C’est un fossé qui semble séparer UNE VIE et La Loi du Marché, le précédent film de . La chronique sociale quasi-documentaire laisse place à une adaptation du premier livre éponyme de Maupassant, situé en 1819. L’occasion pour le réalisateur français de laisser pénétrer dans son cinéma un souffle lyrique lui permettant de s’adonner à toutes sortes de propositions sophistiquées. On cerne le bon esthétique qui a eu lieu lorsque, dès la première image, on se retrouve devant un format carré. D’un coup, on a l’impression de voir Stéphane Brizé renouer avec le cinéma et ses artifices. Comme s’il avait besoin de rompre avec tout ce qui composait le long-métrage grâce auquel il remporta en 2014 le César du meilleur réalisateur. Stéphane Brizé a déjà dit que son envie d’adapter ce roman lui était venu il y a des années lorsqu’il l’a découvert mais le fait qu’il passe à l’acte pile après un tel long-métrage prouve que l’enchaînement n’est pas le fruit du hasard mais est motivé par une réflexion, une recherche d’évolution ou de fracture.294314-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxSi La Loi du Marché était un film bruyant bourré de répliques et de bruits, UNE VIE s’en tient à un minimum de dialogues et accorde une importance majeure au son. Celui du vent qui bousculent les feuilles, de la mer, du feu qui crépite. C’est la vie qui est retranscrite sur l’écran, par des petits sons, ceux qui paraissent banals et qui pourtant grâce au mixage prennent une autre stature. Le naturalisme devient magique, irréel. Pour cette raison, la vision dans une salle de cinéma est préconisée, le film taillé pour le grand écran peut livrer sa grandeur atmosphérique que via ses conditions.

L’image n’est pas en reste. UNE VIE s’entend et se regarde. Stéphane Brizé opte pour un cadre carré afin de marquer l’enfermement psychologique et physique de son héroïne. Le procédé est certes un brin hyperbolique, on lui reconnaît une forme d’efficacité, bien qu’il ne soit pas toujours transcendé par la mise en scène. Là où le long-métrage est plus impressionnant c’est dans son utilisation courageuse du montage afin de tenir une histoire censé se dérouler sur 30 ans. Flashbacks et ellipses sont au programme dans une construction sophistiquée qui ne cesse de bondir entre les couches temporelles. En un cut, tout peut basculer. N’importe quand. Ce qui donne dans les moments les plus inspirés, une dimension absolument vertigineuse au récit. On se retrouve aspiré dans un tourbillon d’émotions contraires, de révélations fracassantes, comme si la vie était un rouleau compresseur en marche impossible à arrêter, exposant sentencieusement son programme chargé de fatalité.

« En un cut, tout peut basculer. Ce qui donne dans les moments les plus inspirés, une dimension absolument vertigineuse au récit. »

En dépit de la virtuosité déployée, l’intensité du procédé s’amoindri passé la première heure. Sans doute le spectateur s’est familiarisé avec et le récit n’étant plus capable d’alimenter notre attention par des péripéties, le film nous perd. Alors UNE VIE continue sur un ton monotone, suivant son cours. Reste , divine dans son rôle. Après Vincent Lindon, Stéphane Brizé trouve une femme dans la même veine, capable de s’exprimer en étant privé de réplique. Rares sont les acteurs capables d’être à ce point vecteurs d’émotions en restant ancré dans un jeu naturel et minimaliste. La plus belle réussite du film étant d’arriver à capter sur son visage, sans un mot, la puissance des événements.

Maxime Bedini

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