Nous continuons cette rétrospective de la série UNIVERSAL MONSTERS (notre rétrospective: ICI) avec le film Le Fantôme de l’Opéra, sorti en 1925. Suite à l’énorme succès public et critique du sympathique Notre-Dame de Paris en 1923, Carl Laemmle décide logiquement de continuer sur sa lancée et produit après quelques mois à peine la première adaptation cinématographique du roman de Gaston Leroux. Il est très agréable de visionner les deux films l’un après l’autre et de constater à quel point Universal parvient à mettre en place des règles et des codes ne nuisant pas (ou peu, souvenons nous tout de même de l’happy-end de Notre-Dame de Paris) à la qualité de l’oeuvre et au talent créatif de leur réalisateur. En effet, si les deux œuvres partagent quelques points communs, que ce soient dans leur ambition, leur production ou leur construction, Le Fantôme de l’Opéra parvient à tirer son épingle du jeu sur bien des aspects, et s’avère être un film majeur dépassant de loin les attentes que je pouvait avoir en me lançant dans cette rétrospective.

On prend les mêmes et on recommence. Voilà l’impression qui domine lors des premiers plans du Fantôme de l’Opéra version 1925. La présence de au générique, la composition grandiloquente et majestueuse, les premières minutes qui placent d’emblée le film comme une grosse production aux décors faramineux, tout cela rappelle bien sûr la première oeuvre de la série. Cependant, et contre toute-attente, le film prend très rapidement un chemin inattendu et impose son univers visuel, conférant à sa réalisation un aspect atypique fort plaisant. Ce n’était pourtant pas gagné, étant donné les différents soucis rencontrés lors de la production. La genèse de l’oeuvre est en effet assez complexe, puisque jugée non satisfaisante, la version de Rupert Julian a été remontée et transformée en un film penchant plutôt vers la romance que le thriller horrifique. Puis, face aux critiques, Universal a fait marche arrière et a acceptée à nouveau la version originale tout en supprimant quelques scènes perdues depuis. Il est donc assez étonnant de constater que le réalisateur parvient malgré tout à nous offrir un visuel s’éloignant bien vite du premier film de la série pour pencher vers de l’expressionnisme pur. Le jeu sur les ombres, l’aspect mécanique et les lumières participants aux psychos des personnages, typiques de l’expressionnisme allemand, s’avèrent tout à fait adaptés au film d’horreur psychologique qu’est Le Fantôme de l’Opéra, et la mise en scène de Rupert Julian est une réussite absolue. Par une photographie exemplaire, il fait de chaque plan un tableau menaçant et déformé par des filtres et des éclairages sans pour autant que ça en devienne indigeste. Les sublimes décors de l’opéra reconstruit sont filmés comme un labyrinthe peuplé de monstres et de mystères, tant et si bien que le Shining de Stanley Kubrick revient parfois en mémoire comme un possible héritage du film. Si le réalisateur maîtrise son sujet en terme de mise en scène, force est d’avouer que son découpage s’avère cependant bien moins moderne que celui de Wallace Worsley dans Notre-Dame de Paris, et le fait d’inscrire son film dans un mouvement précis à l’esthétique très stylisée et reconnaissable pourra diviser les critiques. Certains apprécieront en effet de retrouver une identité visuel très marquée tandis que d’autres regretteront sans doute la sobriété qui caractérisait la photographie du premier film de la série . Difficile cependant de faire la fine bouche quand, dès le premier plan, le réalisateur parvient à nous immerger dans un monde à part par un jeu de lumière somme toute simple mais d’une efficacité absolue.
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Le fantôme de l’opéra, incarné par Lon Chaney, ne semble être qu’un élément ajoutant à l’ambiance glaciale du film durant les trente premières minutes. Très souvent évoqué, il n’apparaîtra pourtant que quelques instants durant le premier tiers du film, et toujours sous forme d’ombre. Un parti pris intéressant, mais qu’il aurait peut-être été bon de pousser encore plus loin en ne montrant pas du tout le fantôme, intégrant ainsi le spectateur aux doutes des personnages sur l’existence du montre. Quoiqu’il en soit, la pression monte rapidement et la première apparition du fantôme nous permet d’apprécier une fois de plus un Lon Chaney magistral. Débordant de charisme, l’acteur nous sert une composition impressionnante, aidé par une mise en scène digne de son talent. Tous les artifices visuels, le maquillage, le cadrage, la gestuelle du fantôme, sont gérés à la perfection et lui permettent d’inonder l’écran, notamment lors de deux scènes charnières où sa monstruosité se révèle. Si Quasimodo était un homme victime de ses difformités et qu’il apparaissait comme un martyr, Lon Chaney incarne ici un personnage bien moins nuancé dont l’horreur sera assumée et cela lui permet d’abandonner le grotesque et le surjeu pour une prestation plus froide et plus marquante. Il est regrettable cependant que , qui lui donne la réplique, n’atteigne pas une seconde la pureté et la douceur qui faisaient briller Patsy Ruth Miller en Esméralda. L’actrice nous offre une prestation d’assez bonne facture, mais fait bien pâle figure à côté de Lon Chaney ou même d’autres seconds rôles. Peut-être sera-t-elle plus à son aise dans le prochain film de cette rétrospective, l’Homme qui rit, où elle incarne également l’un des personnages principaux.

