Après l’excellent Dracula réalisé par Tod Browning, nous poursuivons cette rétrospective UNIVERSAL MONSTERS (notre rétrospective: ICI) avec un film considéré comme l’un des plus importants de la série, tout comme sa suite. , mis en scène par , est un film dont l’héritage culturel impressionne tant il est cité dans les versions postérieures, ou même dans d’autres œuvres à part (notamment dans l’excellent l’Esprit de la Ruche). Principalement connu pour ses quelques longs-métrages de guerres, le metteur en scène américain s’est vu offrir la possibilité de concrétiser ses projets dans une liberté totale sans que la production, c’est à dire le studio Universal, ne le recadre. De là est né le monument d’horreur gothique qu’est Frankenstein, prise de risque totale et finalement payante pour le producteur . Oeuvre atypique à bien des égards, le film s’avère être d’une puissance folle, largement à la hauteur de sa réputation.

Dès son introduction, Frankenstein surprend et se place comme une œuvre bien particulière. Entre un clip introductif devenu culte, dans lequel un homme s’adresse directement au public en l’avertissant du choc que pourrait causer le film, et un mystérieux point d’interrogation à la place du nom de au générique, le film surprend d’emblée. La démarche d’Universal et de James Whale aurait pu paraître bien vaine voir prétentieuse, si le film ne prouvait pas dès les premières secondes qu’il mérite largement tout ces qualificatifs et ces mystères. Les premiers plans, absolument sublimes, suffisent au spectateur pour qu’il comprenne la portée de l’œuvre à laquelle il assiste. Rupert Julian, avec Le Fantôme de l’Opéra, ou encore Tod Browning et sa mise en scène de génie parvenaient par leur réalisation à transcender leur sujet, en ornant de symbolisme toutes leurs séquences et leurs partis pris visuels, mais James Whale va encore plus loin et nous propose un film qui dépasse le divertissement pour devenir une véritable réflexion esthétique sur ses thèmes. Si les précédents films de la série UNIVERSAL MONSTERS peuvent se vanter d’être irréprochables en terme de mise en scène et de photographie, Frankenstein place la barre encore un peu plus haut et devient instantanément l’une des œuvres les plus impressionnantes qu’il m’ait été donné de voir. En terme de photographie, de composition des cadres faisant de chaque plan un pur tableau, de direction artistique ou de découpage, James Whale réalise un chef d’œuvre, mais sa plus grande force est sans doute dans l’utilisation qu’il fait de cette puissance visuelle. Sa capacité à créer des images fortes lui permet d’éviter la redondance qui aurait pu entacher le discours de l’oeuvre, et le metteur en scène comprend bien vite qu’une croix ou une faucheuse bien placée dans le cadre sont plus équivoques qu’un long discours. L’économie de dialogues et l’utilisation du silence complètent l’ambiance du film, déjà phénoménale tant la mise en scène captive et impressionne.

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Frankenstein se paye également le luxe d’être écrit de manière très intelligente, et malgré sa courte durée, parvient à faire monter la pression autour de la créature magnifiquement interprétée par un Boris Karloff méconnaissable. Si l’on pouvait ainsi craindre un début difficile, long à démarrer tant le mystère et l’impatience autour du monstre est grande, il n’en est finalement rien et toute la première moitié de l’œuvre, focalisée sur les hommes, est passionnante. Cela est dû, certes, à la caractérisation exemplaire de chaque personnage et à l’implication des acteurs dirigés à la perfection, mais également à la capacité de James Whale de créer des enjeux puissants et prenants. En effet, Frankenstein parvient en 70 minutes à créer un récit comportant bien plus de sensations, plus d’attachement aux personnages et à leur sort, et surtout plus d’audace que ce que fait Paul Leni dans l’Homme qui rit en presque deux heures. Le récit est fluide, ambitieux et mis en scène à la perfection. Mais plus encore que cette photographie à tomber, ou que cette intelligence dans l’écriture, Frankenstein surprend par son jusqu’au-boutisme et son audace. Nous pourrions évoquer la traumatisante scène de rencontre entre la créature et une enfant, devenue absolument culte, ou encore les différentes morts, toutes mise en scène de façon à marquer le spectateur. Mais une scène est selon moi plus représentative de la grandeur du film ; ce long travelling, absolument génial, sur le père pénétrant dans le village en liesse. Ce plan est de ceux qui vous hante des jours après le visionnage, qui témoigne d’un véritable auteur derrière la caméra et d’un producteur qui, loin de le censurer, s’adapte à ses partis pris pour faire de cette excentricité une force artistique et commerciale – repensons au clip introductif. En ce sens, Carl Laemmle Jr porte une grande responsabilité dans la réussite du film, la production exemplaire et la liberté accordée à James Whale ayant permit à ce dernier de réaliser un véritable chef d’œuvre. Cette rétrospective ne cesse de me surprendre et d’accéder à un niveau de qualité que je ne soupçonnais même pas en la débutant. Frankenstein est un monument, un témoignage de la confiance et du respect qu’il existait entre Universal et ses metteurs en scène. Un grand film, sur tout les points.

