UNE MÈRE relate la vie que mène un drôle de couple qui n’a jamais trouvé le bon canal de communication, qui se malmène, sans respect ni bienveillance.
Il y a la violence verbale, le pilonnage des mots, les insultes, qui vont parfois dégénérer en violence physique, il y a le rejet, la solitude, l’incompréhension, les non-dits accumulés au cours des années, les excuses maladroites, les tentatives de pardon.
Mais surtout il y a des souffrances, de part et d’autre, que chacun exprime avec les moyens dont il dispose.
Ce couple c’est Marie et Guillaume, et son fils… Mais cette mère n’en est pas une, et ils le savent tous les deux ; elle a essayé de jouer ce rôle mais elle n’y croyait pas et a donc souvent été à côté de la plaque ; elle se fourvoie dans ses certitudes et son orgueil de croire qu’elle n’a besoin de personne l’aveugle. Ainsi, même au médecin qui suit Guillaume pour ses troubles de l’humeur et du comportement et qui lui suggère de consulter un psy elle aussi, elle osera répondre  » je vous emmerde monsieur ».

Une mère photo 3

Cette mère est incarnée par , sobre et digne, et pourtant nous ne parvenons pas à croire à Mathilde dans ce rôle… Non pas que sa vision soit brouillée par les rôles qu’elle a pu tenir dans les comédies telles Camping ou Bowling, puisque nous l’avons déjà vu dans un genre plus dramatique, comme dans Danse avec lui. 

Ce qui nous empêche vraiment d’apprécier la crédibilité de sa prestation dans UNE MÈRE, c’est quelle sous-joue, voire ne joue pas ; elle incarne trop de froideur, de distance,  de souffrance intériorisée, comme spectatrice de sa propre vie, non impliquée.  Son jeu ne parvient pas à nous émouvoir et à nous faire éprouver une once d’empathie.

Nous comprenons certes le parti pris de la réalisatrice , habituée à traiter des drames sociaux, de vouloir épargner le spectateur en ne montrant pas une femme hystérique face à la situation, qui pleure et se torture… Mais ce choix nous laisse de fait en dehors des sentiments de cette mère. Nous ne la plaignons pas, même lorsqu’on la voit pleurer pour la première fois, car nous comprenons qu’elle est pour partie responsable de l’agressivité et de la violence de son fils car elle est défaillante.

La défaillance des mères et la réponse violente des fils est un sujet qui inspire d’ailleurs les réalisatrices en ce moment puisque La tête haute le traitait aussi, mais la mère, incarnée par Sara Forestier y était décrite comme une petite fille perdue. Elle, au moins, était vivante.
Ici, Marie est morte à l’intérieur et le long dialogue –qui n’a  d’ailleurs que peu d’intérêt – avec son ex- amant Pierre sur la façon dont elle aimerait mourir,  le confirmera.

Une mère photo 2

Il y a bien eu des bases éducatives transmises à cet ado de 16 ans, mais avec des messages plutôt contradictoires envoyés par Marie à Guillaume : comment exiger le respect à une mère qui dit ouvertement à son fils qu’il est un illettré, un fou à moitié, que depuis le début il fiche sa vie en l’air?
Sait-on d’ailleurs si elle suit bien le traitement médical que doit prendre Guillaume, elle à qui le médecin recommande de le motiver et de canaliser son énergie d’hyperactif par le sport ? Et le seul sport qu’il fait, c’est celui que font tous ces jeunes paumés qui ne trouvent ni sens ni projets à leur vie: virée en bandes en voiture, drogue, alcool, flingues et vols.

Guillaume est formidablement incarné par   vu dans l’Enfant d’en haut, il  crève l’écran par la sincérité de son jeu et nous inspire beaucoup d’empathie.

« On ne sort pas indemne de ce film, qui traite du « mal de mère » et nous laisse une sensation d’amertume et de gâchis. »

La décision bizarre de Marie de profiter d’un événement dans la vie de son fils  pour lui mentir et l’éloigner vont bouleverser la donne et  bousculer leurs vies ; grâce à elle, chacun prendra enfin sa véritable place: celle d’une mère et celle d’un fils.
Et la métaphore de la marche rapide sous des éoliennes va symboliser ce cheminement: pour la première fois,  Guillaume ne cèdera pas à la violence et Marie le suivra, ses pas dans ceux de son fils, au même rythme. Ils feront désormais équipe, s’offrant mutuellement la paix.

On regrettera la facilité de la réalisatrice d’appuyer son propos  par un environnement et des lieux d’habitation vraiment  très glauques, et des vêtements portés par Marie vieillots et très laids car, c’est bien connu les gens pauvres n’ont aucun goût.

Pourtant ce film dérangeant a le mérite de nous faire réfléchir, de nous questionner, sur la maternité, sur le rôle et la responsabilité que la société octroie aux mères, sur ce que chacune  est capable de faire avec ses propres bagages, son éducation, ses erreurs, ses doutes et son amour.

Il aborde un sujet particulièrement tabou, déjà évoqué dans  We need to talk about Kevin: est-on obligé d’aimer ses enfants ?

LES AUTRES SORTIES DU 24 JUIN 2015
INFORMATIONS

Affiche une mère

• Titre original : Une mère
• Réalisation : Christine Carrière
• Scénario : Christine Carrière, en collaboration avec Pascal Arnold
• Acteurs principaux : Mathilde Seigner, Kacey Mottet Klein, Pierfrancesco Favino
• Pays d’origine : France
• Sortie : 24 juin 2015
• Durée : 1h40 min
• Distributeur : Les films du Losange
• Synopsis : Marie vit seule avec son fils de 16 ans. Elle se bat pour rester debout, pour le sortir des mauvais coups dans lesquels il s’enfonce. Trop usée et contrariée pour vivre sa vie de femme, Marie est coincée entre son ex toujours amoureux et son adolescent irrécupérable. Entre eux, les mots passent de plus en plus mal, l’amour s’exprime de moins en moins bien. La violence et le rejet envahissent tout. Il est mauvais fils, elle sera mauvaise mère. De là à penser qu’il n’y a pas d’amour…

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