”le film est une pépite visuelle et augure encore de belles choses pour la suite de la série”

Le Fantôme de l’Opéra semble bien plus représentatif de la série UNIVERSAL MONSTERS que le précédent film réalisé par Wallace Worlsey. En dépit de quelques ressemblances telles qu’une monstruosité apparente et la confrontation au monde des « gens normaux », ou encore une évidente volonté d’Universal de produire un film gigantesque, la complexité qui caractérisait Quasimodo disparaît totalement au profit d’une écriture plus manichéenne. Le fantôme, qui joue le méchant, veut par jalousie tuer les gentils et enlever l’héroïne. Un mal pour un bien, tant Lon Chaney semble plus à l’aise dans ce rôle de psychopathe. Rupert Julian peut également s’en donner à cœur joie, et le film est une pépite visuelle utilisant cette dualité gentil/méchant pour orner la mise en scène de symbolisme ou de jeu d’ombre et de lumière, à tomber. Le Fantôme de l’Opéra place donc la barre encore un peu plus haut, déborde de scènes cultes souvent dues à une direction d’acteur irréprochable ou à des plans magnifiques sublimés par la bande originale, et augure encore de belles choses pour la suite de la série. A confirmer dans la suite du dossier !

Louis

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Le Festival Lumière, aura lieu du 8 au 16 octobre 2016, dan stous les cinémas du grand Lyon.
la programmation
notre couverture
– notre rétrospective UNIVERSAL MONSTERS

 

CASTING

Titre original : The Phantom of the Opera
Réalisation : Rupert Julian
Scénario : Elliot J. Clawson, Bernard McConville, Frank M. McCormack
Acteurs principaux : Lon Chaney, Mary Philbin, Norman Kerry
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 1925
Durée : 1h33
Distributeur :
Synopsis : Erik, être à moitié fou rejeté par la société, vit dans les sous-sols désaffectés de l’opéra Garnier à Paris. Amoureux d’une des cantatrices, il intrigue pour qu’elle obtienne le premier rôle, avant de lui réclamer son amour en retour. Mais celle-ci, découvrant la profonde laideur de celui qu’on appelle le Fantôme de l’Opéra, cherche par tous les moyens à échapper à son emprise, avec l’aide de son prétendant.

BANDE-ANNONCE

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CLIQUEZ SUR LES AFFICHES POUR AFFICHER LES CRITIQUES

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1923 – Notre dame de Paris (★★★★☆)
« une excellente manière pour Universal de s’imposer comme un studio majeur »

le-fantome-de-lopera

1925 – Le fantôme de l’opéra (★★★★☆)
« une pépite visuelle et augure encore de belles choses pour la suite de la série »

lhomme-qui-rit

1928 – L’homme qui rit (★★★☆☆)
« pas un mauvais film, mais il aurait pu être bien plus »
dracula
1931 – Dracula (★★★★★)
« Tod Browning réalise une œuvre majeure, que ce soit sur le plan cinématographique pur ou sur la représentation de Dracula sur grand écran »
frankenstein
1931 – Frankenstein (★★★★★)
« un classique instantané réalisé à la perfection »
la-momie
1932 – La momie (★★★★☆)
« un premier film imparfait, maladroit, mais qui se laisse visionner avec plaisir et se paye même le luxe d’émouvoir son spectateur »

lhomme-invisible

1933 – L’homme invisible (★★★★☆)
« le metteur en scène s’attaque aux thèmes du pouvoir et de l’avidité sans concession et multiplie les séquences éprouvantes moralement »

la-fiancee-de-frankenstein

1935 – La fiancée de Frankenstein (★★★★★)
« L’œuvre de James Whale s’impose comme le joyau ultime d’une série absolument fascinante »

le-loup-garou

1941 – Le Loup-garou (★★★☆☆)
« LE LOUP-GAROU reste un film à voir, s’inscrivant visuellement et thématiquement dans la continuité des Universal Monsters, et qui saura vous captiver le temps d’une heure »

letrange-creature-du-lac-noir

1954 – L’étrange créature du lac noir (★★★★★)
« Jack Arnolds réalise un film d’une grande intelligence et d’une audace faisant tout à fait honneur aux premiers chefs d’œuvres de la série, tout en créant son propre mythe »