”le film d’Universal devient un classique instantané réalisé à la perfection”

Je ne vois aucun reproche à faire au film de James Whale, si ce n’est celui très égoïste de ma part d’en vouloir toujours plus ; Frankenstein aurait pu durer trois heures de plus sans créer le moindre ennui. En plus de bâtir un mythe en mettant en scène un Boris Karloff impérial, le film d’Universal devient un classique instantané réalisé à la perfection et un témoin de la relation artistique entre Carl Laemmle Jr et les réalisateurs du studio. Film à la réputation finalement bien méritée, Frankenstein élève la série UNIVERSAL MONSTERS à un niveau de qualité inattendue et il me tarde de visionner sa suite, la Fiancée de Frankenstein, connue pour être au moins aussi excellente que le premier film. Mais d’abords, je vous donne rendez-vous dans quelques jours pour la critique de La Momie, réalisé par Karl Freund !

Louis

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Le Festival Lumière, aura lieu du 8 au 16 octobre 2016, dan stous les cinémas du grand Lyon.
la programmation
notre couverture
– notre rétrospective UNIVERSAL MONSTERS

CASTING

Titre original : Frankenstein
Réalisation : James Whale
Scénario : Garrett Fort, Robert Florey et Francis Edward Faragoh
Acteurs principaux : , Boris Karloff, Mae Clarke
Pays d’origine : Etats-Unis
Sortie : 1931
Durée : 1h11
Distributeur : Universal Pictures
Synopsis : Henry Frankenstein, un jeune savant, veut créer artificiellement la vie. Il façonne un corps humain à partir de morceaux de cadavres. Mais au lieu de lui procurer un cerveau sain, son assistant, Fritz, lui fournit celui d’un assassin.

BANDE-ANNONCE

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CLIQUEZ SUR LES AFFICHES POUR AFFICHER LES CRITIQUES

notre-dame-de-paris

1923 – Notre dame de Paris (★★★★☆)
« une excellente manière pour Universal de s’imposer comme un studio majeur »

le-fantome-de-lopera

1925 – Le fantôme de l’opéra (★★★★☆)
« une pépite visuelle et augure encore de belles choses pour la suite de la série »

lhomme-qui-rit

1928 – L’homme qui rit (★★★☆☆)
« pas un mauvais film, mais il aurait pu être bien plus »
dracula
1931 – Dracula (★★★★★)
« Tod Browning réalise une œuvre majeure, que ce soit sur le plan cinématographique pur ou sur la représentation de Dracula sur grand écran »
frankenstein
1931 – Frankenstein (★★★★★)
« un classique instantané réalisé à la perfection »
la-momie
1932 – La momie (★★★★☆)
« un premier film imparfait, maladroit, mais qui se laisse visionner avec plaisir et se paye même le luxe d’émouvoir son spectateur »

lhomme-invisible

1933 – L’homme invisible (★★★★☆)
« le metteur en scène s’attaque aux thèmes du pouvoir et de l’avidité sans concession et multiplie les séquences éprouvantes moralement »

la-fiancee-de-frankenstein

1935 – La fiancée de Frankenstein (★★★★★)
« L’œuvre de James Whale s’impose comme le joyau ultime d’une série absolument fascinante »

le-loup-garou

1941 – Le Loup-garou (★★★☆☆)
« LE LOUP-GAROU reste un film à voir, s’inscrivant visuellement et thématiquement dans la continuité des , et qui saura vous captiver le temps d’une heure »

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1954 – L’étrange créature du lac noir (★★★★★)
« Jack Arnolds réalise un film d’une grande intelligence et d’une audace faisant tout à fait honneur aux premiers chefs d’œuvres de la série, tout en créant son propre mythe »