Clarifions:

si vous attendez absolument d’une oeuvre un scénario (étoffé, ou même juste présent), des enjeux narratifs, un rythme dynamique… VENTOS DE AGOSTO risque de vous déplaire.
Le film de  ne cherche à aucun moment l’accessibilité mais plutôt son propre ton, sa propre sensorialité, via une mise en scène sobre mais extrêmement recherchée et complexe… Si tant est que l’on accepte de s’y plonger.

Le pitch : Shirley a quitté la ville pour s’occuper de sa grand-mère dans un petit village calme du littoral dans la région du Nordeste au Brésil. Le mois d’août marque l’arrivée d’une découverte surprenante qui entraîne Shirley et son petit copain Jeison dans un questionnement sur la vie, la mort, la mémoire du vent et de la mer.

VENTOS DE AGOSTO adopte un style à la fois sensoriel et documentaire.
La caméra numérique et quasi-fixe y adopte une posture voyeuriste, donnant l’impression d’observer une indéniable réalité; une réalité renforcée par l’augmentation de la vitesse d’obturation de la caméra (comme dans Gladiator, ou Soldat Ryan), donnant un aspect encore plus précis et réaliste à son image… Pourtant, Gabriel Mascaro contraste grâce à sa sublime photo la froideur trop réaliste du numérique par une constante recherche d’ambiances, entre merveilleux et indomptable.
Il capte pour cela ses personnages à heures et atmosphères précis (aubes & crépuscules, chaleur, tempête, nuit…) au sein d’environnements symboliquement écrasants. Écrasants par le poids du vide alentour (la mer), par leur densité (forêts) ou par le mélange des deux, emprisonnant les personnages (forêts autour d’un fleuve, falaise rocailleuse + horizon). Il en va de même pour les environnements intérieurs, pauvres, étriqués, minimalistes.
Ce symbolisme primaire trouve une complexité supplémentaire dans la composition subtile des plans, suscitant dans l’ensemble un mélange inédit d’émotions. Angoisse, émerveillement, incompréhension, stimulation.
Voici un extrait des 3 premières minutes, illustrant je pense, assez bien cela.

VENTOS DE AGOSTO : EXTRAIT

La composition du plan donc, est très symétrique, anguleuse; psychologiquement, il y a d’emblée les idées de danger, de coupure et de stabilité, renforcées par l’image d’un bateau sur une mer agitée. Colorimétriquement, ce triangle bleu se meut sur une mer trouble, presque grise, mais se rapproche malgré tout en son sommet, d’un autre élément immuable: le ciel. Au sein de l’image, le personnage de Shirley. Là encore, le jeu des couleurs entre sa peau mate et son maillot de bain, couleurs chaudes, contraste binairement avec la froideur de « ce qui n’est pas vivant »: le reste du monde. Tout dans ce plan, est contradictoire: une mer agitée peu propice au repos. Une jolie femme dans un bateau de pêche. Du coca comme auto-bronzant (?). Subtilement, le placement de caméra donne une échelle étrange à son corps, lui donnant un aspect plus recroquevillé.
L’ensemble, remis dans le contexte du film, propose l’idée d’un personnage bienveillant, indécis et immature englué dans son quotidien, cherchant à évoluer vers une stabilité immuable, synonyme d’évasion.

Chaque scène du film propose, à l’image de celle-ci, une interprétation subconsciente de qui sont les personnages, leur historique, leurs aspirations. Et si… Le scénario du film était une notion suggérée plus que montrée ? Une interprétation comme une autre pour expliquer la fascination exercée par ce film sur moi.

« Ventos de Agosto troque tout rythme, scénario et accessibilité pour un symbolisme fort fusionnant avec une mise en scène aussi sobre qu’impressionnante. »

Il y a ainsi constamment, dans VENTOS DE AGOSTO, plusieurs niveaux de lecture.
Celui ou l’on se laisse porter par la sensorialité du film (VENTOS DE AGOSTO est à mon sens, à découvrir en immersion totale; au cinéma au mieux, sinon sans intervention extérieure et au casque)
Celui ou l’on cherche à donner un sens à l’image, sachant que de multiples pistes sont constamment proposées.
Celui ou l’on tente de d’inscrire le film dans un contexte socio-culturel;

Car l’histoire de VENTOS DE AGOSTO se déroule dans une campagne littorale du Brésil, que nous pourrions définir comme « pauvre ». Pauvreté s’écrit ici avec de gros guillemets, car culturellement, notre vision cadrée et occidentale de cet environnement si exotique est bien différente de la réalité brésilienne de ces personnages. Ce que nous appellerions pauvreté, de notre point de vue ethnocentré se traduit ici par proximité et affect, exploitation de l’environnement, comblement de l’ennui.
L’histoire d’amour que vivent Shirley et Jason tout comme les jobs qu’ils effectuent, les péripéties qu’ils vivent et leurs évolutions psychologiques sont ainsi motivés par cette « pauvreté ».
La caméra de Gabriel Mascaro nous invite à voir plus loin que les préconceptions que l’on a de ce monde là en faisant dissoner ce prétendu « cinéma documentaire » par une variété d’éléments fantastiques (le poumon de la terre, un crane, l’écouteur du vent d’août, le sexe sur les noix de coco). Il fait ainsi de VENTOS DE AGOSTO un film à la poésie ludique et troublante, un peu comme chez Bong Joon-Ho (Memory of Murder, The Host), où l’on ne sait jamais vraiment si ce que l’on voit à l’écran relève de différences culturelles ou d’une théâtralité du réel.

Thumb-7 (1)
Quant aux fameux « vents d’août », ils sont malgré tout la base de tous les éléments suscités puisqu’ils façonnent, indirectement ou non, les évènements, la psychologie, les situations et les mouvements des personnages. Un vent d’août capté avec justesse par Gabriel Mascaro, composant un film fascinant et incroyablement profond, capable de stimuler son spectateur par la force ET la sobriété de sa mise en scène, en imprimant une symbolique complexe et constamment renouvelée tout au long de ses 1h17min.

@Georgeslechamea

LES AUTRES SORTIES DU 26 AOÛT 2015

INFORMATIONS

Ventos de agosto

Titre original : Ventos de Agosto
Réalisation : Gabriel Mascaro
Scénario : Gabriel Mascaro, Rachel Ellis
Acteurs principaux : Dandara de Morais, Geová Manoel dos Santos, Maria Salvino dos Santos
Pays d’origine : Brésil
Sortie : 26 août 2015
Durée : 1h17min
Distributeur : Sokol films
Synopsis : Voir critique

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