VIRTUAL REVOLUTION décrit un futur proche, où toute l’humanité joue en permanence dans des univers persistants. Bouleversant totalement les rapports sociaux et économiques, cette nouvelle donne repose sur un équilibre fragile : les connectés reçoivent un salaire universel leur permettant de payer leur abonnement en ligne aux corporations, qui à leur tour payent des impôts aux États qui versent ce salaire. Nash (Mike Dopud) est un détective privé chargé de traquer les terroristes qui veulent déconnecter la population mondiale par tous les moyens.

VIRTUAL REVOLUTION passe donc d’univers virtuels à la réalité, puisque l’enquête se poursuit à l’intersection de tous ces réels. Si la direction artistique de Paris 2047 est absolument superbe (soit 3/4 du film), les environnements virtuels pêchent souvent par une utilisation systématique d’effets numériques assez bourrins. Alors que l’utilisateur de ces univers persistants n’est pas censé pouvoir faire de différence entre le réel et ces univers, le spectateur lui voit bien les incrustations sur fond vert. A n’en pas douter, ce problème vient en grande partie du manque de financement. Le réalisateur Guy-Roger Duvert est aussi le principal producteur et a pu surtout compter sur des financements privés pour concrétiser son idée. Toutefois, sans être question de comparer VIRTUAL REVOLUTION avec un pendant hollywoodien du type Ultimate Game, on ne peut pas s’empêcher d’être déçus en constatant que la traduction des univers virtuels ne passe que par la grammaire vidéoludique. De plus, les révolutions technologiques à venir vont peut-être au-delà de la violence mise en scène par Guy-Roger Duvert. Certes, la grosse majorité des jeux AAA sont peu avares en hémoglobine, mais ils proposent aussi l’exploration de dilemmes moraux (la série Bioshock par exemple), la reconstitution de périodes historiques (Assasin’s creed), la résolution d’énigmes (Tomb Raider), l’infiltration (Deus Ex, Dishonored), etc. Or, pour l’aspect gameplay, la plupart des références citées dans VIRTUAL REVOLUTION peuvent s’arrêter à Everquest et ses héritiers d’un côté (MMORPG) et à Unreal Tournament de l’autre (Shoot’em up). Bien sûr, il serait impossible de condenser en un seul film toute la palette vidéoludique. Mais comme le procès d’intention le plus commun envers les jeux-vidéos se niche dans le débat sur la violence, on aurait préféré un spectre de sensations un peu plus larges.

Image tirée du film Virtual Revolution de Guy-Roger Duvert

Dans un autre registre, le film Creative Control choisi lui d’évoquer la couche numérique que nous promettent d’ajouter au réel les lunettes du type google glass. Cette sorte de réalité augmentée permet d’explorer les implications sur notre quotidien et notre intimité. Dans VIRTUAL REVOLUTION au contraire, les allers-retours entre réel et fictions augmentées servent surtout à servir l’intrigue. Le propos thématique est donc pris en charge par la voix-off de Nash. Le film invite bien à réfléchir sur les implications de cette technologie, mais via un discours extérieur qui n’a pas d’influence sur la mise en scène. Guy-Roger Duvert n’en est pas moins généreux avec son matériau de base, et son film devrait plaire aux rôlistes et gamers. Par contre les cinéphiles pourront être déçus par quelques choix de scénarios et de mise en scène.

Côté scénario, les faiblesses sont aussi dues au choix du genre et de l’étendu de l’univers comprimé à 1h30. Pour un spectateur, un dialogue est un dialogue. Mais pour quelqu’un d’un peu sensibilisé au chantier de l’écriture, on décèle vite ce qui relève de l’exposition de personnages, lieux, intrigues, et ce qui relève d’une compréhension plus intime des personnages (ce qu’on appelle aussi la caractérisation). Or les dialogues de VIRTUAL REVOLUTION sont presque totalement dédiés à l’exposition des règles des univers interconnectés. Il reste donc peu de place pour approfondir les personnages.

Image tirée du film Virtual Revolution de Guy-Roger Duvert

©Tachkent Productions

Ce problème est assez récurrent en SF, surtout si la réalité du film est très éloignée de celle des spectateurs, cela oblige à beaucoup “expliquer.” Cela conduit au problème de l’empathie. Comment se soucier de la vie ou de la mort d’un personnage dont ne connaît presque rien ? Par “connaître”, on n’envisage pas seulement son passé, mais également son comportement face à des choix ou situations difficiles. Là où VIRTUAL REVOLUTION est encore davantage handicapé qu’un autre film de SF, c’est qu’en multipliant les univers virtuels, l’incarnation du héros change. En choisissant de représenter le personnage par différents avatars, Guy-Roger Duvert retarde l’identification du spectateur au récit. Pour palier à ces difficultés, le réalisateur choisit de calquer ses personnages sur des archétypes préexistants : Nash est une sorte de Deckard (Blade Runner), l’agent d’Interpol est la copie conforme de l’agent Smith dans Matrix (“n’est-ce pas Monsieur Anderson ?”) tandis que le hacker qui aide Nash est affublé des caractéristiques du side kick de service (blagues et nervosité permanente).

