Photographe devenu cinéaste avec cette première réalisation, le très discret emmène une formidable (Liliane) en Chine sur les traces de son fils décédé accidentellement. Un homme qui avait épousé un nouveau choix de vie, une nouvelle culture à laquelle cette mère brisée va s’ouvrir durant le processus d’accompagnement funéraire. Cette histoire simple qui se veut touchante se révèle particulièrement épurée dans sa narration, construite en une succession de rencontres pouvant arracher un sourire ici ou cherchant à tirer une larme là. Pas de rebondissements dans ce pèlerinage spirituel contemplatif, parfois très beau mais aussi lent et hermétique.

Fort de son savoir-faire photographique, le réalisateur de ce VOYAGE EN CHINE nous gratifie de nombreux plans fixes témoignant d’un sens de la composition évident, jouant avec les focales, qui floutent souvent les personnages pour mieux mettre en valeur une roche ou une branche d’arbre fleurie. Il n’hésite pas non plus à les camoufler au centre d’une vitre reflétant végétation et décor. Esthétiquement troublant, ce parti-pris s’avère justifié dès l’arrivée de Liliane dans la nouvelle terre d’accueil de son fils, heurtée par la barrière de la langue et confrontée à un lieu où le temps semble s’être arrêté. Les qualités formelles ne s’arrêtent pas là, en témoigne ce moment grave dans une forêt de bambous sublime à la découverte de l’endroit où son Christophe a perdu la vie.

© Haut et Court

© Haut et Court

Les différentes personnes que Liliane est amenée à rencontrer nous offrent des moments d’échanges sympathiques mais aussi émouvants à l’instar de la scène du mariage. La petite amie et la mère du fils, alors réunies dans le même cadre, se quittent bientôt, l’une bouleversée par le discours en l’honneur du jeune homme disparu et l’autre, restant assise là, complétement déconnectée. La prestation de Yolande Moreau est en ce sens très juste tant elle nous paraît criante de vérité et de naturelle. Ses inconditionnels seront donc ravis devant cette histoire très intime, trop intime même, pour laquelle le prétexte de la quête initiatique masque en réalité l’intégralité d’un adieu au corps vivant, de la découverte à la morgue jusqu’à la crémation. On est donc gêné d’être là et gêné de s’y ennuyer car malheureusement ni l’émotion ni l’empathie ne parviennent à nous saisir.

« À réserver aux inconditionnels d’une formidable Yolande Moreau, pour qui la vision de ce drame contemplatif sera toute autre. »

C’est peut être ici où les réelles qualités techniques du metteur en scène trouvent leurs limites, moins à l’aise pour nous transporter, se révélant démonstratif lorsqu’il délaisse enfin cette fixité qui finissait par nous lasser pour suivre ces mains qui se touchent et transmettent la même douleur. Pour en revenir à l’écriture, on ne sera pas plus surpris en apprenant la révélation de la jeune fille qui partageait la vie de Christophe : enceinte de quatre mois, elle fera finalement une fausse couche, laissant ces êtres seuls et privés d’une descendance qui aurait pu rapprocher une mère et un fils qui ne s’étaient jamais retrouvés. Les thèmes et les questions abordés ici n’étaient pourtant pas dénués de force. Toutefois, le dernier plan amène une jolie dose d’optimisme, nous montrant que la terrible expérience de la mort ne doit pas nous empêcher de vivre.

Les autres sorties du 25 mars 2015

DIVERSION, À TROIS ON Y VA, CENDRILLON, VOYAGE EN CHINE, DEAR WHITE PEOPLE, WASTE LAND, etc.

INFORMATIONS
18 mars 2015 Voyage en Chine


Titre original : 
Réalisation : Zoltan Mayer
Scénario : Zoltan Mayer
Acteurs principaux : Yolande Moreau, ,
Pays d’origine : France
Sortie : 25 mars 2015
Durée : 1h36min
Distributeur : Haut et Court
Synopsis : Liliane part en Chine pour la première fois de sa vie afin de rapatrier le corps de son fils, mort dans un accident. Plongée dans cette culture si lointaine, ce voyage marqué par le deuil devient un véritable voyage initiatique.