UN COEUR EN HIVER est certainement l’oeuvre la plus aboutie de . Il émane du film un rare mélange de pudeur et de froideur, d’une extrême finesse. trouve là son rôle le plus dense, et paradoxalement le moins loquace. Il incarne Stéphane, un luthier effacé, travaillant avec Maxime (), beaucoup plus ouvert, qui s’occupe des relations commerciales et musicales avec leur prestigieuse clientèle. Le jour où Maxime présente sa compagne Camille (), violoniste prometteuse, à son ami, Stéphane s’engage dans un jeu de séduction dangereux, que Camille prend pourtant très au sérieux.

coeurenhiver-8

Tout comme le trio de qui ponctue tout le film, est une œuvre moderne, oscillant entre harmonie et dissonance. Comme deux accords discordants, les rôles masculins sont aux antipodes l’un de l’autre : l’un est brun l’autre blond, l’un mutique l’autre terriblement expressif. Ces deux hommes se complètent et emportent tour à tour les faveurs du spectateur tout au long du film. On balance entre l’attention de Maxime et la froideur énigmatique de Stéphane. l’extrême réserve de ce dernier  produit une tension, une simplicité infinie qui épure le propos et l’intensifie. Comme aucun autre réalisateur, Claude Sautet capte dans les gestes quotidiens et les dialogues une intimité rare. Entre hommes, entre femmes, mais aussi et surtout dans la relation amoureuse, aucune place pour le superflu. La mise en scène est une mise en vie. Dans le cadre fixe, la « tension de l’âme » de Stéphane est omniprésente, intensifiée ici par Daniel Auteuil qui, par ses regards et sa posture, joue tout e nuance cet handicapé de l’amour. L’intrigue amoureuse réside presque entièrement dans cet être mystérieux, dont on ignore tout, qui joue à séduire, à être quelqu’un qu’il n’est probablement pas. Les sentiments de Stéphane apparaissent comme les mouvements du trio que joue Camille, tantôt doux et enveloppants, tantôt d’une extrême aridité, dissonants et rudes.

« Claude Sautet capte dans les gestes quotidiens et les dialogues une intimité rare. »

Daniel Auteuil, très impressionnant, semble bien loin de ses rôles actuels. Tout en nuance, son regard noir exprime les multiples tressaillements de l’âme de Stéphane. En face de lui, Emmanuelle Béart est nature, viscérale, et Sautet tire le meilleur du contraste entre les deux jeux d’acteurs. Le réalisateur maintient un équilibre précaire dans la relation entre eux, qui vacille constamment et nous tient, nous emporte, nous bouleverse. Le reste du casting est solide, André Dussolier juste et Brigitte Catillon parfaitement employée pour créer une judicieuse tension homosexuelle, qui rajoute à la complexité des liens entre les différents personnages.

Décidément, Claude Sautet manque cruellement au cinéma français. On aura beau chercher d’improbables héritiers, il n’est pas d’égal à ce marionnettiste des sentiments humains, dont les fils, si fins, parviennent encore à nous émouvoir, particulièrement dans UN COEUR EN HIVER.

UN COEUR EN HIVER est chroniqué dans le cadre de la sélection des (RE)DÉCOUVERTES, proposée par le Champs Élysées Film Festival 2015 ! Le film sera projeté le mercredi 10 juin à 20:45, au Lincoln.

INFORMATIONS

1992 Un coeur en hiver - Un corazon en invierno (fra) 01

CEFF 2015 : ATMOSPHÈRES URBAINES : DETROIT
CEFF 2015 : IMAGINAIRES AMERICAINS : DESERT
CEFF 2015 : RETROSPECTIVE FRIEDKIN
CEFF 2015 : SÉLECTION EMILIE DEQUENNE
CEFF 2015 : la programmation

Titre original : Un coeur en hiver
Réalisation : Claude Sautet
Scénario : Jacques Fieschi, Claude Sautet et Jérôme Tonnerre
Acteurs principaux  : Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, André Dussolier
Sortie : 2 septembre 1992
Durée :1h45min
Synopsis : Quand Maxime présente sa compagne, Camille, à son ami et associé Stéphane, ce dernier tente de la séduire…

BANDE-ANNONCE