On attendait avec impatience le dernier film de , réalisateur du jubilatoire L’Arnacœur, déjà avec . , qui incarne Gardot le bookmaker à l’origine de la reconversion de Jacques, a écrit scénario et dialogues de UN PETIT BOULOT à partir du roman éponyme de Iain Levinson. Le ton employé se veut cynique, très second degré, à l’image de celui de Grosse fatigue, ou Embrassez qui vous voudrez. Mais, malgré toute l’indulgence dont on peut être capable en écrivant la critique d’un film dont le réalisateur est décédé à la fin du montage, on a trouvé que la mayonnaise ne prenait pas, pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que le personnage de Jacques ne nous inspire ni intérêt, ni empathie. Chômeur quitté par sa femme, il se revendique profondément honnête, tout en prouvant le contraire. Son sort et ce qu’il accepte de faire –tuer la femme de Gardot pour de l’argent- nous indiffèrent profondément. Les maladresses dans la façon de tuer de ce branquignol du flingue sont bien loin de nous émouvoir comme avait pu le faire Pierre Salvadori dans Cible émouvante.

Et puis UN PETIT BOULOT manque de ressorts dramatiques et de rythme. Il mise tout sur son aspect décalé. Quelques dialogues font mouche lorsque certaines scènes non justifiées apparaissent pathétiques, embarquant le spectateur sur un terrain parfois scabreux. On ne peut pas se contenter de montrer un homme qui fait les choses les plus horribles de façon malhabile ou suggérer la sympathie alors même que les actes auquel il se livre sont amoraux. En somme, jouer sur la seule fibre humoristique grinçante, avec la voix off de Jacques, ne peut être une fin en soi. Car ce qui fonctionnait avec le procédé narratif de L’Arnacœur, à savoir cette voix off qui contredisait ce que l’on voyait à l’écran, tourne à vide dans UN PETIT BOULOT. La voix n’apprend rien de plus au spectateur et le noie sous les commentaires superfétatoires.

« Un Petit Boulot rate son coup : l’histoire amorale de ce pied-nickelé de la gâchette déçoit par son manque de rythme et son traitement trop sarcastique. »

Scénariste et réalisateur dressent certes un portrait dur de la société et des conséquences de la crise et du chômage dans cette région du Nord de la France. Mais l’enfumage et la morale à deux balles comme quoi, « l’économie c’est de la merde et de la douleur »  qui justifierait toutes les horreurs possibles pour s’en sortir, font un effet très désagréable. Le regard et les propos qui se veulent ironiques provoquent même une sorte de malaise. Comme si ne pas rire face à ce non respect des règles revenait à être d’accord avec tous ceux qui sont à l’origine de la crise. Comme s’il fallait absolument choisir son camp. Le camp de ceux qui s’enrichissent et profitent du capitalisme. Ou celui de ceux qui essaient de s’en sortir tant bien que mal, les pauvres, saisissant toutes les opportunités. Quant aux relations amicales de Jacques avec Tom () et Jeff (Charlie Dupont) ou amoureuses avec Anita (), elles sont sans intérêt.

UN PETIT BOULOT rate son coup, hélas : l’histoire amorale de ce pied nickelé de la gâchette déçoit par son manque de rythme et son traitement trop sarcastique.

Sylvie-Noëlle

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