformations à la naissance. L’enchaînement est irréfutable, développé avec précision et fluidité, convaincant sans être manipulateur, et, in fine, émotionnel.

Puis parce que le film nous évoque tout de même la possibilité d’un future pas si morose, dans le cas ou le communautarisme et l’investissement personnel se conjuguaient pour réduire l’émission de déchets-par-humain, ou travailler ensemble à leur recyclage (par usines de tri, et compost notamment).

L’impression d’avoir assisté à un exposé complet et accessible sur le sujet demeure, et réussit même à faire cogiter longtemps après le visionnage. On se surprend ainsi à donner de la valeur à son tote bag (alternative au sac plastique, le déchet nocif par excellence), à retrouver la volonté d’arrêter la cigarette (l’un des déchets les moins biodégradables), à considérer la réparation de certains de nos appareils plutôt que leur remplacement… Tout cela parce que le film nous aura incité à réfléchir à la nature même de ces toutes petites actions, et à leur conséquences.

Pourtant dans sa forme, TRASHED est un documentaire purement didactique, sans aucun effet de mise en scène, d’esthétisation (comme par exemple dans Samsara, où l’on voit de magnifiques mais revendicatrices visions de l’impact humain sur la nature) ou même de digressions (le sujet reste de A à Z, les déchets)… Un documentaire qui aurait juste été simplement diffusé à la télévision et n’aurait pas eu grand impact médiatique… Si ce n’était l’investissement total de Jeremy Irons.

Photo de Trashed

Jeremy Irons, complètement investi dans le combat contre les déchets

Pour ceux qui ne remettraient pas Jeremy Irons, c’est le mec qui jouait Gruber2 dans Die Hard 3, ou qui a fait la voix de Scar dans Le Roi Lion. Et oh! il a eu un oscar pour un truc, a joué dans un Cronenberg des 80’s puis dans plein d’autres films, comme dernièrement High Rise et Batman V Superman. Bref: grand acteur.
Son apport à TRASHED est en tous cas colossal, non seulement suppose t-on d’un point de vue économique (sa présence a du largement participer à la production du film) mais surtout d’un point de vue accessibilité, puisqu’il est notre lien empathique avec cette cause du combat contre la pollution. Présent à chaque étape de notre “découverte” du monde des déchets, il sert d’interlocuteur avec toutes les personnes concernées – en mal ou en bien – par la pollution; scientifiques, personnes engagés, ceux évoluant au quotidien au contact des déchets. Grace à son naturel (ou “talent d’acteur” selon le point de vue), sa simplicité, ou un humour fin et léger qui n’est jamais appuyé, il donne un véritable rythme au film, facilitant grandement son accessibilité ainsi que celle de son message.

En bref: TRASHED est à l’image de Swagger, un autre documentaire sorti en cette semaine du 16 novembre 2016: un film certes critiquable, mais absolument nécessaire dans son aptitude à nous faire réfléchir sur notre société, mais aussi nous même. Si Swagger incitait à une considération moins clichée de la banlieue, TRASHED nous délivre ce message: il n’y a pas de petit investissement dans le combat contre la pollution et chacun, peut changer l’avenir – SI tout le monde prend conscience de l’ampleur de la tache, et commence dès à présent à agir à son échelle.

Alors… À vos poubelles de tri !

Georgeslechameau

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[CRITIQUE] TRASHED

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