“Production indépendante généreuse envers son matériau, VIRTUAL REVOLUTION plaira aux gamers et rôlistes mais risque d’écarter les cinéphiles”

Côté mise en scène, les décors en intérieur sont toujours éclairés très subtilement. La composition de quelques cadrages est même assez remarquable. Toutefois, on ne peut pas s’empêcher de voir derrière chacun des choix esthétiques une grosse influence soit vidéo-ludique (le reboot de Deus Ex pour l’appartement de Nash + un peu de Max Payne 3) soit cinématographique (Blade Runner pour le siège de la corporation). Pour certains, ce sera un choix post-moderne cohérent avec la description d’une sorte de multivers réel/virtuel. Pour d’autres, c’est un pas de côté trop grand par rapport à l’histoire du Cinéma et verront ces emprunts comme un manque de personnalité.

Image tirée du film Virtual Revolution de Guy-Roger Duvert

©Tachkent Productions

Jusqu’à présent on définissait un auteur par SA vision, et non par le collage de visions préexistantes. Peut-être que Guy-Roger Duvert initie une sorte de mouvement mash-up, recyclant des œuvres cinématographiques ou vidéo-ludiques sans se préoccuper de l’intégrité des originaux, un peu comme le ferait un Warhol gamer. On confie à d’autre de statuer là-dessus, le spectacle a été de notre côté (plus conservateur) assez déstabilisant. Mais avec des acteurs talentueux, quelques cadrages stylisés et une ambiance lumineuse SF harmonieuse, VIRTUAL REVOLUTION est un divertissement agréable. On est tout de même un peu frustré par toutes les limitations de ce premier film, dont on espère que Guy-Roger Duvert se sera affranchi pour le prochain.

Thomas Coispel

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Alexandre SeigneUZANAariciaDelaporte Recent comment authors
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Delaporte
Invité
Delaporte

Très bon film sincèrement en plus français ! Nous avons eu la chance de pouvoir discuter avec le réalisateur et un acteur du film et tous leurs arguments étaient fondés ! La réalité et la justesse du film sachant les difficultés qu’ils ont dû traverser tant au niveau financier qu’aux contraintes des lieux de tournage en passant par un temp de réalisation extrêmement court (6 semaines) pour un long métrage de cette qualité, en fond un film d’autant plus appréciable ! L’allégorie exprimé par le film souligne une réalité qui est bien réel ! Dans notre monde ou le virtuel commence à empiéter sur notre réel, ce film démontre parfaitement les difficultés auxquelles nous serons forcément confrontés d’une façon ou d’une autre ! En définitive un film à recommander encore et encore et qui mérite sincèrement sa place parmi les plus grands !

Aaricia
Invité
Aaricia

A peu près le même constat, car j’ai rencontré une technicienne à la fin du film : c’est un film remarquable en rapport avec les difficultés qu’ils ont eu pour le réaliser. Je ne comprends pas pourquoi il joue dans si peu de cinéma, la technicienne m’a donné la raison qu’aucun grand distributeur ne voulait du film, alors l’équipe a dû appeler chaque salle de cinéma indépendante pour vendre le film. C’est un film très intéressant car il donne à réfléchir. Je suis allée accompagner de mon ado de 15 ans et la discussion post séance fût riche. On retrouve effectivement beaucoup de clin d’œil à d’anciens films de SF : Blade Runner, Matrix…
Un film divertissant qui en plus donne matière à réfléchir : à mettre entre les yeux de tous nos ados

UZAN
Invité
UZAN

Très bon film alliant divertissement de haute qualité et étude sociétale en mode prospective. En effet comme pour les projets majeurs impliquant notre société quelles décisions et habitudes actuelles nous engagent pour transformer notre environnement et notre vie réels et virtuels dans 30 ans. Film préparé pour le marché américain et mondial. Tant pis pour les distributeurs français qui devront le programmer contraints et forcés par le succès international. La France à la traîne ? Certainement pas ce réalisateur et toute son équipe qui nous élèvent au rang de cinéphiles exigeants de tout âge en prenant tous les risques de la réalisation dans leur projet audacieux.

Alexandre Seigne
Invité

Évidemment, budget oblige, le film n’est pas sans défauts. Les scènes d’extérieurs, tournées dans la forêt d’Ermenonville, font un peu cheap, et les incrustations en image de synthèse sont un peu répétitives (toujours les deux ou trois mêmes plans qui reviennent), mais contrairement à ce que dit Thomas Coispel elles sont réalisées avec soin et tout à fait crédibles. Par contre, je le rejoins tout à fait sur le manque d’épaisseur psychologique des personnages, à l’exception du héros principal. Ceci dit, la dimension psychologique reste très largement supérieure à ce que l’on peut constater dans l’immense majorité des blockbusters américains ou des comédies françaises. Par contre, la grande qualité du film est dans l’intelligence de son analyse socio-économique, qui présente une société d’assistés vivants du revenu universel, gavés de réalité virtuelle qui les transforme en consommateurs passifs et dépolitisés.
Ce film est d’abord un grand film politique. Avec plus de moyens, il aurait pu être aussi un grand film de SF. Il est en tout cas un bel hommage à Blade Runner.